Monsieur le Président de la République,
Vous venez au Havre, jeudi 16 juillet, quelques jours après la conclusion du Grenelle de la mer, pour présenter la politique maritime de la France.
Permettez-moi de vous rappeler les propositions des parlementaires communistes sur ce sujet important.
Nous nous sommes opposés à la réforme portuaire, synonyme de privatisation des quais et des outillages, de transfert des personnels. Seuls les parlementaires de droite ont voté un texte que continuent de rejeter les personnels des différents ports de notre pays. Le fond du problème demeure donc et la crise qui frappe actuellement les transports maritimes montre les limites et les dangers du système que votre majorité a mis en place. Aussi, alors que les trafics sont en très forte baisse, la priorité est de préserver, face à la crise et aux restructurations qu’elle entraîne, les capacités humaines et matérielles de nos ports.
Beaucoup a été dit sur la nécessité de développer les liaisons terrestres de nos ports, mais l’essentiel reste à faire. On sait que la compétitivité des ports réside essentiellement dans la qualité et la complémentarité de ces liaisons et notre proposition de créer un « pôle public des transports » va dans ce sens. Vous avez annoncé la mise à l’étude d’une ligne rapide entre Paris et Le Havre : pourquoi pas, mais nous restons attentifs aux conditions financières d’un tel projet, à son impact sur l’organisation du territoire normand et sur le développement des liaisons avec le nord et le sud-ouest de notre pays. Mais cela ne saurait faire oublier aux Normands l’inacceptable situation de la ligne actuelle pour laquelle ils exigent les moyens nécessaires à la qualité, à la ponctualité, au respect dû aux usagers. La filialisation que vous voulez imposer à « fret SNCF » n’est pas acceptable. Elle brisera encore plus la cohérence qui a fait la force de l’entreprise publique, avant que des « réformes » successives ne l’enfoncent dans des difficultés, au prétexte de « modernisation ». L’abandon du wagon isolé et la création d’opérateurs de proximité vont dans le même sens. Il faudra bien aussi alléger et supprimer la dette que vous maintenez à la charge de RFF et de la SNCF ; ces opérateurs publics manquent des moyens pour investir comme ils le devraient dans les infrastructures et les matériels roulants et la privatisation des sociétés d’autoroutes a aggravé la situation. La sécurité maritime, celle qui vise à protéger les marins, les mers et les littoraux, passe par une lutte sans merci contre les navires « poubelles », jusqu’à leur bannissement. Elle est aussi synonyme de modernisation de nos moyens aéronautiques de surveillance et de secours dans les CROSS et de développement des services publics de contrôle dans les ports, à l’opposé de ce qu’impose la RGPP. Et face au développement de pavillons « bis », pourquoi ne pas travailler à un pavillon européen, avec des normes sociales et techniques tirées vers le haut ?
La formation est évidemment primordiale, comme la définition de critères de responsabilisation sociale et environnementale dans les échanges mondiaux que les autorités publiques puissent opposer aux groupes mondiaux de la distribution, aux chargeurs, aux compagnies maritimes, mais aussi aux Etats du pavillon.
L’exploitation des ressources – pêche, mais aussi sol et sous-sol marin – doit faire l’objet d’analyses communes et d’accords internationaux partagés.
Enfin, il y a urgence à mettre en œuvre, dans un pays comme le nôtre qui affirme sa vocation maritime, une filière de déconstruction de navires militaires et marchands. Le port du Havre, avec ses nombreuses formes de radoub, a la possibilité de s’inscrire dans un tel projet.
Evidemment, ces propositions ne s’inscrivent pas dans la politique de réduction de l’emploi public et de dérèglementation sociale que vous imposez à marche forcée, sans étude préalable, sans bilan de ce qui s’est fait ailleurs. Elles visent par contre à lier étroitement développement durable et progrès social, victimes de la course aux profits financiers.
La crise économique affecte lourdement notre région et ses habitants.
En un an, en Haute Normandie, le nombre de chômeurs a bondi de 18,2%, tandis que les offres d’emplois se sont effondrées dans tous les secteurs, pour atteindre 52% dans l’industrie. Sur la zone havraise, le taux de chômage approche 11% au 2ème trimestre 2009.
C’est là le résultat de décisions des grands groupes qui dominent l’économie locale et régionale. Les mesures de suppressions d’emplois affectent des milliers de salariés des groupes ou de leurs sous-traitants. Ainsi, Renault a supprimé 1150 emplois à Sandouville et un sous-traitant comme « Plastic Omnium » a fermé ses portes à St Romain de Colbosc. Des évolutions tout aussi préoccupantes affectent l’outil de raffinage et la pétrochimie, tandis que dans d’autres bassins d’emplois du département, la pharmacie et le verre sont frappés, tandis qu’à EU, Alcatel-Luccent menace son site de fermeture…
Or, des aides conséquentes ont été versées à ces entreprises, depuis comme avant que la crise n’affecte leurs carnets de commande. Pendant des années, pour augmenter leurs bénéfices et les dividendes, elles ont externalisé, délocalisé, supprimé des emplois. Aujourd’hui, elles se tournent encore vers l’Etat et les collectivités locales, pour obtenir de nouveaux soutiens, au prétexte de moderniser les outils de fabrication ou de réorienter leurs productions, ce qu’elles auraient dû et pu faire avec les profits faramineux des années précédentes. Au-delà de la vigilance nécessaire aux situations diverses, cela pose la question d’une politique industrielle non soumise aux exigences de rentabilité financière et qui assure le développement de notre pays. A l’évidence, ce n’est pas le sens de la politique actuelle.
Tout confirme le rôle du secteur public et de la protection sociale face à la crise ; pourtant, vous accélérez des « réformes » qui, au prétexte de « modernisation », n’ont d’autre but que de réduire les droits des salariés et vous imposez au secteur public les critères de gestion du privé, faisant de l’emploi public une « variable d’ajustement », niant les besoins de nos concitoyens et des territoires. Et alors que face à la crise, les mesures de justice sociale et de solidarité s’imposent, vous maintenez envers et contre tout un bouclier fiscal, véritable « protection de classe » pour les plus riches ; vous refusez d’entendre la nécessité d’un autre partage des richesses en faveur du monde du travail, qui permettrait de répondre aux revendications portées par un front syndical uni et de développer une protection sociale – santé et retraite – à l’opposé, à l’évidence, de celle que vous préparez.
Monsieur le Président de la République,
Vos discours évoquent parfois des hommes ou des valeurs de gauche, mais votre action privilégie toujours les plus nantis tandis que ses résultats sont subis par les salariés, les retraités, les jeunes. Alors, tout fait craindre que la crise économique et les enjeux écologiques soient, pour vous et votre majorité, prétextes à remises en cause profondes des droits sociaux et économiques de notre peuple, alors que nous ne surmonterons la crise et nous ne ferons face aux défis environnementaux qu’en remettant en cause l’exploitation des hommes et de la planète au nom du seul profit financier.
Je souhaite que vous entendiez la colère qui s’exprime devant des mesures injustes qui creusent les inégalités et fracturent toujours plus notre société et,
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes salutations distinguées.
Daniel PAUL
Député de Seine Maritime
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