Nathalie NAIL
Le 20 juin 2006
Alors ce dispositif « Droit aux vacances pour tous » : où comment m’est venu l’idée de mettre en place un tel dispositif.
C’est parce-que, il y a 70 ans , presque jour pour jour, puisque c’était le 21 juin, dans notre pays, des hommes et des femmes de combat se levaient pour exiger les congés payés et que le Front Populaire transforma cette utopie en réalité !
Aujourd’hui vous le savez près de 10 millions de français ne partent pas en vacances, en majorité pour des raisons financières.
Toutes les études récentes mettent au jour la même tendance : les inégalités entre les Français face aux vacances ont cessés de se résorber et ont même recommencé à se creuser dans le courant des années 90.
Le taux de départ est de 40% pour les ménages vivant d’un SMIC, 85% quand le revenu mensuel moyen dépasse 1500 euros.
C’est aussi parce que les vacances sont un fait de société primordial.
Ne pas pouvoir s’accorder un moment de détente, en dehors de son habitat quotidien, participe à une stigmatisation et la marginalisation des familles défavorisées qui ne peuvent reproduire ce rituel annuel dans laquelle toute société se retrouve et c’est vivre encore un peu plus l’exclusion.
C’est Parce que les vacances donnent du temps de vivre.
Elles produisent une rupture avec l’angoisse et l’insécurité quotidiennes, avec le rythme de vie, le système de valeurs habituels et l’environnement domestique. Partir en vacances c’est être comme les autres, c’est retrouver sa dignité et revaloriser sa propre image, c’est un facteur de remobilisation sociale certain : 14 % des personnes en rupture avec l’emploi, rmistes souvent, et qui sont parties pour la première fois en vacance, par ce type de dispositif, 14 % d’entre elles retrouvent un emploi ou intègre une formation de longue durée dans l’année qui suit…
Parce que les vacances participent au développement harmonieux de tout un chacun et des enfants en particulier, elles ont, à mon sens, une place fondamentale dans la construction de chaque individu et dans leur processus d’insertion sociale, partir en vacances, c’est renouveler totalement ses références et son univers.
Et enfin et surtout parce-que pour moi les vacances sont un DROIT, pas un luxe, c’est clairement inscrit dans le droit.
D’ailleurs, Michel DEMESSINE, Ministre communiste, avait mis en place dans le cadre de la loi contre l’exclusion un dispositif pour le droit aux vacances pour tous : BSV…. Un dispositif qui n’existe plus !
Certes des dispositifs d’aides existent mais chaque année plus de 30% des bons CAF distribués ne sont pas utilisées par les familles bénéficiaires.
En tant qu’élu, en charge de la lutte contre les discriminations, car pour moi ne pas partir, vous l’aurez compris est discriminant – j’ai donc estimé qu’il était de ma responsabilité de mettre en place dans notre collectivité, un dispositif d’aide et d’accompagnement aux vacances pour les plus défavorisés de notre Département.
Oui dispositif d’accompagnement, car comme vous le savez, quand on vit depuis des années dans son HLM, sans avoir d’autre horizon que son quartier, on développe une peur de sortir, de partir aussi.
Très souvent les néophytes craignent de ne pas connaître les codes et rituels des vacances et d’être ridicules. Et aussi certaines personnes qui peuvent bénéficier d’une aide préfèrent ainsi ne pas l’utiliser, estimant que les vacances ne sont pas pour elles.
Alors pourquoi un partenariat avec le Secours Populaire me direz-vous ?
D’abord historiquement c’est l’association caritative qui œuvre depuis toujours pour le départ en vacances des familles défavorisées et des enfants avec les journées copains du monde, et de multiples actions dans ce domaine
Enfin parce que pour des questions de critères de sélection des familles que je ne voulais pas figer, sous peine de devenir discriminant à notre tour, le recours à une association apparaissait incontournable. Le seul critère que nous avons imposé est le fait de ne jamais être parti en vacances !
Le Département a donc attribué une subvention au Secours Populaire permettant de faire partir près 80 familles – soit prêt de 250 personnes en difficulté du département de Seine-Maritime. Pour ce faire le SPF a conventionné avec l’association Normande de tourisme social VIVATS qui lui propose 70 séjours en location et le SPF s’apprête a conventionné avec la FHOL (Fédération Havraise des Œuvres LaÎques) pour 10 séjours en pensions complète.
Des séjours de qualité ont donc été proposés –certaines familles sont déjà parties à Pâques – d’autres vont partir… à des familles jamais parties en vacances avec le SPF ou le Département, des familles rencontrées par le Secours Populaire et les travailleurs sociaux du département.
- Ce sont des séjours proposés par VIVATS s’entendent sans restauration ; selon les sites, la capacité d’accueil va de 4 à 6 personnes.
- En ce qui concerne les séjours de la FHOL, ils sont tous sur le site de Valloire (Savoie) et ont été réservés pour des personnes seules ou des familles monoparentales pour permettre au parent, ayant seul en charge ses enfants, de profiter réellement des vacances proposées.
Tout le travail d’inscriptions aux séjours sont gérées par la Fédération de Seine-Maritime du SPF
Alors nous prévoyions après les vacances de la Toussaint un pot de rencontre entre les différents partenaires (SPF, les AS et les familles) à organiser pour chaque « agglomération » du département (Dieppe, Le Havre, Rouen) afin d’établir un bilan et partager ces impressions sur cette première année de partenariat au « DEPART EN VACANCES POUR TOUS ».
Pour faire un bilan, une carte postale est en préparation, que l’on demande à la famille de nous adresser pour nous donner ses impressions sur son séjour.
C’est un dispositif que j’ai voulu appréhender le mieux possible par nos travailleurs sociaux, je le leur ai donc présenté en les invitants à Rouen à Dieppe et au Havre, car je souhaitais les convaincre du bien fondé de ce projet et qu’ils aient à coeur de le faire vivre et de le partager. Ce qui est une vraie réussite puisque sur le terrain tout le monde s’est impliqué.
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