Intervention de Véronique BLONDEL, conseillère régionale communiste lors de la séance plénière du 19 octobre au sujet de la situation et des perspectives pour Renault Sandouville.
Monsieur Le Président, chers collègues
Le 6 octobre dernier avait lieu avec des salariés de l’usine Renault de Sandouville la présentation publique du projet industriel élaboré par le syndicat CGT de l’usine. Nous pouvons dire sans exagération que c’était quelque chose d’inédit. Les élus de notre assemblée y avaient été conviés. Certains y ont participé.
Je ne développerai pas le contenu de ce projet en vous invitant à prendre connaissance du document qui a été donné à chacun des participants. Vous savez que ce site se trouve rendu dans une situation préoccupante et ce projet vise naturellement à lui redonner l’activité qui doit lui revenir et préserver ainsi son avenir.
Celles et ceux qui étaient présents à cette assemblée ont pu constater que les salariés et les syndicalistes ont clairement affirmé qu’il ne s’agissait nullement pour eux d’obtenir l’enveloppe de licenciement ou de reconversion la plus large possible mais de pouvoir continuer à fabriquer des voitures dans leur usine.
Ils ont indiqué, à cet effet, qu’ils attendent des actes de toutes les tendances politiques de notre assemblée en ajoutant qu’ils « s’invitaient dans le débat des élections régionales ».
Le 8 octobre dernier, Monsieur Le Président avait accepté de recevoir une délégation à la région pour que ce projet lui soit présenté.
Nous pourrions déduire de leurs propos que l’automobile est vue à la fois comme « un problème de droite et de gauche » mais sachons en tirer la signification qui convient. Je n’y vois pas de leur part un manque de discernement entre les valeurs de gauche et les concepts de droite. Ce serait d’ailleurs bien méprisant pour les couches de la population que la gauche revendique de représenter. Ce n’est pas non plus un quelconque signe de chantage. (On n’en a pas du tout envie lorsque l’on se trouve dans de telles situations.) Je pense qu’ils affirment très justement que tout le monde a une responsabilité dans les réponses qu’il s’agit d’apporter maintenant! Meme si la faible présence ou le silence des représentants de la Droite ne suffit pas à masquer leur lourde responsabilité.
Ce que disent assurément les salariés de Renault, c’est qu’il n’est pas suffisant de désigner les coupables. Ils appellent notre assemblée à s’insurger contre ces politiques et à agir pour faire inverser les stratégies industrielles qui en sont à l’origine.
Notre bonne gestion ne doit pas nous dispenser de ces combats. Et puis, en terme de gestion, nous connaissons le cadre restrictif d’intervention qui nous est réservé. Qu’ils ne veulent pas être abusés à l’occasion d’élections par les uns ou les autres, je ne trouve pas cela négatif.
Je ne doute pas que chacun ici est préoccupé par la situation de l’industrie automobile par le fait que notre région est fortement impactée par cette industrie.
C’est pourquoi Christian Jutel au nom de notre groupe, a réitéré, il y a quelques jours par une lettre à Monsieur le Président le besoin que notre instance régionale organise des assises sur l’automobile. Permettez-moi d’insister aujourd’hui sur cette urgence.
C’était déjà une demande que nous avions formulée en octobre 2008. Monsieur le Président avait préféré, à ce moment là, créer une commission. A cet égard, les différents « collègues » qui sont intervenus lors de la présentation du projet industriel ont évoqué l’audition de Monsieur Fernandez , le directeur local, dans des termes très critiques, reconnaissant implicitement que la « commission » mise en place répond très imparfaitement aux objectifs.
Alors, au bout d’un an, on voit bien qu’une initiative créant un impact à la hauteur de l’enjeu, s’avère nécessaire.
Si nous demandons la tenue d’assises, ce n’est pas pour « débattre pour débattre ». Ce qui est à déterminer avec des assises c’est : « Comment la région va-t-elle soutenir l’emploi et l’industrie réellement de façon politique dans une logique de développement et non d’accompagnement une fois que le mal est fait ».
A quoi sert, en effet, l’effort financier de la région pour aider à de nouvelles productions sur nos sites si les stratégies des constructeurs continuent à les externaliser ?
Pour faire un retour sur la situation de l’industrie automobile en France et dans la région :
Qui oserait dire que ce ne sont pas les délocalisations de productions en sont une cause essentielle. Il faut ajouter que la crise qui résulte de ces stratégies au bénéfice des puissances d’argent a entraîné des baisses ventes.
Faut-il rappeler, à cet égard, que l’usine de Flins a perdu les modèles Twingo et Clio et que ce site se trouve également fragilisé après que des milliers d’emplois y ont été supprimés depuis une douzaine d’années. Et les choses s’annoncent tout aussi préoccupantes pour l’usine de Cléon où il est annoncé un sureffectif de 700 personnes. Et pour cause, si la direction de Renault y annonçait, il a quelques mois l’attribution d’un nouveau moteur à fabriquer, elle y retire avant qu’il soit lancé une partie des activités actuelles.
L’usine de Sandouville a connu le même phénomène de réduction d’effectifs (12 000 en 1976 et 4000 en 2008) et a subi un traumatisme voilà un peu plus d’un an lorsque le président de Renault y annonçait 1200 suppressions d’emplois (pour tomber à 2550) aujourd’hui dans un plan de 5000 pour tout Renault. Mon propos ne consiste pas à épiloguer sur la réaction des salariés qui s’en est suivie et c’est d’ailleurs à la suite que le président de Renault annonçait l’affectation d’un véhicule utilitaire pour Sandouville.
Mais les craintes ne sont pas pour autant estompées. Et cette annonce pourrait ressembler à la montagne qui accouche d’une souris car ce ne serait que le complément d’une gamme dont Sandouville ne serait même pas l’usine pilote. Ce qui est loin de pallier aux modèles qui lui échappent dans une usine dont le potentiel est de 1600 véhicules par jour.
Est-ce pour cette raison que, la semaine dernière, la direction locale réunissait le personnel pour tenter de le rassurer à ce sujet. Nous comprenons mieux pourquoi un an et demi après cette annonce, nous avons du mal à voir poindre la préparation de son lancement à Sandouville. L’annonce d’un véhicule utilitaire serait-il un passage obligé pour dissiper la contestation avant le coup fatal résultant d’une stratégie sur laquelle nous allons sans doute revenir ?
- Et le refus de lancer d’autres modèles haut de gamme dans une usine ayant une expérience et un savoir faire haut de gamme alors que la production de la Vel Satis est arrêtée est préoccupant. C’est bien sur une usine « multigammes » que repose l’avenir de Sandouville.
- Pour ces raisons, nous pourrions nous demander si Renault se désengage purement et simplement du haut de gamme, ce qui en dirait long pour un constructeur qui se veut généraliste.
C’est dans d’autres contrées, notamment en Corée chez Samsung que Renault parle de » véhicules se substituant aux véhicules haut de gamme » avec des projets à partir de la « plate forme Nissan » Et il vient d’être annoncé par les dirigeants de Renault en comité central d’entreprise que « faire un nouveau modèle haut de gamme à Sandouville demanderait « trop d’investissement ». Et si un nouveau modèle du gabarit de l’Espace est dans les cartons, Renault se refuse à indiquer sur quel site il sera fabriqué. Lorsque l’on connaît la puissance installée à Sandouville et son expérience dans le haut de gamme, c’est faire prendre aux salariés de Sandouville des vessies pour des lanternes. Au demeurant, c’est un gaspillage scandaleux de capacités de production, d’équipements récents qui seraient laissés en friche.
A partir de ces faits, des questionnements sont légitimes par rapport à la stratégie de Renault.
- 1) Et quelles activités, quelles productions, pour Sandouville comme pour Cléon ?
- 2) L’alliance Renault Nissan est-elle encore une alliance ou chacun profiterait des synergies comme le clame pourtant Carlos Gohsn? N’est-ce pas plutôt un groupe unique multinational qui est en train de se constituer pour pouvoir fabriquer et dispatcher à tous les coins de la planète mais qui viderait de sa substance tout ce qui constitue la base nationale. Ce qui est sûr, c’est que nous avons de bonnes raisons de craindre de voir le site de Sandouville dépossédé des modèles haut de gamme sous une autre forme de délocalisation que celle qui a déjà été opérée pour les modèles que je citais plus haut..
- 3) A quoi doivent servir Les fonds injectés par l’Etat ? Pérenniser l’industrie automobile, innover notamment en travaillant sur des modèles à technologie moins polluante ou à permettre aux constructeurs de continuer à augmenter les dividendes des actionnaires ?
Ces stratégies fondées sur des critères de financiarisation qui ont conduit à un fléchissement important du marché, qui ont généré la crise et qui perdurent. A part quelques engagements de ne pas fermer de sites, un utilitaire à Sandouville, un moteur à Cléon mais dans les conditions que nous connaissons maintenant, ces stratégies n’ont toujours pas été inversées suite à l’arrivée de la crise. Et le président de la République n’a pas conditionné l’aide de 3 milliards de l’Etat à des objectifs de préservation.
En effet, quelle validité peuvent avoir ces annonces dans ces conditions et si les plans de suppressions d’effectifs continuent de se succéder ?
C’est vrai, ces stratégies sont sous tendues par des politiques. Mais, je le disais plus haut, il ne s’agit pas seulement de désigner le coupable. Nous pensons que nous devons susciter des événements, prendre des initiatives qui participent à la préservation de l’industrie automobile dans notre Région avec les salariés. Les assises en font partie.
Les salariés en appellent à notre responsabilité, sachons la prendre.
Je vous remercie.
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