Que vaut donc la parole de l’Etat, quand il y a un an et demi il s’engageait lors du vote de la loi sur l’ouverture du capital de GDF à ne pas descendre sa part en dessous de 70% et qu’aujourd’hui il capitule devant les marchés financiers ?
Quelle légitimité pour un gouvernement qui n’hésite pas à violer les principes constitutionnels, notamment l’alinéa 9 de la constitution de 1946 qui prévoit que « toute entreprise dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir propriété de la collectivité » ?
De quel patriotisme économique le premier ministre peut-il bien se draper quand il brade les entreprises publiques aux marchés financiers ?
Une fois encore, les arguments du gouvernement en faveur de la fusion de GDF avec Suez ne résistent pas à l’examen des faits, une fois de plus le gouvernement a décidé d’avancer à marche forcée, de façon totalement irresponsable vers le « tout privatisation ».
L’indépendance énergétique et le patriotisme économique sont mis en avant pour justifier cette absorption-privatisation, décidée en catimini, mais préméditée de longue date. Ces arguments ne tiennent pas la route. L’indépendance énergétique est mise en péril par ce type de fusion. Affaiblir la maîtrise publique sur l’énergie, en renforçant la position du privé dont la seule logique est la recherche de la rentabilité, n’est certainement pas de bonne augure pour mettre les ressources énergétiques à l’abri. Par ailleurs, et dans cette même logique financière, l’addition risque d’être lourde en matière d’emplois, de tarifs (souvenons-nous cet été), de sécurité et de modernisation.
Quant au patriotisme économique, tous les gouvernements européens ont approuvé la libéralisation du secteur de l’énergie !
- Le ministre de l’économie et des finances affirme que la fusion entre GDF et Suez se ferait par fusion absorption de GDF sur Suez : c’est faux ! le poids financier de Suez est quasiment le double de celui de GDF et l’Etat garderait seulement 34 % du capital du nouveau groupe,
- Le gouvernement et les conseils d’administration de GDF et de Suez affirment que la fusion préservera l’emploi : c’est faux ! en 10 ans les différentes fusions ou acquisitions dans le secteur de l’énergie ont abouti à la suppression de 200 000 emplois en Europe. Le rachat de la SNET par les espagnols s’est déjà soldé par la suppression de 30 % des emplois,
- Le gouvernement affirme que le service public sera préservé : c’est faux ! le contrat signé entre GDF et l’Etat ainsi que les obligations de service public qui en découle sont renégociables en 2007. Leur pérennité est donc loin d’être garantie. Enfin, l’Etat sera minoritaire et les décisions stratégiques seront liées à l’actionnariat privé,
- le gouvernement affirme que la fusion entre GDF et Suez permettra de répondre aux enjeux énergétiques : c’est faux ! en privatisant, le gouvernement perd toute maîtrise de la filière gazière et il fait le choix d’une concurrence directe avec EDF.
Enfin concernant le prix du gaz le gouvernement reste étrangement silencieux. Pourtant lors des neuf premiers mois de 2005, les tarifs du gaz aux particuliers ont augmenté de 30 %, non pas à cause des divers coûts mais plutôt en raison de la nécessité d’assurer un haut niveau de rentabilité aux actionnaires privés.
En l’occurrence, une fois de plus, cette opération n’est pas seulement injuste et inefficace mais elle est aussi irresponsable.
Parce que l’énergie est un bien trop précieux à l’humanité pour être aux mains d’appétits financiers, nous devons tous exiger l’abandon immédiat de l’opération de fusion et la constitution d’un pôle public de l’énergie autour d’un rapprochement d’EDF-GDF.
Christian JUTEL
Conseiller régional de Haute Normandie
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