Lettre de Céline Brulin à Roselyne Bachelot

Lettre de Céline Brulin à Roselyne Bachelot

Madame la Ministre,

Céline BrulinVoici quelques points sur lesquels j’aurais pu attirer votre attention à l’occasion de votre visite dans notre région, si vous aviez pris le temps de rencontrer les différents acteurs qui travaillent ou s’intéressent aux questions de santé et qui vous en ont exprimé la demande (représentants des salariés, associations d’usagers, de malades, collectif contre le parking payant du Groupe Hospitalier du Havre… ).

Notre région cumule de lourds retards et une dégradation de l’offre de soins. Ici, en Haute-Normandie, il est de plus en plus difficile de trouver un médecin à proximité, encore moins un spécialiste… nous subissons de plus, comme nulle part ailleurs, la pratique des dépassements d’honoraires, le département de l’Eure détenant le triste record de France en la matière. Les soins psychiatriques sont dans une extrême précarité, la démographie médicale est dangereusement déficitaire et la situation est très fragile pour nombre de nos hôpitaux publics, tant en moyens humains que financiers.

C’est particulièrement vrai dans notre région havraise où le Groupe Hospitalier du Havre est, depuis 2 ans, dans le collimateur de vos politiques dites de « retour à l’équilibre » avec l’application de la T2A qui place, de fait, les personnels soignants et la qualité de soins offerte aux patients comme seules variables d’ajustement…

La mise en œuvre de la loi dite Hôpital Patient Santé Territoire va-t-elle permettre de donner les moyens humains et matériels à chaque bassin de vie de notre région pour être en capacité de répondre aux besoins ?

Tous les professionnels de santé affirment au contraire que le mode de gestion comptable, type entreprise privée, imposé aux hôpitaux publics et votre volonté affichée de diviser par 5 les hôpitaux publics de proximité va aggraver encore la situation et favoriser le secteur privé, cliniques comme assurances privées.

Cette inquiétude est renforcée par le fait que votre loi a évacué, depuis le 1er avril dernier, les élus locaux des Conseils d’Administration des hôpitaux, lieux où ils pouvaient encore faire entendre la voix des populations, soutenir les représentants des personnels dans leurs revendications et leurs luttes qui se sont multipliées ces derniers mois, au Havre, à Gisors, Rouen, Évreux, Eu ou Dieppe…

Face aux conséquences désastreuses de la politique de santé que vous imposez à la population, celle-ci se mobilise en effet de plus en plus aux côtés des personnels pour avoir accès à des soins de qualité, accessibles financièrement.

Voilà, Madame la Ministre, les questions sur lesquelles nous aurions eu l’occasion de vous entretenir, si vous en aviez eu l’intention.

Nous aurions pu vous dire aussi, avec les représentants des personnels de santé du Groupe Hospitalier du Havre, qu’ils sont en sous-effectifs constants, soumis à une charge de travail toujours plus importante. Et de ceux de la médecine psychiatrique, qu’ils sont à bout de force.

Nous aurions pu vous faire part du refus des infirmières et infirmiers de céder à un odieux chantage qui vise à porter leur âge de départ à la retraite de 55 à 60 ans, en contrepartie d’augmentations de salaires bien modestes, notamment pour les infirmiers anesthésistes, et au mépris de la reconnaissance de la pénibilité de leur métier. Une mesure qui en dit long, d’ailleurs, sur les objectifs de votre gouvernement en matière de retraite.

Sachez, Madame la Ministre, que notre détermination est intacte pour accentuer la mobilisation, vous faire reculer sur vos projets et imposer d’autres choix, Et veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

Céline BRULIN

Vice-présidente du conseil régional de Haute-Normandie en charge des questions de santé

2 commentaires

Hervé Publié le23 h 28 min - 29 avril 2010

chère Céline je partage ton intervention, mais sache qu’a Rouen le problème est le même ainsi que sur l’ensemble de la Haute Normandie. vive le Havre, vive la Haute Normandie, vive la France. vive l’Europe, vive le monde sans frontière.
Hervé

REGUER Paul Publié le13 h 45 min - 30 avril 2010

En tant qu’usager des services de santé (82 ans et quelques problèmes) je ne puis qu’applaudir des deux mains le courrier de Céline BRULIN. Ces deux dernières années, j’ai eu l’occasion d’apprécier le dévouement du personnel de l’hôpital Jacques Monod et de mesurer un peu ses difficultés. Ceci n’a fait que me conforter dans la défense du service public de santé. En ce qui concerne la pénurie de médecins dans notre région, je ne puis que confirmer ce que Céline affirme. Ce n’est pas un simple discours alarmiste. Je peux apporter un témoignage personnel.Je demeure près de GODERVILLE Très récemment, un mercredi, j’ai dû demander une consultation à mon médecin généraliste. La secrétaire du centre médical m’apprend qu’il est en congé, ce qui est parfaitement son droit. Malgré sa bonne volonté, la secrétaire n’a pu m’obtenir de rendez-vous avec un autre médecin que le lendemain jeudi à 20 H.30 ! Cette constation ne met nullement en cause la bonne volonté des médecins, ni celle de la secrétaire. Peut-on s’étonner alors de voir des patients encombrer les services d’urgence alors que leur état ne le justifierait pas vraiment ?