Mes chers collègues, mesdames et messieurs, nous sommes engagés dans l’élaboration d’un schéma directeur. A vrai dire, ce n’est pas une démarche complètement nouvelle pour les Conseillers régionaux.
Il y a longtemps qu’ils sont en prise avec ces obligations de réfléchir à l’avenir de la Région et la récente campagne électorale, puisqu’à vrai dire nous sommes à deux ans des élections, nous a donné l’occasion de nous exprimer déjà fortement, et après en avoir débattu, sur ce que pouvait être, dans les dix ou quinze ans qui viennent, l’avenir de la Région de Haute-Normandie, de la même manière que nous nous sommes appuyés sur les travaux que nous avions antérieurement faits, entre autres pour l’élaboration du contrat de Plan État-Région. C’est aussi dans le cadre de cette perspective qu’il faut que nous nous placions.
Donc, si ce n’est pas nouveau, c’est malgré tout, je crois, d’une actualité plus importante, plus prégnante et c’est une démarche peut-être plus purement politique que nous avons à affronter, compte tenu de son contexte national, voire international.
Ce travail que nous avons à conduire se situe en effet à un moment où, pour des raisons diverses, des facteurs divers, l’ébranlement des bases de l’activité nationale est plus fort que jamais et pose des interrogations souvent angoissantes à beaucoup de gens.
Cet ébranlement lié à l’ouverture, à la mondialisation et au moteur de la mondialisation, que ce soit la défense des intérêts privés des grands groupes qui la dominent et qui tendent à influencer largement les décisions des collectifs nationaux, ou bien encore les mutations techniques, économiques, de management pourrait-on dire avec un tantinet de pointe technocratique, qui se développent aujourd’hui, tout cela remet en question les modes traditionnels d’intervention et nous crée l’obligation de réfléchir aussi, à l’époque où la culture libérale l’emporte très massivement sur ce que peut être, peut-être, dans un espace donné, l’espace régional, sur la place des pouvoirs publics et de l’institution régionale dans un dispositif de fonctionnement social et économique.
C’est comme cela que les élus communistes s’investissent, se sont investis et vont continuer de s’investir dans l’élaboration du schéma directeur et qu’ils élaborent des propositions qui, le moment venu, seront, elles aussi, soumises formellement au débat.
Nous les abordons, pour faire rapide, à partir de quatre préoccupations.
La première, c’est la préoccupation sociale, la préoccupation d’intervenir constamment pour assurer, dans l’espace régional, l’avenir des gens qui y vivent et qui y habitent, à partir d’un certain nombre de pôles, qui sont aujourd’hui des pôles d’angoisse pour beaucoup d’entre eux.
La défense de l’emploi. C’est évident. Si l’emploi est fortement lié à des centres de décision qui ne sont pas régionaux, dont la capacité d’intervention se définit à l’échelle mondiale, comment aujourd’hui penser l’avenir à partir de ces stratégies dont le contrôle nous échappe ?
C’est évident, la question est difficile. Elle pose constamment, à travers peut-être des stratégies d’intervention financières de la Région, la question des moyens dont nous pouvons user pour réduire les effets pervers de ces pressions libérales.
Mais c’est également à partir de cette préoccupation humaine que nous devons avoir en tête le souci de faire passer comme une priorité les questions de formation –et pas seulement de formation initiale- de formation tout au long de la vie et d’accès aux qualifications nouvelles que peuvent autoriser les évolutions techniques.
Ces questions de formation, on l’a vu –le diagnostic l’a mis en évidence- devraient être au cœur du schéma régional. Nous ne pouvons pas tolérer longtemps de voir ces incertitudes sur le travail, l’activité régionale, notamment à l’échéance des vingt cinq ans, et constater comme si nous n’y pouvions rien l’impuissance de la Région –pas au sens institution régionale- mais des pouvoirs de l’Etat dans la Région en matière de formation initiale, de formation continue, en matière de lycées ou en matière d’enseignement supérieur et de recherche.
Le constat est devenu banal de dire que la Région est sous-développée dans le domaine de la recherche. La question est de savoir les moyens qu’on se donne pour faire en sorte que cette situation anormale, dans les obligations qui sont les nôtres, cesse. C’est une question primordiale. Ce sera l’un de nos axes d’approche.
Le deuxième élément de cette intervention des élus communistes dans le domaine du schéma directeur tend à assurer la défense des services publics et des entreprises nationales, dans le paysage qui est en train de se dessiner à travers les mutations que nous vivons.
Ce n’est pas un vain mot et ce n’est pas un cantique. Ce n’est pas une incantation. C’est une donnée qui conditionne fortement l’évolution même des questions dont nous débattons par ailleurs.
Peut-on parler de l’énergie sans parler de la manière dont l’énergie reste dans le domaine public et dont les problèmes liés au développement de l’énergie restent sous le contrôle de la collectivité nationale, alors qu’on sait, aujourd’hui, que dans des domaines qui jusqu’à maintenant ont été confiés à des entreprises nationales, les risques sont grands d’une privatisation qui poserait des problèmes majeurs, y compris au niveau de la sécurité industrielle, y compris au niveau de la recherche et du développement dans le domaine de l’énergie ?
La question de la place des services publics, des entreprises nationales, dans un dispositif rénové d’intervention dans le domaine de l’économie, est donc une question, à nos yeux, centrale, à nos yeux, essentielle et nous nous emploierons à la poser à chaque fois qu’il sera nécessaire.
Je pense entre autres au dispositif portuaire que l’on voit s’installer ou que l’on prétend installer. Sera-ce un dispositif portuaire largement ouvert à la concurrence interportuaire ou un dispositif portuaire fait d’éléments complémentaires, et inscrit dans un schéma portuaire où les complémentarités l’emporteront, de loin, sur la recherche des profits immédiats des principaux intervenants dans l’économie portuaire ?
Le troisième axe de notre recherche et de nos interventions se situe sous l’angle des équilibres territoriaux qu’il est nécessaire de créer.
C’est vrai –le diagnostic l’a établi- nous sommes dans une Région relativement équilibrée. Je dis bien « relativement » car, malgré tout, l’axe séquanien est un axe polarisant, si l’on peut dire, qui peut, par sa polarisation même, réduire à une relative impuissance ou incapacité de développement les régions marginales ou les pôles périphériques d’action.
Comment, aujourd’hui, trouver les équilibres pour assurer à la fois la puissance et le développement de l’axe fédérateur et de l’axe porteur qu’est l’axe de la Seine et la prise en compte, dans une maîtrise générale du territoire, des pôles périphériques ou des régions marginales, des régions des marges normandes qui sont également attirées vers des centres d’action extérieurs à notre Région ?
Cela pose tout le problème des coopérations, entre parenthèses, et en des termes souvent nouveaux.
Mais la recherche des équilibres territoriaux nous conduit également à chercher quels changements dans les approches administratives, dans les approches fonctionnelles, pourrait-on dire, on peut introduire pour favoriser les logiques de projets –dont on a beaucoup parlé aujourd’hui- et réduire les logiques administratives, qui tendent encore souvent à l’emporter et qui pèsent comme des freins à l’évolution et au dynamisme régional.
On a, à trois ou quatre reprises, parlé de la question des déchets dans les questions environnementales. Quelles options prend-on pour avoir une cohérence dans le domaine prospectif de la gestion des déchets ? Prend-on l’option administrative des plans départementaux fermés sur eux-mêmes et ignorant les logiques géographiques ou les logiques de bassins, qui devraient l’emporter, ou celle d’une logique extra-départementale ou inter-départementale qui s’appuie, elle, sur des rationalités humaines et sur des rationalités géographiques, la Seine par exemple ?
On a parlé des transports. C’est évident qu’un des produits qui peut le plus facilement servir de base pour un nouveau système de transport régional, c’est la Seine. Et dans le domaine des transports de déchets, ce n’est pas négligeable. On peut chiffrer à plusieurs dizaines de milliers de tonnes la réduction des transferts routiers au bénéfice du fluvial, si l’on voulait bien adopter cette attitude nouvelle par rapport au dispositif territorial.
Enfin, le dernier point du fil conducteur que nous voulons mettre en place, c’est la démocratie locale et la démocratie dans l’élaboration de ce schéma.
Les ateliers, les séances, les débats ouverts comme celui d’aujourd’hui nous semblent positifs. C’est un pas réel et important dans l’ouverture du débat.
Il sera suivi par des débats décentralisés, cinq débats décentralisés. C’est une bonne chose, y compris pour la mobilisation des acteurs locaux et pour le rassemblement des projets de secteur, des schémas de secteur, avec le schéma régional.
C’est également cette démocratie et cette ouverture que nous proposons de mettre en œuvre dans l’élaboration ou dans la gestion de la question normande.
Notre groupe, sur cette question, s’est prononcé plusieurs fois, y compris en 2004, lors des élections. Le projet que nous avions élaboré se voulait être un projet normand. Notre site internet est un site normand. Cela ne veut pas dire pour autant que nous la réduisons à une vision nostalgique du passé, reposant depuis Guillaume le Conquérant sur la réalité que nous connaissons bien et à laquelle nous sommes attachés –nous sommes normands, comme tout le monde- mais elle repose surtout sur une vision prospective de l’avenir et sur la prise en compte des données actuelles.
C’est vrai que la Haute-Normandie a un passé commun avec la Basse-Normandie, qu’il convient d’entretenir. C’est vrai qu’elle a aussi des quasi-obligations avec la Picardie, quasi-obligations avec l’Ile-de-France, des quasi-obligations avec la région Centre et que négliger ces obligations-là dans la contractualisation de nos ouvertures, au bénéfice d’une vision normande, fut-elle destinée à en finir avec les demi-régions dont j’ai entendu parler, ce serait très largement réducteur et cela ne nous donne en rien le gage d’une avancée décisive.
Il faut aller, effectivement, vers une gestion de la question normande mais à partir non pas d’un programme normand ou d’une vision institutionnelle des choses, comme le programme des deux CESR et comme les conclusions des deux CESR l’avançaient, mais dans l’élaboration et à travers un véritable projet normand qui serait, lui, soumis à la discussion de l’ensemble des Régions et qui précèderait, et de loin, l’organisation d’un référendum, dont nous n’avons jamais fait la panacée en matière de démocratie.
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