Lettre à Xavier Bertrand
par Hubert WULFRANC
Conseiller Général du Canton de Saint Etienne du Rouvray
Claude COLLIN
Conseiller Général du Canton de Sotteville les Rouen Est
Monsieur le Ministre,
Les unions confédérales des retraités de six organisations syndicales ( CGT – CFDT – FO – CFTC – FGR-FP et CFE-CGC) se sont entendues le 22 octobre dernier pour relayer le mécontentement qui grandit parmi les 13 millions de retraités que compte notre pays.
Ce mécontentement tient essentiellement à l’érosion de leur pouvoir d’achat, conséquence des réformes Veil-Balladur de 1993 et Fillon de 2003.
Ainsi, le Comité National des Retraités et des Personnes Agées estime que la décision d’indexer les coefficients de revalorisation des retraites sur l’indice des prix INSEE en lieu et place de l’indexation sur l’évolution des salaires bruts a creusé un écart de 14% entre l’évolution des salaires et celle des retraites sur la période courant de 1993 à 2005.
Dans le même sens, le C.N.R.P.A. estime que le pouvoir d’achat des retraités a diminué de 10% entre 1999 et 2003.
En outre, les prélèvements obligatoires pour les retraites (CGS – CRDS….) grèvent de plus en plus leur budget, ces derniers représentant +260% d’augmentation de 1992 à 2004, désormais en moyenne l’équivalent d’un mois de retraite net tous les ans
A ces éléments spécifiques aux retraités se rajoute un contexte global de hausse généralisée du coût de la vie : hausse des dépenses de santé directes (divers forfaits, dépassements d’honoraires, franchises sur les médicaments…) hausse des cotisations sur les complémentaires santé, augmentation des dépenses liées au logement et aux énergies, augmentation des prix des produits alimentaires….
Alors que les postes de dépenses incompressibles croissent rapidement, les pensions du régime général n’ont été revalorisées que de 1,8% en 2007 entraînant une paupérisation croissante de nos retraités.
Cette paupérisation répond à un double objectif : elle maintient les salariés sous pression, les pousse à reculer au maximum leur départ en retraite pour s’assurer un revenu décent et elle contraint dans le même temps les retraités à reprendre un emploi quand on estime qu’ils sont toujours aptes à travailler.
La problématique de la revalorisation du pouvoir d’achat des retraités implique de remettre en cause l’actuel mode de financement des retraités et nécessite de faire cotiser l’ensemble des revenus à la protection sociale.
La part du P.I.B. affectée aujourd’hui au financement des retraites est de 12,6%. D’après les prévisions du Conseil d’Orientation des Retraites, tenant compte notamment des effets de l’allongement de l’espérance de vie et de l’augmentation du nombre de retraités qui en résulte, à réglementation constante (loi Balladur de 1993 et Fillon de 2003) le financement des retraites à l’horizon 2040 nécessiterait 16,3% du P.I.B.
En se plaçant dans l’hypothèse d’une abrogation de ces mesures régressives et d’une réforme progressiste du système de retraite (retraite à 60 ans pour 37,5 annuités de cotisation, pension au moins égale à 75% du salaire moyen des 10 meilleures années avec un minimum égal au SMIC, ré-indexation des retraites sur l’échelle des salaires bruts, suppression des abattements pour carrière incomplète, etc ….) on peut évaluer à 18,5% du P.I.B. les besoins de financement, soit une augmentation de 50% par rapport à la situation actuelle.
L’importance des gains de productivité et l’hypothèse admise selon laquelle le P.I.B. pourrait doubler d’ici 2040 rendent cette évolution plausible et supportable pour l’économie.
L’augmentation de la masse des richesses produites implique de mettre en œuvre une politique active de créations d’emplois stables et qualifiés à tous les âges de la vie professionnelle.
De même, elle suppose une croissance durable nourrie par une amélioration du niveau de satisfaction des besoins et donc de progrès de la consommation rendue possible par une répartition des richesses plus favorable aux salariés, aux retraités, aux minima sociaux, et plus généralement à la satisfaction des besoins humains.
Dans cette perspective, les élus communistes réaffirment leur attachement à la retraite par répartition établissant un lien permanent entre les générations, par un mode de financement basé pour l’essentiel sur les cotisations prélevées sur le fruit du travail en entreprise.
Concrètement les élus communistes proposent :
- D’augmenter et de moduler les cotisations des entreprises en fonction du rapport entre la valeur ajoutée et la part de celle-ci affectée aux salaires et à la création d’emplois.
- De prélever sur les revenus financiers des entreprises et des banques, exemptés jusqu’ici de toute contribution au financement de la protection sociale, des cotisations au même taux que celles prélevées sur les salaires
- De supprimer les exonérations de cotisations sociales largement prodiguées aux entreprises et reconnues sans effet réel sur l’emploi et qui constituent des trappes à bas salaires.
- D’obtenir de l’Etat et de ses entreprises le paiement de ses dettes aux caisses de retraites et à la sécurité sociale.
- De prélever des cotisations sur tous les éléments de rémunération (heures supplémentaires, primes d’intéressement et de participation, stock-options)
Dans l’immédiat, les unions syndicales de retraités se sont accordées récemment pour solliciter une revalorisation rapide et forte des pensions versées aux retraités.
A cette fin, elles vous demandent, et nous soutenons leurs démarches, que soit réunie la conférence prévue par l’article 27 de la loi du 21 août 2003 pour qu’une correction très sensible soit apportée au taux de revalorisation des pensions.
Par conséquent, nous vous demandons, Monsieur le Ministre, d’entendre les revendications des unions syndicales pour garantir à chacun de vivre dans la dignité jusqu’à la fin de ses jours.
Dans le même esprit, nous vous demandons de bien vouloir reconsidérer vos projets d’allongement de durée de cotisations qui, s’ils devaient s’appliquer, ne manqueraient pas de se traduire par une nouvelle dégradation des conditions de vie des retraités.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en notre considération distinguée.
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