Intervention de Véronique Blondel

Intervention de Véronique Blondel

Conseil régional Haute Normandie
Séance plénière du 20 octobre 2008

Intervention groupe communiste et républicain, Véronique Blondel

Monsieur Le Président, chers (es) collègues,

Si nous avons souhaité nous exprimer à cette séance plénière sur le dossier RENAULT, c’est en nous inquiétant des conséquences préoccupantes en termes d’emplois, d’industrialisation et de cohésion territoriale de notre région, qui découlent de la stratégie du constructeur. Il nous a paru nécessaire que se tienne un débat dans notre instance. Et nous nous félicitons, de ce point de vue, qu’il ait lieu.

Renault, privilégie, en effet, une stratégie boursière répondant aux appétits des grands actionnaires. C’est un monde à l’envers. On détermine un niveau de rentabilité par une marge opérationnelle et on adapte ensuite une politique industrielle pour atteindre cet objectif.

Les salariés ne sont plus qu’une variable d’ajustement.

Le Gouvernement français, partage la logique libérale qui conduit aujourd’hui Renault à cette suppression massive de postes, comme elle l’a conduit hier à arrêter la production automobile à Vilvorde ; comme elle l’a conduit à délocaliser des productions au Maroc, en Roumanie, en Russie, en Slovénie, en Turquie, en Inde, en Corée du Sud, et j’en passe.
Nous devons bien constater qu’un groupe international tend à sacrifier sa base nationale, menaçant l’existence des sites en France, et même en Europe du Nord, en voulant garantir aux actionnaires des dividendes toujours plus importants.

Le Président de RENAULT feint de s’en défendre en disant qu’aucun site n’est menacé de fermeture mais il s’arc boute sur une stratégie qui y conduit tout droit.
Cette logique est celle qui nous entoure de toute part et qui montre ses limites avec la crise récurrente et persistante que nous connaissons.

L’objectif à poursuivre est affiché haut et fort. L’entreprise a promis – je cite – que  » le montant du dividende par action sera ainsi multiplié par 2,5 en 4 ans ! « . Ainsi, Carlos Ghosn a affirmé sans vergogne qu’il faut, pour 2009, maintenir un niveau de marge de 6 %.

Les dividendes augmentent sans cesse tandis que le nombre de salariés en France diminue. Tout ne va donc pas si mal pour cette entreprise.

Nous n’entendons pas nier un contexte économique mondial plutôt défavorable. Certes le prix des matières premières comme l’acier a considérablement augmenté. Certes, les ventes de véhicules automobiles ont diminué en Europe, surtout en Espagne et en Italie.

En revanche, concernant la France, les chiffres sont plus encourageants puisque les ventes de véhicules ont connu une progression en cette rentrée 2008.

Mais Carlos Ghosn se cache derrière ce contexte global pour justifier son choix de sape de l’emploi puisque, bien avant ces évènements, il avait promis une politique de réduction des coûts à ses actionnaires.

Et le sort des usines Renault de Sandouville, de Cléon, de Dieppe, et par effet induit, celui des équipementiers et sous-traitants, s’inscrit dans le droit fil de cette logique de rentabilité à tout prix.
Et quel prix social !
Quel prix pour les salariés de l’usine et de leurs familles !
Quel prix pour les entreprises sous-traitantes de Renault ! (Je le disais).
Quel prix pour notre région !
Nous savons que automobile est le premier employeur industriel de Haute-Normandie ; qu’il compte près de 30 000 salariés.

Aujourd’hui 4557 personnes sont employées à l’usine de Cléon, sans compter les 600 salariés des entreprises intervenantes sur le site. C’est considérable !
Or, Renault est aujourd’hui en train de mettre en concurrence le site de Cléon avec les sites situés en Espagne ou en Roumanie pour la construction d’un moteur milieu de gamme dit moteur R9M.
Il faut bien avoir conscience que l’avenir du site de Cléon se joue avec la production de ce moteur. C’est un moteur évolutif qui va d’abord équiper les petits véhicules pour, à terme, équiper des véhicules de plus haute gamme.
Ce sera un moteur de référence qui trouve à Cléon le lieu idéal de production puisqu’il sera à proximité des usines de montage de Sandouville, de Douai ou encore de Flins. Il contribuera au développement de la production de ces autres sites Renault qui, à leur tour, lui offre un large panel d’utilisation, mais aussi au développement durable en limitant les distances parcourues par voie routière pas les camions.
Car l’interdépendance entre les sites est manifeste.
Mais comme toujours, la grande entreprise fait des choix en fonction de critères très néfastes pour nos sites et nos emplois.

De même , le fait que Renault ait concentré sur la Laguna sa production à l’usine de Sandouville était discutable à partir du moment où depuis plus de 10 ans on constatait le déclin des ventes des berlines familiales. Malgré ce phénomène connu, RENAULT refusait d’y lancer d’autres modèles qui devenaient la plus importante partie du marché.

Renault n’a pas essayé d’adapter les modèles qu’il construit aux besoins réels en véhicule haut de gamme et a mis ainsi en péril le site de Sandouville.
Pourtant, si on se fie aux promesses que Carlos Ghosn a faites à l’époque, le site aurait dû accueillir la production d’un véhicule remplaçant la Vel Satis.

Le 29 septembre dernier, Nicolas Sarkozy est venu à Sandouville.
Sa venue ne s’est pas déroulée selon la manière qui avait été annoncée. La lutte des salariés et la réprobation de la population n’y sont pas étrangers. Et l’annonce, précédant sa venue, d’un véhicule utilitaire, renvoyant à 2012 l’avenir du site n’a pas entamé leur méfiance. La lutte l’a obligé à intervenir mais il n’a pas contredit la stratégie du constructeur.

En aucun cas le Président de la République n’a remis en cause le plan de suppressions d’emplois.

Certes, en affectant un véhicule utilitaire à Sandouville Carlos Ghosn reconnaît que les sites ne doivent plus être dédiés qu’à une mono gamme.
Mais, qu’avons-nous observé depuis la venue de Nicolas Sarkozy à Sandouville?

  • Le maintien du plan de suppressions d’emplois.
  • Un effet d’annonce de 2000 emplois en 2012.
  • Le maintien de l’échéance de 2012 pour un nouveau véhicule.
  • Un espace 5eme génération
  • L’aggravation de la crise.

D’un côté, une avalanche de promesses et de l’autre le maintien de la réalisation du plan de suppressions d’emplois…

Au delà des promesses, c’est la stratégie qu’il faut changer.

Nous avons pu constater l’engagement total de l’Etat par rapport à Renault. Il est coresponsable. Mais l’engagement de l’Etat ne doit pas consister à accompagner la stratégie des dirigeants de Renault. Il doit participer à la faire changer. D’autant que, comme je l’indique plus haut, cette stratégie de la financiarisation est à l’origine de la crise et la fait gravement persister.

La persistance de la crise atteste bien de l’urgence d’un changement de stratégie. L’Etat doit se mêler de la filière automobile mais pour imposer la fabrication de modèles aptes à pérenniser les sites.

De même, les aides de l’Etat doivent se solder par la pérennisation des sites français? Ça ne doit pas aider la fabrication de petits modèles ailleurs mais ici!

Or, ce que dit le gouvernement aujourd’hui, ce n’est pas ce que doit être l’orientation de l’Etat actionnaire. La stratégie actuelle est une stratégie qui menace tous les sites.

L’inquiétude sur l’emploi se trouve aggravée par la chute de la consommation depuis 2 mois. De meilleurs salaires, c’est une réponse de sortie de crise. Il faut un plan de soutien à la consommation et à la pérennisation de l’industrie. Dans un contexte de récession mondiale, la France doit conserver son industrie automobile. Ce doit être une des contreparties de l’aide accordée aux banques.

Pour Sandouville, un changement de stratégie, ça signifie notamment, de maintenir les emplois et démarrer dès maintenant l’industrialisation du véhicule utilitaire annoncé (Pourquoi cet acharnement à repousser à 2012 ce qui s’avère nécessaire aujourd’hui).
Cela signifie également d’affecter à Sandouville une part de la production délocalisée ailleurs les mêmes critères que ceux que j’indique plus haut.
De même, Sandouville possède la compétence et les moyens pour produire des modèles « Infiniti »(Véhicules très haut de gamme) aujourd’hui uniquement affectés à Nissan.

Nous voyons bien qu’Il n’est pas du tout fatal que des salariés passent par la case chômage

Et, s’agissant du site de Dieppe, Renault délocalise, là aussi, les modèles pour lequel ce site à vocation et compétence en prétextant une prétendue inadaptation. Mais pourquoi le même type d’investissements réalisés ailleurs ne le seraient- ils pas à Dieppe ?
Renault va-t-il encore longtemps faire payer ses stratégies aux salariés au lieu d’en faire supporter les conséquences par ses décideurs. Ceux-ci conservent des revenus plus que confortables tandis que les salariés perdent les leurs !
Alors NON ! On ne peut pas accepter que Renault exerce encore un chantage en menaçant, par exemple de laisser dépérir l’usine de Cléon si les aides publiques ne sont pas à la hauteur de ce que réclame son directeur.
NON ! On ne peut pas accepter qu’une fois de plus les salariés soient pris en otage et que soit exigée une rançon en contrepartie du maintien de leurs emplois. Car on ne peut qu’appeler rançon l’aide publique demandée aujourd’hui par Carlos Ghosn.

L’Espagne proposerait une aide publique de 23 millions d’euros, la Roumanie, une aide de 28 millions d’euros, et on somme les pouvoirs publics et les collectivités de s’aligner pour que le site de Cléon soit modernisé.

Mais combien d’aides publiques ont déjà été perçues par Renault ! En 2004 les institutions publiques ont déjà versé près de 11 millions d’euros à cette entreprise pour un investissement immobilier et la création annoncée de 450 emplois à Cléon, et pour quels résultats ?!

Aujourd’hui on déplore une perte de 612 emplois depuis 2005. Et le plan de suppression d’emplois dans la main d’œuvre de structure prévoit encore d’en détruire une centaine.

Ces aides ont été des pansements provisoires qui n’ont pas amené l’entreprise, sur le long terme, à revoir sa politique salariale ni sa logique de production.

Nous le voyons bien, le recours aux aides publiques ne nous garantit pas que, dans un avenir proche ou lointain, le site de production de Cléon ne sera pas fermé !

En exigeant des subventions, l’entreprise Renault souhaite que les investissements d’aujourd’hui soient mutualisés, cofinancés par les contribuables, et que les profits de demain soient privatisés, distribués à ses actionnaires.

Privatiser les profits pour enrichir les plus riches et mutualiser les investissements, comme les pertes d’ailleurs, pour les faire supporter par tous… quelle éthique de la part d’une entreprise qui vient de publier son code de déontologie !

On ne peut pas accepter une fois de plus que nos grandes entreprises exigent le beurre et l’argent du beurre ; qu’elles prônent la libre concurrence et la non-intervention des pouvoirs publics quand tout va bien, mais qu’elles appellent à l’aide ces mêmes autorités publiques lorsqu’il faut moderniser les chaînes de production.

Nous ne devons pas nous résigner cette logique libérale. Nous n’admettons pas que la puissance ne veuille rien imposer aux acteurs économiques défaillants.

La question est de rendre transparente la gestion de cette grande entreprise et de permettre aux syndicats mais aussi aux élus de participer aux choix de gestion et de conditions de travail.

Nous écartons cependant l’idée d’accorder de nouvelles subventions pour le site de Cléon. Comme je l’ai dit, rien ne nous assure qu’elles seraient utilisées pour pérenniser le site.

Il est d’ailleurs plus qu’urgent d’exiger que Renault rende dès à présent des comptes sur son utilisation de l’argent public. Quelles sommes a-t-il perçu effectivement ? Quel usage en a-t-il fait ?

Il serait également bon qu’un comité de surveillance constitué, entre autres, de représentants syndicaux et d’élus soit présent lorsque l’entreprise prend ses décisions. Ce Comité exercerait l’expertise quant à l’utilisation des aides publiques.

Par ailleurs, vous le savez, les collectivités locales vivent des heures difficiles car leurs budgets diminuent au fur et à mesure que leurs compétences augmentent. Pour l’année 2009, les dotations d’État sont encore prévues à la baisse. L’État se désengage et ses réformes, conçues et adoptées à la hâte, vont encore affaiblir les revenus des collectivités. Les collectivités n’ont pas la capacité financière leur permettant d’engager des fonds importants dans des projets incertains.

Quel sens donner à l’intercommunalité si la force gagnée est aussitôt perdue, si les finances intercommunales sont gaspillées dans des subventions non justifiées.

Concernant l’usine de Cléon, elle représente à elle seule 70 % de la taxe professionnelle perçue par la Communauté d’agglomération d’Elbeuf.

Nicolas Sarkozy a proposé de faire un nouveau cadeau fiscal à Renault en aménageant sa taxe professionnelle en attendant de la supprimer partout. Ce n’est pas une solution. L’économie ainsi réalisée par l’entreprise sera négligeable au regard de son chiffre d’affaire, alors que, pour la communauté d’agglomération, la perte financière sera dramatique. Décidément non ! L’heure n’est plus à la subvention pour Renault. Les vieilles recettes vécu !

Nous proposons alors que des solutions alternatives soient sérieusement envisagées. Il s’agit de solutions réalistes tenant compte du contexte économique mondial, de la situation financière de Renault et des possibilités d’intervention des acteurs publics.
La première solution envisageable est la création d’un prêt à taux zéro qui pourrait consister en une avance remboursable. Ce prêt pourrait être assumé par les collectivités qui récupéreraient les fonds investis mais participeraient ainsi au développement de l’entreprise. Il faut y réfléchir.

Ce type de prêt existe déjà notamment au sein de la Région Haute-Normandie pour l’aide aux projets innovants, ou au sein de l’État avec le dispositif  » Encouragement au Développement d’Entreprises Nouvelles  » (EDEN) crée en 1999.

La deuxième solution que nous proposons est la création d’un pôle financier à partir des établissements financiers publics nationaux existants. Ce pôle public constituerait un levier dans le soutien aux petites et moyennes entreprises et aux projets innovants des plus grandes à travers des taux d’emprunt préférentiels.
Bien sûr, il ne s’agit là que de propositions dont les modalités sont à mettre en place. Mais ce sont des propositions réalisables à condition d’y mettre de la bonne volonté.
Elles veulent rompre avec la logique du capitalisme financier.

Avec la crise du système capitaliste, les difficultés que soulèvent aujourd’hui les choix du Groupe Renault sont l’occasion de mettre à plat les bases d’un nouveau système économique s’appuyant sur les besoins de production réels. Un nouveau système où le politique, garant de l’intérêt général, reprendrait la main.

Avant de conclure, je tiens quand même à souligner que Renault disposait en 2006 d’une capacité d’autofinancement de 4.74 milliards d’euros et d’une trésorerie de 6 milliards d’euros. Il n’y aurait rien de choquant à ce que le groupe utilise ce bas de laine pour financer la totalité de l’investissement ou encore pour investir davantage dans la recherche et l’innovation à l’heure où le Grenelle de l’environnement impose, à juste titre, de nouvelles contraintes environnementales.

Je note également qu’en dehors de l’État, deux de ses actionnaires principaux sont des groupes financiers. Il s’agit de Nissan Finance et Alliance Bernstein Corporation. Pourquoi on ne demanderait pas à ces actionnaires de trouver de nouvelles sources de financement ? Pourquoi ces actionnaires ne se montrent-ils pas solidaires de l’entreprise qui leur offre de juteux dividendes ?

Une fois de plus, Renault estime qu’il est normal de recourir aux aides publiques pour financer les investissements et l’emploi, mais qu’il est anormal d’utiliser les profits générés par la production pour réaliser ces mêmes investissements et pérenniser les emplois.

Monsieur le Président, cher(es) collègues, j’achève mon propos en disant qu’ il est urgent de débattre et de s’unir pour dire stop à ce processus qui sacrifie les emplois et les sites industriels au détriment du dynamisme économique et social de notre région auquel nous sommes tous attachés(es).

Je vous remercie.

Véronique Blondel

1 commentaire pour l’instant

jacques Publié le17 h 04 min - 23 octobre 2008

super analyse il ne manque que l’idée de la minorité de blocage de l’actionnaire état