Déclaration de Claude Lainé lors de la dernière séance plénière en soutien à la manifestation des salariés de l’automobile.

Déclaration de Claude Lainé lors de la dernière séance plénière en soutien à la manifestation des salariés de l’automobile.

Conseil Régional de Haute-normandie

Déclaration de claude Lainé lors de la dernière séance plénière en soutien à la manifestation des salariés de l’automobile.

Je vais être obligé de modifier un peu le contenu de l’intervention que je devais faire pendant ces huit minutes. Je vais essayer de ne pas déborder en termes de temps, mais ce à quoi nous avons assisté me conduit à revenir sur les propos que j’ai entendus par la suite, ainsi que sur ceux qui ont été tenus pendant cet événement.

Nous avons assisté, non pas à une invasion, non pas à une agression, ni à des actes de violences ou un tohu-bohu, je ne pense pas non plus que ce soit le mot qui convienne monsieur GAUZES.

Nous avons assisté à une manifestation ouvrière, comme il y en a d’autres et comme il y en aura probablement d’autres lorsque la voix ouvrière n’a pas d’autres moyens de se faire entendre que de s’exprimer collectivement, y compris dans les enceintes publiques, qui ne sont pas destinées à cela, je vous le concède, mais dans laquelle siègent des élus qui sont, en principe, des représentants du peuple, qui tirent la légitimité de leurs mandats de la qualité d’écoute qu’ils ont à l’égard des gens qui s’expriment. Ce n’est peut-être pas l’habitude pour certains d’entre vous, c’est une règle de conduite pour d’autres, nous en sommes.

De ce point de vue là, il n’y a pas besoin d’évoquer une quelconque complicité mais tout simplement de la solidarité. C’est ce qui fonde mon intervention de tout à l’heure. Ils n’ont pas besoin de complicité pour entrer. De même que dans des circonstances semblables en d’autre temps, il n’y a pas eu besoin d’aide pour que les ouvriers, mais pas simplement, les salariés, les syndiqués – j’ai un passé syndical suffisamment important pour savoir de quoi je parle – puissent s’exprimer lorsqu’ils sentent le besoin de le faire et là où ils sentent la nécessité de le faire, et c’était le cas.

Car aujourd’hui nous sommes effectivement dans une situation grave, dramatique dans une situation où il n’y a pas d’autres moyens pour les gens qui sont directement menacés que de se faire entendre le moment où il le faut et par les gens qui ont vocation de les représenter.

C’est cela qui fonde la légitimité de leur intervention, qui au demeurant, n’a pas été une intervention agressive. Je ne l’ai pas sentie comme telle. Peut-être y a-t-il eu ici ou là des débordements, c’est fréquent, mais moi je ne les ai pas vus. Il n’y a aussi sans doute eu aucun véritable dérapage dans le langage ni dans l’expression des revendications.

J’ai entendu ce qui a été dit par les gens qui ont pris la parole. Je ne peux pas exprimer d’autres sentiments que, pour l’essentiel, de la solidarité avec ce qu’ils disaient.

Ce qu’ils ont dit, ce que nous avons dit le 20 octobre, lorsque à notre demande nous avons eu un débat sur l’industrie automobile, ils ont dit ce qu’ils auraient pu dire ailleurs, si ce que nous avions proposé le 20 octobre avait été entendu et si nous avions eu la possibilité d’amplifier le débat au lieu de le reporter aux calanques grecques ou normandes et ce qu’ils ont dit c’est probablement ce qu’ils rediront s’ils n’ont pas d’autres moyens de se faire entendre que de le manifester publiquement.

Ce qu’ils ont dit, c’est ce que, nous-mêmes, nous disons pour l’essentiel dans l’analyse que nous faisons de la crise en général et de la crise automobile en particulier et je les comprends.

Je les comprends de ne pas accepter, dans la circonstance où nous sommes, d’être traités comme des marchandises, car c’est de cela qu’il s’agit. Le travail est une marchandise, que l’on traite comme telle, que l’on négocie comme telle et que l’on met dans la concurrence pour sauvegarder éventuellement quelques dividendes. Ils n’ont pas accepté non plus d’être la variable d’ajustement de politique à la définition de laquelle ils n’ont pas accès.

Il y a des moments où la voix populaire permet à chacun de comprendre les limites du système représentatif dans lequel nous travaillons. Nous sommes aujourd’hui dans l’un de ces moments.

Je pense que si nous n’arrivons pas à redresser les choses et à donner à la démocratie sa pleine place dans le fonctionnement de nos institutions, il y aura d’autres moments comme celui-là. Et encore une fois, je ne pense pas qu’il soit opportun de faire le procès de quiconque si ces évènements se renouvellent.

J’en viens à la crise économique. Ce qu’ils ont dit, nous le disons, nous élus de notre groupe et nous ne sommes pas les seuls. Nous l’entendons y compris auprès des élus d’autres formations politiques. Y compris dans des formations qui ne sont pas directement des formations politiques mais liées aux politiques.

Nous l’entendons dans la bouche d’experts économiques de différentes familles et pas seulement des experts qui s’expriment en général dans les journaux proches de nos organisations.

Ce qu’ils ont dit nous l’entendons également dans la bouche des syndicalistes. Je note qu’aujourd’hui avec la CGT il y avait le syndicat Force Ouvrière et que l’expression qu’il a eue n’était pas en contradiction avec celle des camarades avec lesquels ils se sont entendus pour venir. Cela forme à tout et il faudra bien que d’une manière ou d’une autre on l’entende, je pense.

Ce que nous disons, nous-mêmes, c’est qu’on ne peut pas ignorer dans notre Région les dizaines de milliers de familles qui sont directement touchées par le chômage total ou partiel, grave dans certains moments, dans leur avenir ou dans leur pouvoir d’achat actuel. Ce que l’on ne peut pas ignorer non plus, c’est la nécessité dans laquelle se trouvent ces familles d’assurer leur avenir, non seulement pour elles mais aussi celui de leurs enfants et les menaces multiples qui pèsent sur elles dans la réalité des choses.

J’ai vu et lu attentivement l’enquête publiée par la presse locale, dont je salue d’ailleurs la qualité, la semaine dernière sur la crise automobile. Cinq sites Renault, pour ne citer que Renault ou d’ensembliers liés à Renault dans le département de l’Eure, 32 sites Renault ou ensembliers ou sous-traitants ou sociétés de services liés à l’automobile dans le département de Seine Maritime.

Dans ces sites, de grosses unités comme celle de Sandouville mais ce n’est pas la seule, ni Sandouville, ni Cléon, il y a Aubevoye, il y a Tyco, il y a 4 entreprises de la région dieppoise qui sont menacées, soit par le chômage total soit par le chômage partiel. Il y a Grand Couronne qui a, depuis quelque temps, entamé un cycle de chômage partiel. Il y a Faurecia à Sandouville, il y a Johnson Controls à Grand Quevilly. 32 en Seine Maritime, je ne vais pas vous les citer toutes.

Mais c’est précisément parce que nous savons cela que nous avons demandé un certain nombre d’initiatives de la part des élus de la région pour voir avec eux et avec l’ensemble des partis concernés, comment on peut débloquer la situation et au moins écouter les revendications qui s’expriment et envers qui elles s’expriment.

Je n’ai pas entendu aujourd’hui mise en cause la politique de la Région. J’ai entendu par contre la mise en cause de la politique de l’Etat et celle de l’entreprise. C’est exactement ce que nous pensons et c’est exactement ce que nous avons exprimé dans un communiqué que je vais vous lire, ce communiqué interpelle précisément l’entreprise Renault et l’Etat.

«  »L’activité industrielle de Haute Normandie est lourdement touchée par la crise économique actuelle et compte tenu de son importance dans l’économie et les équilibres sociaux de la région, son développement prend un tour dramatique. Des dizaines de milliers de familles connaissent des difficultés majeures et vivent dans l’inquiétude. L’avenir même de l’activité du territoire est en question.
L’industrie automobile (constructeurs, équipementiers, sous-traitants, prestataires de services dérivés) est au cœur de cette crise, une récente enquête en témoigne.

50% des 46 établissements industriels recensés et 73% des emplois qui y sont cités sont liés à l’automobile et en Seine Maritime ces chiffres sont respectivement de 66% pour les entreprises et de 81,5% pour les emplois. 3000 suppressions d’emplois y sont effectivement prononcées ou menacent de l’être à court terme. 12 000 salariés y sont touchés par le chômage partiel souvent depuis plusieurs mois. Et je ne suis pas sûr que ces chiffres soient exhaustifs, et pour avoir consulté d’autres sources, ces chiffres sont en retrait par rapport à la réalité notamment concernant le chômage partiel. Les établissements du groupe Renault sont au centre de cette crise : Sandouville, Cléon, Dieppe, Grand Couronne, Aubevoye.

Cette situation et l’aggravation possible annoncée sont intolérables. Or le groupe Renault qui continue en 2008 à distribuer de substantiels dividendes à ses actionnaires en appelle à l’aide publique pour assurer le financement de ses activités.

De son côté, le Président de la République vient d’annoncer une série de mesures, dites de relance, pour le secteur automobile dans le cadre d’une relance générale de l’économie. C’est de cela que j’avais envie de vous parler et plus précisément dont l’inefficacité prévisible est soulignée de toutes parts.

Les élus Communistes de Haute Normandie considèrent que ces attitudes de la part des deux partenaires qui sont les plus directement concernés, l’Etat et l’entreprise, sont inacceptables. Ils en appellent à l’opinion publique car effectivement lorsqu’ils n’y a plus moyen de faire fonctionner les recours de délégation traditionnelle, l’appel à l’opinion publique devient nécessaire pour exiger du constructeur et de l’Etat le paiement intégral aux salariés touchés des jours chômés.

On ne peut pas parler de la baisse du pouvoir d’achat et de la relance face à la crise que nous vivons sans envisager d’activer la relance du pouvoir d’achat. Mais aussi, dans le cadre d’un projet industriel clair, validé par les pouvoirs publics, la garantie de la pérennité des sites régionaux, la garantie du maintien sans licenciement de l’emploi dans ces sites.

Ils souhaitent qu’un débat public soit engagé au plus vite, nous l’avons dit le 20 octobre, nous le redisons ici, permettant à la totalité des parties concernées de s’exprimer et de confronter leurs points de vue pour faciliter l’élaboration d’un plan régional apportant ses garanties. » »