Identité Nationale…

Identité Nationale…

((/public/.img005_m.jpg|img005.jpg||img005.jpg, déc. 2009))Le 21 février 1944, les murs de notre capitale se couvraient d’une grande affiche rouge annonçant l’exécution des vingt-trois membres du groupe Manouchian, ces résistants communistes, juifs, d’origine arménienne, hongroise, polonaise, espagnole, italienne, qui avaient fui le totalitarisme pour venir défendre dans notre pays les valeurs républicaines contre Vichy, contre les nazis. Tous ces étrangers qui avaient fui le totalitarisme, étaient venus défendre les valeurs de notre pays contre Vichy et contre les nazis. Comment ne pas se rappeler cette affiche, inspirée de la xénophobie de la droite nationaliste, qui présentait ces étrangers comme l’anti-France ? Ils font désormais partie du Panthéon de notre mémoire nationale. Mais, de cet épisode, les prochaines générations ne sauront peut-être rien, puisque vous semblez décidés à supprimer l’enseignement de l’histoire dans certaines classes de terminale, à un moment si important dans la formation d’un adulte citoyen. __Aujourd’hui, des amalgames abjects se développent entre Français d’origine immigrée, étrangers et délinquants, dans les circulaires ministérielles__. Les reprises des slogans du Front national par des représentants de l’État heurtent, je le crois, tous les républicains. Sarkozy et son gouvernement ouvrent une boîte de Pandore dont nul ne connaît l’issue, et je sais que beaucoup partagent mon inquiétude. __À chaque période de crise économique, des gouvernements, singulièrement de droite, ont élevé un rideau de fumée en désignant de prétendus ennemis de la France__. Ces boucs émissaires ont eu pour nom Dreyfus, ils ont eu le visage de ces étrangers internés par la République à la veille de la Seconde guerre mondiale, sous la pression des fascismes de droite. L’histoire semble bel et bien bégayer et, pour masquer une politique économique et sociale en échec, pour débaucher un électorat ultra, le Président de la République sème la division dans le peuple français. Son concept d’identité nationale est scientifiquement inexistant, mais politiquement dangereux. L’intrusion de l’État dans la définition de la nation, instrumentalisée à travers la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, est un fait grave. Avec les chercheurs et les intellectuels, François ASENSI, Député Communiste de Seine Saint Denis a demandé à l’Assemblée Nationale sa suppression, car on ne peut présenter l’immigration comme une menace pour la France. Comment accepter une telle atteinte aux principes de la République ? Le Gouvernement privatise l’État, nos préfectures, pour les mettre au service de la campagne de l’UMP. La neutralité des préfets, chargés de conduire des débats selon une circulaire biaisée et offensante, est profondément bafouée. Pour autant, la nation n’est aucunement taboue pour les communistes et les républicains. Pour nous, la nation est une construction permanente, une volonté des citoyens de participer à un projet progressiste et émancipateur. La nation est une histoire, mais bien plus encore, elle a un avenir commun. Notre nation n’est pas la nation sclérosée du Président Sarkozy, qui reconnaît comme origine immuable la chrétienté et l’Ancien régime. Notre nation, c’est la nation de l’abbé Sièyes qui, en 1789, accordait la citoyenneté à tous les Français, quel que soit leur statut social. Notre nation, c’est la Déclaration des droits de l’homme, qui faisait de la contribution à l’impôt un élément essentiel de la citoyenneté française. C’est la Constitution de l’An II qui accordait des droits civiques identiques aux étrangers résidant en France. Au nom de quoi limiterait-on aujourd’hui les droits civiques de ces citoyens étrangers résidant en France, alors que de riches Français s’excluent volontairement de la solidarité nationale par l’évasion de leurs revenus dans les paradis fiscaux ? __Notre nation__, c’est celle de la laïcité, remise en cause par le discours de Latran. __Notre nation__, c’est celle du Conseil national de la Résistance et de son pacte social. Or, du démantèlement du droit du travail à la privatisation des services publics, la politique de votre gouvernement renie cette République sociale, véritable ADN de la France. __Notre nation__, c’est, enfin, une communauté politique ouverte sur les autres nations, dans une relation de coopération et de dialogue. Comme le rappelait Jean Jaurès, cet internationalisme-là ne nous éloigne pas de la nation. Il nous en rapproche, à l’inverse d’un capitalisme mondialisé qui met les peuples en concurrence, attisant hier les guerres coloniales, aujourd’hui les guerres économiques et impériales. Je ne cesse de m’étonner d’une contradiction : les initiateurs du débat sur l’identité, les défenseurs des symboles de la nation, sont ceux-là mêmes qui fragilisent le rôle des États en promouvant la liberté absolue de circulation des capitaux ; ceux-là mêmes qui soutiennent une construction européenne coupée du peuple ; ceux-là mêmes qui abaissent les solidarités nationales en défendant la directive Bolkenstein. Ces élites capitalistes apatrides, dignes héritières des réfugiés de Coblence, mettent en doute le patriotisme des classes populaires, alors qu’elles n’hésitent jamais à défendre leurs privilèges depuis les fourgons de l’étranger. __Enfin, comment accepter que le Gouvernement français caricature et stigmatise à ce point l’immigration ? Notre nation est un creuset de cultures, une terre ancienne d’immigrés. Près d’un quart des jeunes français a un grand-parent né à l’étranger, ne l’oublions pas, monsieur le ministre__. Élue au Havre, berceau depuis longtemps de métissages au gré des migrations économiques, je ne peux accepter le procès de la différence que le gouvernement actuel instruit. Non, l’immigration n’est pas un danger. Elle est une richesse, pour peu que l’on sache lui donner une juste place dans notre République. La France, sa croissance, son modèle social, se sont construits sur les efforts et les sacrifices de ces populations qui nous ont rejoints. La stigmatisation de l’immigration est un reniement absolu de l’intégration républicaine. En confortant les préjugés, Sarkozy condamne certains Français à devenir d’éternels étrangers dans leur propre pays. Il condamne ces Français de la deuxième ou troisième génération à subir, comme leurs parents, des discriminations ethniques qui sont la honte de notre République ! Parfois avec difficulté, la France a su, par le passé, offrir sa générosité à plusieurs générations d’immigrés. Je constate avec beaucoup de tristesse que la politique discriminante de l’actuel gouvernement ferme désormais la porte à la génération des enfants d’immigrés maghrébins et africains, terriblement absents des hémicycles. Je constate également que la tradition humaniste française est bafouée, à l’heure des charters pour l’Afghanistan. Ces réfugiés ou immigrés sans papiers ont vécu le déchirement de quitter leur pays, leur famille, font le sacrifice d’occuper des emplois pénibles, en deçà de leurs compétences, pour assurer à leurs enfants un avenir en France. La France, patrie des droits de l’homme, voit chaque jour ses lumières déclinées. Le Conseil de l’Europe vient de dénoncer «la vision étriquée de l’identité», défendue par le gouvernement français, qui n’accorde aucune place à la diversité des cultures. La tribune du Président Sarkozy, dans Le Monde, ressuscite la funeste idée d’assimilation. Le juste refus du communautarisme ne saurait faire table rase des cultures d’origine. __Finalement, le véritable mal français n’est pas l’immigration, c’est l’affaiblissement de notre modèle républicain. Affaiblissement dû à la crise systémique du capitalisme, mais aussi à un passé colonial qui a durablement figé une image de la France opposée à la culture africaine.__ Une image réaffirmée récemment par le Président de la République dans le terrible discours de Dakar. Rien n’est pire que ces murs d’incompréhension et de discriminations qui existent au cœur de notre République, où les jeunes diplômés immigrés subissent un chômage quatre fois plus important que les non immigrés, où l’ensemble de la société souffre d’inégalités si criantes que le vivre-ensemble est brisé. Certains à droite, au nom de leur chef, font le choix de maintenir ces murs de défiance et d’injustice, je suis au contraire, avec mes amis communistes, déterminée à les faire tomber !

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Draguer Publié le22 h 44 min - 7 février 2010

Dans cette fissure de la République se sont engouffrés nos dirigeants. Par des propos inadmissibles dans une démocratie, banalisés et désormais quotidiens, ils légitiment tous les comportements et les paroles de rejet, de violence, et de repli sur soi. Nous ne sommes pas ici face à des « dérapages » individuels. En réalité, ces propos sont la conséquence logique d’une politique que le gouvernement souhaite encore amplifier sous le couvert d’un « débat » sur l’identité nationale. Nous sommes ainsi appelés à devenir coauteurs et coresponsables du contrôle identitaire sur la France.