Intervention de Céline BRULIN du 7 décembre 2010

Intervention de Céline BRULIN du 7 décembre 2010

Région Haute-Normandie. Budget 2011 – Santé/Action sociale

Intervention de Céline BRULIN, vice-présidente en charge de la santé

Bien que la santé soit une compétence nationale, notre collectivité fait le choix de développer son intervention dans ce domaine, en raison de la situation particulièrement difficile que nous connaissons en Haute-Normandie.

Nous vous proposons ainsi de déployer une enveloppe d’un peu plus de 8,2 millions en autorisation de programme, de 975 000 € en autorisation d’ engagement (565 000 l’an passé), avec plus de 4 millions en crédits de paiement.

Le 1er axe d’intervention concerne l’information, la prévention, et l’éducation pour la santé.

Avec le financement des activités de l’Observatoire Régional de la Santé et du Comité Régional d’Éducation à la Santé, le soutien à des structures régionales d’information, de formation, et de coordination en matière de promotion de la santé. Ou encore le développement de l’éducation à la santé auprès des lycéens et des apprentis.

Avec le soutien aux réseaux territoriaux de promotion de la santé qui permettent de mobiliser les acteurs locaux autour de diagnostics et d’objectifs partagés, pour améliorer l’accès des populations à des services de santé de proximité, et de coordonner les actions de santé en direction des publics les plus fragiles.

Certains, ici, font parfois part de leurs doutes quant à l’utilité de ces actions (voir interventions de la droite en CP). Mais qui peut raisonnablement affirmer que la prévention est inutile au regard de la situation sanitaire de notre région ? Qui ignore encore que l’état de santé de nos concitoyens est intimement lié à leur situation sociale ?

Le 2ème axe concerne l’équipement hospitalier et la télé-médecine

L’État et la Région se sont donnés pour priorité le développement de la télé-médecine. Précisons que nous la concevons pour notre part comme un outil d’amélioration de la qualité et de la continuité des soins, pas comme le palliatif d’une dégradation et d’une désorganisation de notre système de santé.

Compte tenu du retard dont souffre encore la Haute-Normandie en matière d’imagerie médicale et d’équipements lourds, la Région poursuivra également l’effort d’équipement des établissements de santé, notamment dans le secteur de la cancérologie.

L’achat d’un robot chirurgical à destination du CHU associé au CRLCC Henri Becquerel, constituera un atout majeur dans la prise en charge des cancers, si nombreux en Haute-Normandie, et un élément attractif pour les jeunes chirurgiens.

La Région favorise depuis plusieurs années, dans le cadre de l’appel d’offre initié par l’association « Charles Nicolle », l’accès des établissements de référence à des matériels de pointe.

L’association « Charles Nicolle », reconnue d’utilité publique, entend évoluer vers le statut de fondation d’intérêt régional, afin de développer ses possibilités de lever des fonds privés et accroître ainsi l’équipement innovants dans nos établissements hospitaliers.

Nous proposons d’y contribuer par un apport de 400 000 € en lieu et place du soutien à l’investissement apporté au titre de l’appel d’offre « Charles Nicolle », pour les années 2011 et 2012, tout en respectant l’engagement pris pour 2010.

J’en viens aux Maisons de Santé Pluridisciplinaires et à la formation médicale, deux orientations permettant d’agir sur la démographie médicale particulièrement inquiétante dans notre région, avec des conséquences évidentes sur l’accès des Haut-Normands à la prévention et aux soins de proximité.

Le président de la République a lancé une opération séduction en direction des médecins, il y a quelques jours, en Basse-Normandie.

Mais cette opération ne masque pas que l’évolution du nombre de postes d’internes en médecine à former entre 2010 et 2014 (fixé par arrêté) va accroître les inégalités inter-régionales en défaveur de notre région.

Quand la grande région Nord-ouest va généreusement bénéficier d’un taux d’évolution de 0, 41% dans les 4 prochaines années, ce qui veut dire une diminution en Haute-Normandie, l’Ile de France progressera de 46%, le Sud-est de 58% !

Cette opération ne masque pas que les rares mesures contraignant l’installation des médecins qui figuraient dans la loi HPST n’ont pas été suivies des décrets d’application.

Pire, une nouvelle loi va les annuler purement et simplement. C’est le cas par exemple de l’obligation pour les médecins libéraux installés en centre ville, d’exercer au moins quelques heures dans les zones déficitaires (quartiers populaires ou zone rurales).

Cette opération ne masque pas non plus qu’alors que des projets de maisons de santé pluridisciplinaire sont en route, l’État en a modifié le cahier des charges en lançant un programme national concernant 250 d’entre elles, retardant l’avancée des projets et créant la plus grande confusion, alors que les montages sont déjà complexes.

Les mesures coercitives n’auraient aucune efficacité sur la démographie médicale, d’après le gouvernement. Seules les incitations seraient opérantes. Eh bien des mesures incitatives, les collectivités locales ne cessent d’en expérimenter.

A l’image du dispositif d’aide au déplacement et au logement pour les étudiants en 3ème cycle de médecine générale effectuant leurs stages de 6 mois (stage pratique accompagné et stage en autonomie) en cabinet libéral dans une zone rurale ou semi-rurale déficitaire ou fragile, que nous vous proposons de poursuivre.

24 internes en ont bénéficié la 1ère année de sa mise en place, en 2008, 35 en 2009, et nous serons au-delà de la cinquantaine cette année.

Mais ces mesures initiées par notre collectivité doivent être accompagnée d’une volonté nationale.

Dans quelques mois, notre collectivité sera appelée à rendre un avis sur le Projet Régional de Santé et les schémas régionaux de prévention, d’organisation des soins et d’accompagnement médico-social.

Je propose, qu’à cette occasion, nous fassions entendre notre volonté de rendre ces schémas contraignants et que nous invitions les autres régions à faire de même. Nous pourrions ainsi peser en faveur d’une politique nationale qui réduise vraiment les inégalités d’accès aux soins.

Près de 80% des médecins débutent leur vie professionnelle là où ils ont été formés.

C’est dire la nécessité de développer l’offre de formation en Haute-Normandie pour améliorer la situation, à l’inverse du choix du gouvernement d’abandonner le projet de département d’odontologie (Fac dentaire) dans notre région, pour lequel il s’était engagé.

C’est pour cela qu’un dispositif d’allocation à destination de jeunes praticiens réalisant un post-internat en Haute-Normandie, sera développé dans le cadre de la politique de recherche. Enfin, nous vous proposons de poursuivre le programme d’adaptation des structures d’accueil des personnes âgées, rattachées à un établissement public de santé, ainsi que la modernisation des établissements d’hébergement pour personnes dépendantes.

Mais là encore, pour répondre aux enjeux, nous avons besoin d’une politique nationale, d’une politique qui assure la solidarité nationale.

Et nous prendrons toute notre part dans le combat qui s’engage pour que la dépendance ne soit pas livrée sur un plateau aux marchés financiers qui trépignent déjà.

Très clairement, nous nous opposerons à ce que le secteur assurantiel privé puisse mettre la main sur ce nouveau marché et nous multiplierons les initiatives pour trouver de nouveaux financements notamment en taxant les marchés financiers au même taux que les salaires.