6 décembre 2010 : Intervention de Jean-Luc Lecomte

6 décembre 2010 : Intervention de Jean-Luc Lecomte

Conseil Régional de Haute-Normandie
Plénière des 6 et 7 décembre 2010

Intervention de Jean-Luc LECOMTE

pour le groupe Front de Gauche : Parti Communiste Français-Gauche Unitaire-Parti de Gauche

Monsieur le Président, chers collègues,

Notre séance budgétaire se tient alors que le capitalisme secoue l’Europe avec un niveau de violence tel qu’il n’avait pu être imaginé par celles et ceux qui, comme nous, avaient pourtant dénoncé les dangers pour les peuples européens des traités de Maastricht et de Lisbonne. Les banques imposent des taux usuraires aux États qui sont pourtant venus à leur secours en garantissant plus de 400 milliards d’euros d’aides, 400 milliards économisés par la réduction des dépenses sociales. Déjà, Victor Hugo clamait avec force que  » c’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches « .

C’est cette réalité qui explique la casse des services publics, la casse de l’école, la casse de la protection sociale, des retraites à la sécurité sociale en passant par la dépendance. Et c’est cette réalité qui intervient sur notre budget primitif 2011 puisque c’est bien la réforme des finances des collectivités territoriales et la suppression de la taxe professionnelle qui sont responsables de la baisse de 5% du budget régional, un budget qui dépend presque exclusivement aujourd’hui de dotations d’État dont le gel est d’ores et déjà annoncé. Le gouvernement de droite ne saurait en effet tolérer que les collectivités territoriales, qui réalisent 74% des investissements publics, mènent une politique contraire à sa politique de diminution des dépenses publiques au seul profit d’une poignée de privilégiés, de Madame Bettencourt qui gagne le SMIC toutes les trois minutes à ceux qui, comme le directeur délégué de LVMH, gagne en spéculant 1400 fois le SMIC en une seule journée.

D’autant que la privatisation de la protection sociale et des services publics rendus par les collectivités est au cœur de la politique gouvernementale au service du grand capital. Et comme si la suppression de la taxe professionnelle ne suffisait pas, le gouvernement prépare la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) et maintient les exonérations de cotisations patronales qui se sont élevées à 33 milliards d’euros en 2009 et n’ont aucun effet en faveur de l’emploi. La question de l’emploi et de la sécurité d’emploi et de formation est d’ailleurs au cœur de cette séance budgétaire et nous nous félicitons encore une fois de la tenue des Assises régionales de l’économie, de l’industrie et de l’innovation que nous proposons depuis plusieurs années et au succès desquelles nous avons à cœur de contribuer aux côtés des élus, des salariés et de leurs organisations syndicales.

Développer l’économie et l’emploi dans notre région, c’est d’abord préserver l’emploi existant.
Soyons solidaires des salariés de Renault Sandouville alors que 70 jours de chômage sont programmés en 2011 et que le groupe s’apprête à organiser 3000 départs en retraite anticipée dans le cadre d’un plan social déguisé. Le haut de gamme doit continuer à être produit à Sandouville aux cotés de l’ utilitaire. Une grande bataille doit être menée car le groupe Renault envisage de réduire considérablement ses capacités de production en France qui ne sont déjà plus que de 25% aujourd’hui.
Soyons solidaires, y compris financièrement, des salariés de Sealynx à Charleval alors que cette entreprise de sous-traitance automobile est en cessation de paiement et que les salaires de novembre n’ont pas été versés.
Soyons solidaires, y compris financièrement des salariés de Gardy et de Cooper, sous-traitant automobile, à Bolbec qui luttent contre les licenciements et les délocalisations de production.
Soyons solidaires des salariés de M’Real qui continuent à agir pour l’avenir de leur papeterie et l’indépendance nationale.
Soyons solidaires du personnel du Centre National d’Enseignement à Distance (CNED) de Mont-Saint-Aignan en lutte contre le chômage et la précarité.
Soyons solidaires de toutes celles et tous ceux qui luttent avec les cheminots pour l’arrêt de la casse de l’outil ferroviaire SNCF, pour un développement de l’activité fret SNCF du triage de Sotteville-Lès-Rouen et de la zone portuaire de l’agglomération rouennaise.
Le budget 2011 proposé à notre assemblée qui semble moins sous tension après l’ annonce d’une étude pour un nouvel opéra à Rouen, nous amène à faire quatre propositions à même de rassembler la gauche régionale dans sa diversité :

  • 1 Généralisation du versement transport et gratuité des transports pour les lycéens et les étudiants. Notre assemblée pourrait adopter un vœu demandant au gouvernement de traiter de manière équitable toutes les collectivités en généralisant le Versement Transport. Aujourd’hui, seule l’Ile de France et les agglomérations responsables de transports, disposent de cette ressource alimentée par les entreprises de plus de 9 salariés. Alors que la taxe professionnelle vient d’être supprimée, généraliser ce dispositif donnerait enfin aux régions et aux départements une ressource propre pour contribuer à l’équilibre de leur budget transport et répondre aux nouveaux besoins comme la gratuité des transports pour les collégiens, les lycéens et les étudiants alors que le coût du transport pèse de plus en plus lourd dans le budget des familles.
  • 2 Réunion rapide de la commission régionale de suivi et d’évaluation des aides. Alors que des entreprises comme Sealynx à Charleval ou Cooper à Bolbec suppriment des centaines d’emplois tout en ayant bénéficié d’aides publiques, cette réunion est urgente. Il serait également souhaitable de créer un Fonds Régional pour l’Emploi et la Formation (FREF) participant à la création d’un Fonds National pour l’Emploi et la Formation (FNEF). Celui-ci, de concert avec un pôle financier public autour de la Caisse des Dépôts, réorienterait le crédit pour réaliser, chaque année, des objectifs chiffrés et contraignants de création d’emplois et de mise en formation.
  • 3 Maintien et développement de l’effort régional de formation. Alors que la Région agit de façon résolue en faveur de l’emploi industriel dans le cadre des Assises régionales et que les emplois existants doivent être préservés, dans leur évolution, la formation professionnelle continue constitue un enjeu majeur pour l’économie régionale et pour l’avenir et la santé des Hauts-Normands.
  • 4 Abondement du montant de la carte région. Alors que les nouveaux programmes pour les lycéens entraînent des frais supplémentaires et parfois insupportables d’achat de livres pour les familles, nous proposons d’abonder le montant de la carte région en 2011, notamment pour les lycéens boursiers. Cet abondement est rendu tout à fait possible par l’évolution démographique notée dans les orientations budgétaires.

Ayons pour ambition que la Région soit un lieu de résistance à la politique du gouvernement de droite.
Ayons pour ambition que la région soit le lieu de convergence des propositions alternatives qui émanent des salariés et des citoyens de nos territoires.
Mettons notre budget 2011 au service de ces ambitions !
Je vous remercie.