Lettre de Michel BARRIER au Directeur de la Poste

Lettre de Michel BARRIER au Directeur de la Poste

Monsieur le Directeur de la Poste de Seine-Maritime
La Poste
6 boulevard de la Marne
76035 ROUEN CEDEX 1

Monsieur le Directeur,

Comme vous le savez, la Commission Européenne a présenté mercredi 18 octobre son projet de directive apportant la touche finale à la mise en concurrence complète du secteur postal.

Cette étape, fixée au 1er janvier 2009, est la dernière d’un processus qu’on nous présente depuis 10 ans comme inéluctable et « moderne ». Mais cette volonté de privatisation globale et systématique ne semble plus répondre, comme j’ai déjà eu l’occasion de le souligner, qu’au dogme de la concurrence, sans aucune considération de l’intérêt général.

Partout où elle a été mise en œuvre, la libéralisation des services postaux a conduit à une détérioration de la qualité du service rendu aux usagers et à une hausse des prix, à l’image de l’Allemagne où l’on constate déjà que les zones rurales et les petites villes sont moins bien desservies qu’auparavant.

La logique qui prévaut, je l’ai déjà dénoncée à plusieurs reprises, conduit inexorablement à délaisser les activités et secteurs les moins rentables.

La direction nationale de La Poste ne s’en cache plus : au fil d’incessantes réorganisations du travail, elle ne vise qu’à faire des gains de productivité et à supprimer des emplois, en ne remplaçant pas les départs en retraite. Le projet « Cap qualité courrier », sous couvert d’industrialisation du courrier, se traduira par des dizaines de milliers de suppression d’emplois d’ici 2010.

Si la concurrence « libre et non faussée » prévaut, la Poste ne pourra pas lutter sur le plan social face à des actionnaires soucieux de faire du profit à base d’économie et de précarité de l’emploi.

Le « service universel », à la charge de La Poste (qui ne dispose d’ailleurs d’aucune garantie financière pour l’assurer), n’assure pas un prix unique et remet de fait en cause la péréquation tarifaire. Ainsi, l’ouverture à la concurrence du monopole rime naturellement avec une augmentation des tarifs : le timbre de base était à 46 centimes d’euro en 2003, il est à 54 centimes d’euro aujourd’hui, ce qui représente une inflation de plus de 17 % en trois ans.

La Poste augmente donc les tarifs du secteur « réservé », pour baisser ceux des segments du marché qui sont ouverts à la concurrence et pour lesquels il n’y a aucune obligation de service public.

C’est bien la preuve que les usagers vont faire les frais de l’ouverture de ce service public à la concurrence.

La Poste est, historiquement, un modèle de service public en réseau, assurant l’égalité de traitement et d’accessibilité pour l’ensemble des citoyens. Ses missions doivent aujourd’hui être étendues et modernisées dans le sens de l’intérêt général et non pas offertes en pâture à des opérateurs privés.

Je tenais, Monsieur le Directeur, à vous renouveler par ce courrier, toute mon opposition à cette orientation, une position que je ne manquerai pas d’exprimer lors de notre prochaine réunion de la Commission Départementale de Présence Postale Territoriale ; j’ajoute que s’agissant d’une orientation aux conséquences graves, et pour l’activité et pour les personnels, je souhaite que les organisations syndicales puissent s’y exprimer.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de ma considération distinguée.

Michel BARRIER
Membre de la CDPPT

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