Conférence de Presse – Renault Cléon

Conférence de Presse – Renault Cléon

Conférence de presse que Noël Levillain, Maire de tourville et conseiller communautaire de la communauté d’agglo d’Elbeuf a tenu ce matin sur Renault.

Conférence de Presse – Renault Cléon

Mercredi 8 octobre 2008

Si nous nous mobilisons aujourd’hui, c’est pour nous inquiéter de la complicité éventuelle de l’État dans le déclin programmé du site Renault de Cléon.

On pouvait être préoccupés d’entendre Christine LAGARDE, Ministre de l’Économie, se prononcer avec peu d’intérêt sur le sort de l’usine Renault de Sandouville. « Je vais prendre contact avec Renault » a-t-elle déclaré lors de sa rencontre avec les élus de Seine-Maritime. Ou encore « Je veillerai à la bonne mise en place du plan social … ».

On n’est pas plus rassurés d’entendre maintenant Nicolas Sarkozy se satisfaire des promesses faciles de Carlos Ghosn renvoyant à 2012 le sort de l’usine. En aucun cas le Président de la République n’a remis en cause ce plan social. On pourrait même croire qu’il se fait maintenant le porte-parole de Carlos Ghosn. Ils se sont rendus ensemble sur le site de Sandouville pour expliquer aux salariés que Renault n’a pas le choix face aux graves difficultés économiques que l’entreprise rencontre.

Mais nous ne sommes pas dupes et la manière dont l’avenir du site de Sandouville est traité doit nous inciter à la vigilance concernant le site de Cléon.
Car les sites de Seine-Maritime sont interdépendants.

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Il ne faut pas oublier que l’État français est l’un de principaux actionnaires de Renault. Il détient 15.01 % de ses parts. Il devrait donc peser de tout son poids dans les décisions du Conseil d’administration de l’entreprise afin de faire retirer le plan de Carlos Ghosn. Mais il ne le fait pas.

L’État français est également la première des puissances publiques. Il dispose de prérogatives suffisantes pour faire prévaloir l’intérêt général et l’équilibre social sur les choix financiers particuliers ! Mais l’État français nous fait croire qu’il n’a plus les moyens d’agir sur la sphère économique et financière. C’est plutôt qu’il ne le veut pas.

Pourquoi ? La réponse à cette question me semble évidente.

Le Gouvernement français, défenseur des intérêts privés, partage la logique libérale qui conduit aujourd’hui Renault à cette suppression massive de postes, comme elle l’a conduit hier à arrêter la production automobile à Vilvorde ; comme elle l’a conduit à développer son activité au Maroc, en Roumanie, en Russie, en Slovénie, en Turquie, en Inde, en Corée du Sud, et j’en passe.

Cette logique est celle qui nous entoure de toute part et qui montre ses limites avec la crise des marchés financiers.

Elle consiste à vouloir garantir aux actionnaires des dividendes toujours plus importants. Et pour réduire les coûts, nous dit-on, il faut réduire la masse des salaires ou des salariés qui ne sont plus qu’une variable d’ajustement.

Renault n’a d’autre logique que celle-ci !

Renault, avec la bienveillance de l’État, privilégie donc une stratégie boursière répondant aux appétits des grands actionnaires. C’est un monde à l’envers. On détermine un niveau de rentabilité par une marge opérationnelle et on adapte ensuite une politique industrielle pour atteindre cet objectif.

L’objectif à poursuivre est affiché haut et fort. L’entreprise a promis – je cite – que « le montant du dividende par action sera ainsi multiplié par 2.5 en 4 ans ! ». Ainsi, Carlos Ghosn a affirmé sans vergogne qu’il faut, pour 2009, maintenir un niveau de marge de 6 %.

Les dividendes augmentent sans cesse tandis que le nombre de salariés en France diminue. 716 millions d’euros de dividendes en 2006 ; 900 millions en 2007 ; et près de 1.3 milliards pour 2008.

Et si le prix de l’action Renault a dernièrement connu des bas, elle est en progression constante depuis 2003.

En 2007, le résultat net du groupe Renault était de 2,734 milliards.

Tout ne va donc pas si mal pour cette entreprise.

Je n’entends pas nier un contexte économique mondial plutôt défavorable. Certes le prix des matières premières comme l’acier a considérablement augmenté. Certes, les ventes de véhicules automobiles ont diminué en Europe, surtout en Espagne et en Italie.

En revanche, concernant la France, les chiffres sont plus encourageants puisque les ventes de véhicules ont connu une progression en cette rentrée 2008.

Mais Carlos Ghosn se cache derrière ce contexte global pour justifier son choix de sape de l’emploi puisque, bien avant ces évènements, il avait promis une politique de réduction des coûts à ses actionnaires.

Cependant, au-delà de ces phénomènes conjoncturels, ce sont des choix structurels qui aujourd’hui posent problème.

Et le sort de l’usine Renault de Cléon, qui va se décider prochainement, s’inscrit dans le droit fil de cette logique de rentabilité à tout prix.

Et quel prix social !
Quel prix pour les salariés de l’usine et de leurs familles !
Quel prix pour les entreprises sous-traitantes de Renault !
Quel prix pour notre région !

Je vous rappelle que l’industrie automobile est le premier employeur industriel de Haute-Normandie ; qu’il compte près de 30 000 salariés.

Aujourd’hui 4557 personnes sont employées à l’usine de Cléon, sans compter les 600 salariés des entreprises intervenantes sur le site. C’est considérable !

Or, Renault est aujourd’hui en train de mettre en concurrence le site de Cléon avec les sites situés en Espagne ou en Roumanie pour la construction d’un moteur milieu de gamme dit moteur R9M.

Il faut bien avoir conscience que l’avenir du site de Cléon se joue avec la production de ce moteur. C’est un moteur évolutif qui va d’abord équiper les petits véhicules pour, à terme, équiper des véhicules de plus haute gamme.

Ce sera un moteur de référence qui trouve à Cléon le lieu idéal de production puisqu’il sera à proximité des usines de montage de Sandouville, de Douai ou encore de Flins. Il contribuera au développement de la production de ces autres sites Renault qui, à leur tour, lui offre un large panel d’utilisation, mais aussi au développement durable en limitant les distances parcourues par voie routière pas les camions.

Là encore, l’interdépendance entre les sites est manifeste.

Ce moteur valorisera également notre site qui est déjà une usine de très haute technicité et une usine pilote en matière de formation dans l’industrie automobile. Il faudrait qu’enfin soit prise en compte le haut niveau de compétence des salariés de Renault Cléon dans le choix du lieu de production du moteur R9M.

Mais comme toujours, la grande entreprise fait des choix en fonction de critères très contestables.

Par exemple, le fait que Renault ait concentré sur la Laguna sa production à l’usine de Sandouville était discutable à partir du moment où depuis plus de 10 ans on constatait le déclin des ventes des berlines familiales. L’entreprise Renault n’a pas essayé d’adapter les modèles qu’il construits aux besoins réels en véhicule haut de gamme et a mis ainsi en péril le site de Sandouville.

Pourtant, si on se fie aux promesses que Carlos Ghosn a faites à l’époque, le site aurait dû accueillir la production d’un véhicule remplaçant la Vel Satis.

Et au final, Renault fait payer ses stratégies aux salariés au lieu d’en faire supporter les conséquences par ses décideurs. Ceux-ci conservent des revenus plus que confortables tandis que les salariés perdent les leurs !

Alors NON ! On ne peut pas accepter que Renault exerce encore un chantage en menaçant de laisser dépérir l’usine de Cléon si les aides publiques ne sont pas à la hauteur de ce que réclame son directeur.

NON ! On ne peut pas accepter qu’une fois de plus les salariés soient pris en otage et que soit exigée une rançon en contrepartie du maintien de leurs emplois. Car on ne peut qu’appeler rançon l’aide publique demandée aujourd’hui par Carlos Ghosn.

L’Espagne proposerait une aide publique de 23 millions d’euros, la Roumanie, une aide de 28 millions d’euros, et on somme les pouvoirs publics et les collectivités de s’aligner pour que le site de Cléon soit modernisé.

Mais combien d’aides publiques ont déjà été perçues par Renault ! En 2004 les institutions publiques ont déjà versé près de 11 millions d’euros à cette entreprise pour un investissement immobilier et la création annoncée de 450 emplois à Cléon, et pour quels résultats ?!

Aujourd’hui on déplore une perte de 612 emplois depuis 2005. Et le plan de suppression d’emplois dans la main d’œuvre de structure prévoit encore d’en détruire une centaine.

Ces aides ont été des pansements provisoires qui n’ont pas amené l’entreprise, sur le long terme, à revoir sa politique salariale ni sa logique de production.

Nous le voyons bien, le recours aux aides publiques ne nous garantit pas que, dans un avenir proche ou lointain, le site de production de Cléon ne sera pas fermé !

En exigeant des subventions, l’entreprise Renault souhaite que les investissements d’aujourd’hui soient mutualisés, cofinancés par les contribuables, et que les profits de demain soient privatisés, distribués à ses actionnaires.

Privatiser les profits pour enrichir les plus riches et mutualiser les investissements, comme les pertes d’ailleurs, pour les faire supporter par tous… quelle éthique de la part d’une entreprise qui vient de publier son code de déontologie !

On ne peut pas accepter une fois de plus que nos grandes entreprises exigent le beurre et l’argent du beurre ; qu’elles prônent la libre concurrence et la non-intervention des pouvoirs publics quand tout va bien, mais qu’elles appellent à l’aide ces mêmes autorités publiques lorsqu’il faut moderniser les chaînes de production. On est partisan d’une économie libérale ou on ne l’est pas !! Si on l’est, on assume !

Pour ma part, comme pour les autres élus communistes de l’agglomération d’Elbeuf, je ne me résigne pas à cette logique libérale.

Je n’admets pas que la puissance publique soit impuissante et qu’elle ne puisse rien imposer aux acteurs économiques défaillants.

Aujourd’hui il faut envisager des solutions concrètes pour sauver l’usine de Renault Cléon et ses salariés.

La question n’est pas tant de re-nationaliser Renault que de rendre transparente la gestion de cette grande entreprise et de permettre aux syndicats mais aussi aux élus de participer aux choix de gestion et de conditions de travail.

J’écarte cependant l’idée d’accorder de nouvelles subventions pour le site de Cléon. Comme je l’ai dit, rien ne nous assure qu’elles seraient utilisées pour pérenniser le site.

De façon générale, il est d’ailleurs plus qu’urgent d’exiger que Renault rende dès à présent des comptes sur son utilisation de l’argent public. Quelles sommes a-t-il perçu effectivement ? Quel usage en a-t-il fait ?

Il serait également bon qu’un comité de surveillance constitué, entre autres, de représentants syndicaux et d’élus soit présent lorsque l’entreprise prend ses décisions. Ce Comité exercerait l’expertise quant à l’utilisation des aides publiques.

Par ailleurs, vous le savez, les collectivités locales vivent des heures difficiles car leurs budgets diminuent au fur et à mesure que leurs compétences augmentent. Pour l’année 2009, les dotations d’État sont encore prévues à la baisse. L’État se désengage et ses réformes, conçues et adoptées à la hâte, vont encore affaiblir les revenus des collectivités.

Les collectivités n’ont pas la capacité financière leur permettant d’engager des fonds importants dans des projets incertains.

Celles-ci n’ont alors d’autre choix que de se regrouper via l’intercommunalité pour espérer être plus fortes. Mais cette force gagnée sera aussitôt perdue si les finances intercommunales sont gaspillées dans des subventions non justifiées.

Concernant l’usine de Cléon, elle représente à elle seule 70 % de la taxe professionnelle perçue par la Communauté d’agglomération d’Elbeuf.

Nicolas Sarkozy a proposé de faire un nouveau cadeau fiscal à Renault en aménageant sa taxe professionnelle en attendant de la supprimer partout. Ce n’est pas une solution. L’économie ainsi réalisée par l’entreprise sera négligeable au regard de son chiffre d’affaire, alors que, pour la communauté d’agglomération, la perte financière sera dramatique.

Décidément non ! l’heure n’est plus à la subvention pour Renault. Les vieilles recettes vécu !

Je propose alors que des solutions alternatives soient sérieusement envisagées. Il s’agit de solutions réalistes tenant compte du contexte économique mondial, de la situation financière de Renault et des possibilités d’intervention des acteurs publics.

La première solution envisageable est la création d’un prêt à taux zéro qui pourrait consister en une avance remboursable. Ce prêt pourrait être assumé par les collectivités qui récupéreraient les fonds investis mais participeraient ainsi au développement de l’entreprise. Il faut y réfléchir.

Ce type de prêt existe déjà notamment au sein de la Région Haute-Normandie pour l’aide aux projets innovants, ou au sein de l’État avec le dispositif « Encouragement au Développement d’Entreprises Nouvelles » (EDEN) crée en 1999.

La deuxième solution que je propose, comme d’autres communistes, est la création d’un pôle financier à partir des établissements financiers publics nationaux existants. Ce pôle public constituerait un levier dans le soutien aux petites et moyennes entreprises et aux projets innovants des plus grandes à travers des taux d’emprunt préférentiels.

Bien-sûr, il ne s’agit là que de propositions dont les modalités sont à mettre en place. Mais ce sont des propositions réalisables à condition d’y mettre de la bonne volonté.

Elles veulent rompre avec la logique du capitalisme financier.

Avec la crise du système capitaliste, les difficultés que soulèvent aujourd’hui les choix du Groupe Renault sont l’occasion de mettre à plat les bases d’un nouveau système économique s’appuyant sur les besoins de production réels. Un nouveau système où le politique, garant de l’intérêt général, reprendrait la main.

Avant de conclure, je tiens quand même à souligner que Renault disposait en 2006 d’une capacité d’autofinancement de 4.74 milliards d’euros et d’une trésorerie de 6 milliards d’euros. Il n’y aurait rien de choquant à ce que le groupe utilise ce bas de laine pour financer la totalité de l’investissement ou encore pour investir davantage dans la recherche et l’innovation à l’heure où le Grenelle de l’environnement impose, à juste titre, de nouvelles contraintes environnementales.

Je note également qu’en dehors de l’État, deux de ses actionnaires principaux sont des groupes financiers. Il s’agit de Nissan Finance et Alliance Bernstein Corporation. Pourquoi on ne demanderait pas à ces actionnaires de trouver de nouvelles sources de financement ? Pourquoi ces actionnaires ne se montrent-ils pas solidaires de l’entreprise qui leur offre de juteux dividendes ?

Une fois de plus, Renault estime qu’il est normal de recourir aux aides publiques pour financer les investissements et l’emploi, mais qu’il est anormal d’utiliser les profits générés par la production pour réaliser ces mêmes investissements et pérenniser les emplois.

Pour conclure, il est plus que jamais urgent de s’unir pour dire stop à ce processus de casse de l’emploi, à cette logique de la course au profit que le capitalisme financier nous impose. La survie du site de Cléon en dépend mais également le dynamisme économique et social de notre région.