Séance plénière – Conseil régional
18 octobre 2010
Intervention de Céline BRULIN pour le groupe Front de Gauche
Parti Communiste Français-Gauche Unitaire-Parti de Gauche
M. le Président,
Chers Collègues,
Depuis plusieurs semaines, des millions de nos concitoyens agissent contre un projet qui vise à affaiblir le niveau de pensions des Français pour ouvrir de nouveaux marchés aux assurances et autres fonds de pensions.
Les Hauts-Normands ne sont pas en reste dans cette mobilisation. Avec un élément nouveau : l’engagement de la jeunesse. Une jeunesse qui, rarement dans l’histoire de notre pays, aura connu une telle angoisse face à l’avenir. Et qui n’accepte pas qu’on lui bouche un peu plus encore l’horizon en maintenant les plus anciens au travail.
Et plus le Président de la République et ses ministres s’entêtent, plus le divorce s’accroît entre notre pays et ceux qui le gouvernent, au point que l’on peut parler – je crois – de véritable crise démocratique.
Dans ces circonstances, notre collectivité, et les élus régionaux de gauche et écologistes que nous sommes, se doivent d’être plus que jamais au cotés de nos concitoyens.
Aux côtés des Hauts-Normands sur la question des retraites, bien entendu. Et pour ce qui nous concerne, nous soumettons au débat des propositions permettant de garantir le financement de la retraite à 60 ans, à taux plein.
Aux côtés des Hauts-Normands aussi, sur la question de l’emploi, en particulier l’emploi industriel, qui continue de connaître une véritable hémorragie.
La semaine de l’Industrie vient de s’ouvrir et le ministre de l’Industrie – ou plus exactement le ministre de la désindustrialisation – vient aujourd’hui s’enorgueillir du savoir-faire français, de nos filières d’excellence et promouvoir le « made in France ».
Il devait le faire dans une entreprise, Flexifrance, au Trait, où 150 salariés « temporaires » sont « remerciés » et où des baisses de charge menacent les autres, parce que le groupe Technip va construire une usine en Malaisie et doubler ses capacités de production au Brésil. Mais plus personne ne fait confiance à ce gouvernement pour défendre l’industrie. Et pour cause !
Il y a quelques temps, c’était le Président de la République lui-même, accompagné de Carlos Goshn, qui promettait le maintien du haut de gamme à Sandouville. Mais les rumeurs et les menaces se font persistantes, à Sandouville…
L’engagement pris doit être tenu, tout comme celui qui concerne le véhicule utilitaire. Et notre collectivité doit refuser les nouvelles pressions exercées par Renault sur les régions de France ou d’Europe. Ces pressions n’ont qu’un seul but : faire supporter toujours plus le « coût du travail » par les citoyens-contribuables et leurs collectivités territoriales, pour accroître la marge des actionnaires.
Renault a obtenu la suppression de la Taxe professionnelle, (rappelez-vous c’est à Sandouville, précisément, que le Président de la République l’avait annoncée ! ) avec des conséquences que nous aborderons au travers du débat d’orientations budgétaires. Renault commence à rembourser l’emprunt qui lui a été accordé sans condition ni exigence par l’Etat. Eh bien Renault doit construire son haut de gamme ici, et l’Etat actionnaire doit jouer tout son rôle en ce sens.
Je pourrais citer également Gardy à Barentin, Sealynx à Charleval, qui vient d’annoncer la suppression de 257 emplois. Ou encore Cooper, à Bolbec, menacé de fermeture, avec 316 salariés sur le carreau.
Aux drames pour tant d’hommes et de femmes, s’ajoute le risque de voir disparaître des savoir-faire, avec de lourdes conséquences sur l’avenir de notre région. A l’image de la construction navale, qui disparaît totalement en Haute-Normandie avec la fermeture des Chantiers Allais, à Dieppe, après la vente du dock flottant, au Havre, et les menaces de combler la cale sèche du France, symbole, s’il en est, de notre savoir-faire naval, maritime et portuaire.
Et cette casse industrielle se fait avec de l’argent public ! Le cas de Cooper en est emblématique puisque le Fonds de Modernisation des Equipementiers Automobiles, abondé par des fonds publics, est à la manœuvre dans la fusion qui conduirait à la fermeture du site de Bolbec.
Notre collectivité doit hausser le ton. Il est inacceptable au moment où les habitants subissent tant de difficultés sociales, au moment où les collectivités sont mises au régime sec, il est inacceptable que de l’argent public servent à casser des emplois et des savoir-faire. Nous devons porter ce refus, dans le cadre des Assises de l’Economie, de l’Industrie et de l’Innovation que vous avez ouvertes, il y a quelques jours, M. le Président.
Et nous devons apporter un soutien actif aux salariés qui agissent pour que les fonds publics soient mobilisés pour investir dans la recherche et l’innovation, apporter la contribution de notre collectivité pour travailler sur des solutions alternatives aux suppressions d’emplois et aux fermetures de sites.
Oui, plus que jamais, nous devons être aux côtés des Hauts-Normands pour empêcher la fermeture du triage ferroviaire de Sotteville-les-Rouen ou face à la réforme portuaire, qui dérèglemente l’emploi et supprime des postes.
Plus que jamais nous devons être aux côtés des Hauts-Normands pour obtenir des moyens pour nos établissements hospitaliers et pour la santé en général.
Les personnels du CHU comme ceux du Groupe Hospitalier du Havre et de nombreux hôpitaux de notre région, tirent la sonnette d’alarme. Leurs conditions de travail ne leur permettent plus d’assumer leurs missions de service public. Et lorsqu’ils demandent la simple reconnaissance de leur qualification, comme le font les infirmiers-anesthésistes, le gouvernement leur adresse une fin de non-recevoir, quand ce ne sont pas les CRS !
De plans de retour à l’équilibre en réduction des déficits, on a tiré sur la corde au point qu’elle menace aujourd’hui de rompre. Il faut se rendre à l’évidence. Les personnels ont engagé de nombreux efforts. Leur en demander davantage ferait courir de graves risques. Il s’agit de la santé, parfois même de la vie de nos concitoyens !
Nous devons unir nos forces à celles des personnels pour demander l’annulation du plan de retour à l’équilibre du CHU.
Et exiger que l’Etat honore sa dette à l’égard du CHU : 17 millions d’euros de MIGAC (Mission d’Intérêt Général et d’Aide à la Contractualisation), des enveloppes qui doivent, du reste, être revalorisées en faveur de notre région au regard des graves inégalités que nous subissons.
Des emplois doivent aussi être créés pour l’ouverture du nouvel hôpital d’Evreux faute de quoi nous passerions d’environ une infirmière pour 8 lits à une infirmière pour 12 lits.
Nous devons unir nos forces à l’ensemble des partenaires qui œuvrent dans le domaine de la santé.
Au sein de la Commission Régionale de Santé et d’Autonomie, ils ont unanimement fait part de leur inquiétude quant à l’arrêté fixant le nombre d’internes à former par spécialité, qui aggraverait la situation démographique déjà catastrophique dans notre région. Ils ont unanimement adopté une motion demandant un plan d’urgence de rattrapage en matière d’offre de soins.
Ce combat est à mener, avec détermination.
Les élus de notre groupe en sont et en seront, plus que jamais convaincus que notre région et notre pays ont besoin d’une gauche combative.
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