Séance plénière du 25 juin 2012
Intervention de Jean-Luc LECOMTE au nom du groupe Front de Gauche
Parti Communiste Français, Parti de Gauche, Gauche Unitaire
Monsieur le Président,
Cher-e-s collègues,
Les Françaises et les Français viennent de tourner la page de Nicolas Sarkozy.
Ils ont ainsi exprimé leur rejet d’une politique de casse industrielle, de démantèlement des services publics et de mise à mal des valeurs républicaines.
Cette victoire a aussi cassé le duo Merkel-Sarkozy qui portait avec force les politiques d’austérité en Europe. Il n’est donc pas envisageable de gouverner demain avec leur traité. Le sommet européen des 28 et 29 juin prochains doit être l’occasion pour le Président de la République de refuser ce texte qui soumet les États à la plus grande rigueur pour leur peuple et limite considérablement la souveraineté budgétaire des parlements nationaux.
Un éventuel ajout sur la croissance au traité Merkel-Sarkozy ne saurait suffire alors que François Hollande a déclaré durant toute la campagne électorale que ce traité était incompatible avec sa politique.
Après tant d’injustices, d’insécurité sociale et de mépris, les attentes et les espoirs de nos concitoyens sont grands. La politique mise en œuvre par le gouvernement Ayrault doit en tenir compte comme elle doit tenir compte des 4 millions de voix du Front de Gauche qui ont été décisive dans la victoire du 6 mai dernier.
C’est vrai pour la retraite à 60 ans pour tous et à taux plein.
C’est vrai pour la relance urgente du pouvoir d’achat, du SMIC, des salaires et des retraites, qu’une augmentation de 2% à 2,5% du SMIC ne saurait suffire.
C’est vrai pour le développement des services publics : service public de la santé, service public de l’éducation avec la construction de l’école de la réussite pour tous, service public du logement et des transports, création d’antennes de Pôle emploi ou accueils de la Sécurité Sociale…
C’est vrai pour un nouveau statut de la Banque Centrale Européenne et pour la création d’un pôle financier public.
C’est vrai pour de nouvelles recettes indispensables aux régions et pour le remboursement des sommes dues par l’État à la Région dans le cadre des transferts de compétences non ou mal compensés financièrement : bourses de formation, coûts de fonctionnement des lycées et des CFA, convention avec la SNCF pour faire circuler les trains régionaux…
Les Régions ne sauraient en effet être les outils de proximité pour la mise en œuvre d’une politique d’austérité voulue par Bruxelles.
C’est vrai pour l’emploi, avec l’exigence d’un renouveau industriel et de droits nouveaux d’intervention pour les salariés et leurs organisations syndicales.
C’est vrai pour une loi d’amnistie qui doit être votée sans attendre en faveur des syndicalistes et des militants condamnés suite à la criminalisation de l’action syndicale et citoyenne.
Rappelons que les Régions devraient se voir confier de nouvelles responsabilités en terme de développement économique dans la nouvelle loi institutionnelle annoncée.
Et notre région est particulièrement concernée par la casse industrielle mais aussi par les luttes pour l’emploi dont certaines commencent à être victorieuses.
A Eragny-sur-Epte, le géant pharmaceutique Merck & Co prétend mettre à la rue 246 salariés alors que le groupe affiche 42 milliards de dollars de Chiffre d’Affaire, 12 milliard de profits et 5 milliards servis aux actionnaires. En dix ans, le groupe a racheté ses propres actions à hauteur de 17 milliards.
Avec les salariés du site, nous disons non aux licenciements boursiers, oui au maintien de l’indispensable production d’insuline et d’anesthésiques sous forme injectable.
Le Parlement doit légiférer rapidement pour qu’une loi interdise les licenciements boursiers.
Le groupe Cooper Standard Automotive, équipementier automobile, a supprimé 316 emplois et fermé le site de Bolbec il y a quelques mois, tout en bénéficiant du Fonds de Modernisation des Equipementiers Automobiles (FMEA) et donc, pour partie, d’argent public.
Lors d’une récente réunion du Comité d’Entreprise, la Direction du groupe a annoncé 90 nouvelles suppressions d’emplois réparties sur les sites de Vitré, Lillebonne et Rennes.
Cette annonce suscite la plus vive inquiétude les salariés, en particulier ceux du site lillebonnais. Elle est d’autant plus inacceptable que les salariés sont sollicités pour faire des heures supplémentaires, travailler les jours fériés et que l’entreprise fonctionne bien.
La lutte des M-real que nous soutenons depuis de nombreux mois peut être victorieuse.
Sept repreneurs sont en lice pour la reprise, dont plusieurs avec un projet de reprise d’une activité papetière. La reprise de la production de pate à papier est même envisagée.
L’un des repreneurs, Activa Pro, annonce une possibilité de redémarrage en septembre. Les négociations se poursuivent et c’est maintenant que la Région doit, apporter toute l’aide prévue, aux côtés de l’État, au projet industriel qui va être retenu.
A propos de M’Real, le Parlement doit légiférer rapidement pour que les actionnaires ne puissent s’opposer à la vente d’une entreprise pour laquelle des repreneurs se sont manifestés au motif notamment d’empêcher la concurrence.
Les 600 salariés et les 40 intérimaires de l’entreprise REVIMA, partenaire privilégié d’AIR FRANCE dont elle assure la maintenance des trains d’atterrissage et des groupes auxiliaires de puissance, vivent dans l’inquiétude du lendemain devant la stratégie des compagnies aériennes et d’AIR FRANCE en particulier.
Un sujet de satisfaction : le redémarrage de la raffinerie de Petit Couronne le 14 juin dernier.
A cette occasion, l’intersyndicale avait organisé un rassemblement et les 500 personnes présentes ont réaffirmé leur volonté de continuer à agir pour assurer la pérennité du site et de ses emplois par la mise en place d’un repreneur.
Les salariés de Sealynx, sous-traitant automobile fabriquant des joints d’étanchéité et devenu en mai 2011 une filiale du groupe indien RUIA, se sont mis en grève le 11 juin, après avoir été victimes du deuxième redressement judiciaire en un an.
Ils rejetaient les deux repreneurs s’étant manifestés à ce jour : COOPER qui annonce comme nous venons de le voir précédemment 90 licenciements en France, notamment à Lillebonne, et le Polonais STOMIL-SANOK dont les actionnaires pourraient être plus intéressés par la rentabilité financière que par l’avenir industriel du site. Ces deux repreneurs n’envisageaient l’un et l’autre que la reprise de 400 salariés au maximum.
Les grévistes demandaient l’intégration de SEALYNX au groupe RENAULT qui en est le principal client, à hauteur de 85% et dont l’État est actionnaire à hauteur de 15,1 %.
Ils ont repris le travail le 20 juin, après avoir imposé à Renault des engagements sur l’avenir du site avec le maintien de 500 personnes en CDI jusqu’en 2015. L’État s’est également engagé sur le suivi du projet de reprise.
C’est toute la filière automobile qui a été victime de la casse industrielle ces dernières années dans notre Région qui dispose pourtant de savoir-faire reconnus. C’est pourquoi j’appelle à la création d’un collectif pour l’avenir de Sealynx à Charleval, avec les organisations syndicales de l’entreprise et les élus du territoire. La Haute- Normandie doit agir agisse la pérennité de la filière automobile et de son tissu d’équipementiers.
Le tribunal de commerce du Havre a accepté la demande des salariés de Paris Normandie et a autorisé une nouvelle prolongation de la période d’observation jusqu’au vendredi 20 juillet. Nous réaffirmons ici notre total soutien à la lutte des salariés de Paris Normandie et des titres associés.
Une lutte pour l’emploi mais aussi une lutte pour le maintien d’un quotidien régional en Haute-Normandie, une lutte pour la démocratie, l’indépendance et la liberté de la presse.
Je vous remercie.
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