Intervention de Claude Laine le 10 décembre 2007

Intervention de Claude Laine le 10 décembre 2007

CONSEIL RÉGIONAL DU 10 DÉCEMBRE 2007
INTERVENTION DE Claude LAINE
AU NOM DU GROUPE COMMUNISTE

Restons, si vous le voulez bien, dans le domaine dont Véronique Blondel vient de parler. La fonction publique d’Etat est en effet au coeur de l’offensive menée par l’équipe du président SARZOZY au nom de la modernité et parmi les cibles désignées : l’Education nationale occupe une place de choix, comme d’habitude serai-je tenté de dire.
Le gouvernement par son ministre DARCOS et dans un mouvement qui ne contredit en rien l’orientation précédente de M. de ROBIEN, mais l’amplifie, prend prétexte des échecs et difficultés diverses que l’on rencontre aujourd’hui dans les établissements scolaire ou dans l’insertion professionnelle des élèves à l’issue de leurs scolarité pour recentrer la scolarité obligatoire sur l’organisation d’un socle de connaissances et de compétences, diminuer l’offre de formation, imposer aux enseignants des heures supplémentaires, en guise de revalorisation salariale, séparer l’aide aux élèves en difficulté du travail en classe.
Ces méthodes et les principes qui les inspirent ne sont pas seulement critiquées et combattues par la grande majorité des enseignants, les élèves et les parents ;: des voix très respectées, au sein même de l’institution scolaire, ont souligné la nocivité des mesures prises ou annoncées, comme, dans le Primaire, la mise en place dans les écoles d’heures de soutien individuel, hors temps de classe, qui isolent et stigmatisent, les élèves en difficulté au lien de faciliter leur insertion ou leur réinsertion.

L’évidence, jamais reconnue, bien sûr, c’est le lien entre ces mesures dites « d’adaptation » des structures éducatives et la politique amplifiée de compression budgétaire au détriment du service public.
Les quelques 11 000 suppressions d’emplois au budget 2008 et celles qui suivront dans les budgets suivants (puisque l’on annonce les perspectives stupéfiantes de quelques dizaines de milliers de suppression à l’horizon 2012) ces suppression massives ne sont inspirées ni par la seule baisse des effectifs d’élèves (cette baisse est celle d’ailleurs assurée de se prolonger, compte tenu de l’évolution observée depuis quelques années de la courbe de naissance ?) ni par le souci de l’efficacité pédagogique, mais d’abord par ces considérations financières dont les conséquences sociales risquent d’être catastrophique ;
Ce n’est pas pour rien si la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) a conduit à un audit mené au Ministère de l’Education Nationale sous le pilotage de Bercy.
Et la même orientation, avec les mêmes effets est observable dans l’enseignement agricole public menacé de nouvelles réductions d’emplois, après celles qui sont intervenues entre 2002 et 2005, ce qui ouvre la perspective pour les 5 prochaines années d’une réduction massive de l’offre de formation dans ces établissements comme le souligne une récente communication présentée par les enseignants du Lycée horticole d’Evreux.
C’est dans cet esprit qu’a été prise la décision de Xavier DARCOS imité en cela aussi par son collègue de l’agriculture de généraliser dans les lycées professionnels la préparation du Bac Pro en 3 ans, en dépit de l’avis très défavorable à l’égard de cette généralisation exprimé dès 2005 dans un rapport de l’Inspection générale.

Cette décision a pour conséquences de réduire d’1 an le cycle de 4 ans de préparation BEP-BAC PRO ; (on constatera l’efficacité en matière de suppression d’emplois) et donc, à court terme, la disparition des préparations au BEP dans la quasi totalité des filières tertiaires industrielles ou agricoles.
Elle s’accompagnera du maintien des CAP pour les seules filières à vocations professionnelles immédiates. Je n’ai pas le temps (ce n’est pas ici le lieu) d’analyser la portée pratique de cette décision d’apparence technique mais il n’est pas difficile de percevoir sur quelques élèves, et dans quel contexte social, se feront le plus fortement sentir les effets : les jeunes les plus fragiles, aux parcours de formation les plus incertains sont en premier lieu menacés.
Dans notre région, tout particulièrement le risque est considérable.
On y connaît l’importance des retards scolaires, toujours supérieurs à la moyenne nationale, celle des difficultés graves dès les premiers apprentissages, de l’analphabétisme, des sorties de l’école sans qualification.
Un effort important, dans ses domaines de compétences, est mené par notre institution depuis plusieurs années pour lutter contre les conséquences sociales, notamment sur l’emploi, de cette situation. Force est de constater que l’orientation imposée par le gouvernement ne contribue pas à celle entreprise et que les nouvelles mesures vont accentuer ce divorce, si le mouvement populaire n’impose pas les rectifications indispensables.
Il y a urgence à le faire, car les projets ministériels les plus inquiétants sont annoncés pour janvier 2008. Chacun le sait en effet au moins dans le monde enseignant, c’est le lycée (au sens le plus général du mot) qui est au cœur des économies programmées à partir de 2008, cela concerne l’offre de formation, le diversification des filières, l’accueil et l’encadrement des élèves.
C’est une profonde transformation du système éducatif public qui est en chantier, et les principes directeurs ne sont là ni l’égalité des chances, ni l’école de la réussite pour tous.
C’est donc l’affaire de tous de les imposer, dans l’action.

Claude LAINE