Depuis quelques mois on peut dire des gros mots, même à la radio. Sur France Inter, Marie-George Buffet a dit « capitalisme ». Comme ça. Comme une lettre à la poste. « Madame Buffet, lui aurait-on fait remarquer avant – jadis -, c’est un langage des années cinquante, non ? C’est fini tout ça. » Il est vrai que Nicolas Sarkozy en a parlé aussi et a levé le tabou. Il faut moraliser le capitalisme. Autant demander à un loup de devenir végétarien et lui prêcher l’amour des brebis. Mais bon, capitalisme on peut le dire. Profit, un peu moins. Dividendes, c’est limite. Dire « Renault supprime des emplois et pendant ce temps fait des profits et verse des dividendes à ses actionnaires », ça reste trivial mais ça peut passer, juste. Lutte des classes en revanche, c’est franchement grossier. Ça ne se dit pas. D’autant que Madame Parisot, la présidente du MEDEF qui s’y connaît tout de même, a dit que c’était dépassé. Le problème pourtant, du côté des salariés, c’est que la lutte des classes, même s’ils la croient dépassée, ils se la prennent à l’échelle de la planète et, si l’on ose dire, tous les jours en pleine figure. Pardon, c’est grossier ça, encore. Les salariés, mais aussi les peuples, les plus modestes, les précaires, ceux que l’on met au chômage, ceux qui payent la crise, les pays des damnés de la terre. La lutte des classes, ils n’en parlent pas, mais ce sont les capitalistes qui la connaissent le mieux.%%% Propos de Maurice Ulrich dans le journal l’Humanité
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