Monsieur le Président du Congrès,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mes chers collègues,
Deux jours ont passé et le choc des premières minutes est toujours présent.
Paris, Saint-Denis sa voisine, ont subi des attentats les plus violents dans notre pays depuis la seconde guerre mondiale.
Des dizaines et dizaines de vies, souvent jeunes, ont été brutalement interrompues. Des centaines de corps ont été meurtris, blessés. Des milliers de citoyens, de femmes, d’hommes, d’enfants, témoins, familles ou proches, sont directement confrontés au malheur.
Après janvier, les terroristes ont à nouveau frappé la France au cœur.
Ce vendredi 13, ce vendredi noir qui marquera l’histoire de notre pays, c’est notre peuple tout entier qui a été agressé de manière aveugle, barbare.
Le massacre du Bataclan, les tueries dans les cafés et restaurants, l’effroi semé au Stade de France, poursuivent un objectif nouveau, celui de toucher nos concitoyennes et nos concitoyens dans leur quotidien, dans leur vie.
Notre jeunesse a payé un lourd tribu dans ce Paris qui, chaque fin de semaine, s’emplit de joie, de bonheur.
« Paris est une fête » écrivait Hemingway. Aujourd’hui, Paris est une tragédie.
A cette tribune de Versailles, mon premier sentiment est donc l’émotion, l’émotion du deuil.
Mes pensées vont donc, avec mes amis du groupe, auprès de ceux qui souffrent aujourd’hui dans leur cœur et dans leur corps. Je tiens à saluer avec force, l’action courageuse des forces de sécurité, leur dévouement à la République. Je tiens à saluer l’action remarquable des services de santé confrontés à une situation inédite et aux pompiers. Encore une fois, ces grands services publics ont fait face et le peuple les remercie.
Notre peuple, c’est une évidence palpable, n’en peut plus de cette menace, de cette angoisse d’un éternel recommencement.
Il veut comprendre, il veut agir pour vivre en paix. Il veut rester uni.
Ce matin, dans les milliers d’établissements scolaires, nos enfants, nos adolescents ont cherché à comprendre, ils ont débattu. Nous, adultes, élus ou non, nous cherchons aussi à comprendre.
Qui compose DAESH ? Qui compose son armée ? Qui sont ces hommes et femmes prêts à mourir pour une cause qui est absurde. Quels sont les chemins qui amènent à devenir des assassins d’une brutalité qui rappellent les heures les plus sombres de l’Humanité ?
Pour combattre un ennemi, il faut le connaître.
Il faut expliquer, montrer les origines géopolitiques, rappeler les responsabilités bien réelles des puissances occidentales avec ses guerres destructrices de l’Irak, de l’Afghanistan, le non-sens de l’intervention en Libye pour bien souligner qu’il ne s’agit pas d’une guerre contre l’islam, mais contre une organisation politique, terroriste.
Agir pour vivre en paix.
Notre peuple veut la sécurité.
Il fallait donc prendre des mesures d’urgence, ce qui a été fait vendredi soir avec raison par le Président de la République. Face à la violence d’attaques multiples, l’Etat d’urgence est aujourd’hui pleinement justifié.
Les forces de police doivent disposer des moyens nécessaires pour réagir avec fermeté et célérité.
Mais comme le disait M. le Premier Ministre lui-même le 13 janvier dernier devant l’Assemblée nationale, « A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles, mais je le dis avec la même force, poursuivait-il, jamais des mesures d’exception qui dérogeraient aux principes du droit et à nos valeurs ».
C’est à la lumière de vos propos, M. le Premier Ministre, que nous étudierons les futures modifications proposées à la loi de 1955 qui instaura le principe d’état d’urgence.
Renforcer la sécurité dans le respect des libertés publiques sera le principe qui guidera notre appréciation.
N’oublions pas que l’objectif de DAESH est de semer l’effroi pour ébranler notre société et pousser à la remise en cause des principes qui fondent la République. L’objectif de DAESH est donc profondément politique.
Il vient pousser à la confrontation, à la division, et dans ses rêves les plus fous, à la guerre civile. Attention donc à la stigmatisation !
Evitons le piège qui nous est tendu. Ce fait qui fait la force de la France, la France de notre peuple, c’est la Liberté et nous veillerons avec beaucoup d’autres que dans le dur et nécessaire combat qui nous attend, cette liberté demeure au cœur de notre action.
C’est pour ces raisons que nous nous interrogeons sur une prolongation longue et mal définie de l’Etat d’urgence. Protéger notre peuple n’est pas qu’une affaire de lois sécuritaires renforcés. Combien en une décennie ? Pour quelle efficacité ? Par contre, il faut des moyens pour les services publics et là il y a un vrai débat.
Je le disais à la tribune du Sénat le 13 janvier, l’austérité n’est pas compatible avec la guérison de maux terribles qui minent notre société dont cette grave menace terroriste.
Des moyens nouveaux devront être débloqués, c’est une nécessité mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment d’autres services publics qui à notre sens sont également indispensables à la résolution des problèmes de radicalisation de certains individus : la justice, la santé et surtout l’éducation nationale et la politique associative.
Le choix des moyens consacrés est donc crucial.
Construire une paix durable dans le monde, en particulier dans le grand moyen Orient.
Notre opinion est sans ambiguïté : il faut détruire DAESH, jeter aux oubliettes de l’histoire ce terrorisme aveugle et sanguinaire.
Mais il faut constater lucidement que ces attaques sans précédent sur Paris signent l’échec de 15 ans de guerre.
La guerre de civilisation de Monsieur Bush en Afghanistan a connu les résultats que l’on sait, la destruction de l’Irak par ce même président, l’opération lybienne sans vision aucune des conséquences. La guerre oubliée du Yemen alimente aussi cette folie meurtrière.
Mon ami Pierre Laurent l’a indiqué hier soir, la coalition internationale est au cœur du problème.
Nous estimons, qu’il faut repenser les choses et rapidement.
Il faut cesser d’agir en ordre dispersé, chacun défendant ses intérêts géopolitiques et malheureusement aussi économiques.
Il faut mettre en place une large coalition internationale sur mandat de l’ONU qui, au-delà du combat contre DAESH, Al Quaida et autres organisations, doit viser la reconstruction de ces régions, le retour au pays des milliers de réfugiés et une coalition sûre d’établir une paix durable dans la région.
Toute intervention sans cette perspective aura les mêmes effets que celle d’hier : le développement du terrorisme.
La logique de guerre, les appels à la vengeance répondent exactement aux objectifs de DAESH.
Nous proposons une logique de paix qui passe par l’élimination de la menace DAESH mais qui place le développement de ces régions, la voie de la démocratie, comme moyen de vaincre définitivement ceux qui se nourrissent de la violence et de la haine.
Je propose avec mon ami André Chassaigne la création d’une Commission parlementaire spéciale pour réévaluer la politique internationale de la France.
La force de notre pays c’est de pouvoir montrer au monde que même plongé dans la douleur notre peuple, son gouvernement poursuivent l’objectif de donner une chance à la paix dans cette région.
La puissance de ce désir de paix, qui animait hier rappelons-le les combattants du nazisme, vie heureuse, s’aimer, travailler, vivre en un mot peut stopper la dérive mortifère qui menace le monde.
C’est cette volonté de paix qui permettra de dépasser l’obstacle des dictatures de la région dont celle de Bachar El Assad. C’est cette volonté de paix, de développement qui peut enfin mettre un terme au conflit israélo palestinien et permettre à ces peuples de vivre dans deux états se respectant et coopérant.
Je l’avais indiqué en Janvier, la violence terroriste révèle les maux de nos sociétés.
Une question me taraude comme en Janvier. Comment des jeunes français ont pu commettre de tels actes, comment ont-ils pu sacrifier leur vie pour tuer, massacrer ?
Bien sûr, il y a le fanatisme, les dérives sectaires, la manipulation, l’absence de culture. Mais il faut ouvrir les yeux, une société comme la nôtre, mais c’est vrai aussi dans de nombreux autres pays, où l’argent est érigé en valeur absolue au détriment du travail, alors que les inégalités croissent année après année, cette société ne peut que générer de l’exclusion, de la violence.
Le vivre ensemble qui nous est cher, qui est au cœur de la République a un prix. Il faut réorienter les immenses richesses vers l’épanouissement humain.
L’école, l’éducation, ce sera ma conclusion doit être cette école de la Démocratie. De grands moyens doivent être dégagés pour mener cette guerre utile fondamentale, celle de la Culture, celle de l’éducation et du travail. Elles sont à mon sens les vraies réponses, les seules réponses au désespoir, à la perte de sens qui mène à la folie meurtrière.
Notre pays, la France est en deuil aujourd’hui. Le monde nous accompagne dans ce chemin. Marianne pleure des larmes de sang, mais nous prononçons avec elle avec force et détermination ces trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité.
Eliane ASSASSI présidente du groupe communiste républicain citoyen au Sénat