((/public/monde/.2011-04-28palestine_m.jpg|drapeau palestinien|d|drapeau palestinien, avr. 2011)) Une très bonne nouvelle nous parvient du Caire. Les responsables palestiniens du Fatah et du Hamas ont décidé de s’entendre et de former ensemble un gouvernement provisoire, chargé de gérer la Palestine et d’organiser les élections législatives et présidentielles, prévues à l’automne prochain. Comme dans d’autres pays arabes, la jeunesse a été à la pointe de la demande d’unité particulièrement à Gaza. Si cela se concrétise, un pas décisif, un pas historique supplémentaire serait accompli dans le formidable tourbillon émancipateur qu’est en train de vivre cette région. « Enfin » ! Dirons-nous avec des millions d’individus de par le monde qui l’attendait depuis longtemps. Cela aurait de multiples conséquences. Cela ouvrirait la voie à un nouveau débat démocratique à l’intérieur de la société palestinienne, débouchant sur l’élection des députés au Conseil législatif palestinien et du Président de l’autorité palestinienne qui pourrait devenir le premier Président de Palestine, d’un Etat palestinien indépendant, démocratique, pacifique. En effet l’unité palestinienne permettrait sa reconnaissance par l’Organisation des Nations-Unies de l’Etat palestinien. La France doit désormais le faire sans attendre. L’Union européenne aussi. Je l’ai demandé en séance publique du Parlement européen à Mme Asthon, la haute représentante de l’Union européenne, le 9 mars dernier. Avec force des intellectuels israéliens, parmi les plus prestigieux, l’ont réclamé dans un vibrant appel il y a quelques jours. En dénonçant ce projet d’accord, la direction israélienne montre qu’elle veut que rien ne change dans cette région du monde. Elle s’en trouvera encore davantage isolée sur ses positions injustifiables. Contrairement à ce qu’elle prétend, on peut raisonnablement penser que sous la pression populaire, ce n’est pas l’intégrisme qui est en train de gagner. En vérité, le gouvernement de l’ultra-droite israélienne sait que la reconnaissance de l’Etat palestinien par l’ONU changerait beaucoup de choses. L’occupation des territoires palestiniens, devenu pays souverain, ferait automatiquement encourir à Israël des sanctions internationales effectives. Les demandes, maintes fois répétées en vain, sur l’application des multiples résolutions de l’ONU, changeraient de nature. Il en serait aussi fini des tentatives de marchandage pour s’accaparer des territoires. Fini de l’implantation de colonies en échange de promesses de paix jamais tenues. Rien ne serait plus comme avant. Des crimes de guerre perpétrés à Gaza au blocus, de la colonisation à l’élévation du mur jusqu’à l’emprisonnement de citoyens et d’élus palestiniens, tout cela deviendrait intolérable pour une majorité de la population mondiale et indéfendable à Washington comme à Bruxelles. D’autre part, un rapport des Nations-Unies considère que, désormais, les conditions économiques d’un Etat viable en Palestine sont réunies. Enfin, les mouvements d’émancipation démocratique en cours dans les pays du Maghreb et du Machrek pousseront peut-être les chancelleries nord-américaine et européenne à rechercher enfin la solution pour la coexistence de deux Etats, vivant en paix et dans la sécurité, dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine. Cette évolution est partie intégrante du « Printemps arabe ». Elle est aussi peut-être l’une des conditions de sa réussite. Les élections en Palestine doivent pouvoir se tenir avec tous les représentants du peuple, à commencer par tous les parlementaires aujourd’hui incarcérés, à commencer par Marwan Barghouti. De sa prison, celui-ci avait fait signer le premier appel à la réunification palestinienne à tous ses camarades, de toutes les tendances de l’OLP. Nous aussi citoyennes, citoyens, attachés à la paix, à la démocratie, nous pouvons agir pour aider l’histoire à faire ce pas décisif, ce pas historique de la création d’un Etat palestinien, démocratique, composé de tout son peuple, c’est-à-dire avec le retour des réfugiés, si longtemps espéré. Patrick Le Hyaric est membre de la délégation du Parlement européen, chargée des relations avec le Conseil législatif palestinien Un État palestinien, l’idée fait son chemin Plus d’une centaine d’intellectuels israéliens appellent à la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967. De nombreux pays y sont déjà favorables. Émise il y a maintenant plusieurs mois par des responsables palestiniens, l’idée de la reconnaissance de l’État palestinien dans les frontières de 1967 à l’occasion de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, à l’automne prochain, fait son chemin. Il y a d’abord l’Autorité palestinienne qui, à l’instar du président Mahmoud Abbas, en fait maintenant soncheval de bataille. La semaine dernière, à Paris, celui-ci a remis la proposition sur le tapis, demandant à la France et, plus largement, à l’Union européenne de faire leur cette idée. Une proclamation à valeur politique Un certain nombre de pays, notamment en Amérique latine, se sont déjà prononcés favorablement. Évidemment, une telle proclamation aurait avant tout valeur politique puisqu’elle ne mettrait pas fin à l’occupation israélienne. Mais elle modifierait les données du dossier. Tel-Aviv ne négocierait plus avec une Autorité ou un mouvement de libération (puisque, formellement, les engagements palestiniens sont pris par l’OLP) mais avec un État qui aurait les mêmes droits qu’Israël. C’est pourquoi l’appel récent de dix-sept lauréats du prix Israël, la plus haute distinction israélienne dans le domaine des arts, des sciences et des lettres, pour la création d’un État palestinien dans les frontières d’avant la guerre de juin 1967, représente un formidable point d’appui pour les progressistes et les pacifistes israéliens. L’appel, qui reprend des formulations de la déclaration d’indépendance d’Israël, a été symboliquement signé jeudi dernier à Tel-Aviv, devant le bâtiment même où a été proclamée le 14 mai 1948 la création d’Israël. Ces artistes et intellectuels – ils sont déjà plus d’une centaine – soulignent que la charte d’indépendance d’Israël de 1948 s’inspire de « la résolution de partage de l’ONU du 29 novembre 1947, appelant à la création d’un État-nation juif démocratique et d’un État-nation arabe démocratique ». Ils soulignent également que « la fin complète de l’occupation (israélienne) est une condition essentielle pour la libération des deux peuples ». Une initiative qui dérange La pétition est signée notamment par les professeurs Yéhouda Bauer, David Tartakover, Zeev Sternhell, l’ancien président de l’Académie des sciences Menachem Yaari, la fondatrice du parti Meretz (gauche laïque) Shoulamit Aloni, et le peintre et sculpteur Danny Karavan, tous lauréats du prix Israël, le dramaturge Yéhoshua Sobol ou encore Yael Dayan, ancienne députée travailliste et fille du général Moshe Dayan. Cette initiative n’est pas du goût de toute une frange de la société israélienne, en particulier les partis religieux et de droite. La réunion organisée pour la proclamation de cet appel a été perturbée par des militants de droite qui ont tenté – aux cris de « traîtresse » – d’empêcher Hanna Maron de parler, comédienne israélienne de quatre-vingt-sept ans née en Allemagne, grande dame du théâtre israélien, blessée dans un attentat en 1970, qui a quand même tenu à dire : « Nous sommes rassemblés ici pour nous féliciter de la prochaine déclaration d’indépendance de l’État palestinien. » Israël a déclaré qu’il s’opposerait à une telle initiative unilatérale, soulignant que toute paix devrait résulter de négociations bilatérales, et les États-Unis ont fait connaître leur réticence. Pierre Barbancey
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