Intervention Christian Jutel du 22-10-07

Intervention Christian Jutel du 22-10-07

Vous avez tous connaissance de la prévision de suppression de 550 emplois à l’hôpital Jacques Monod au Havre, sur 5 ans, annoncée comme un mal nécessaire pour résorber un déficit cumulé de 36 millions d’euros. J’étais, comme Véronique Blondel, aux cotés des salariés et usagers de cet établissement dans la manifestation qu’ils ont organisée le 29 septembre dernier.

Une fois encore au Havre comme à Dieppe, Rouen ou Évreux le personnel des hôpitaux sert de variable d’ajustement et ce, au détriment des soins prodigués à la population haut-normande, déjà fragilisée par son environnement. Il ne faut pas oublier que nombre d’indicateurs sont au rouge dans notre Région où on constate des taux de maladies supérieurs à la moyenne nationale.

Alors pour justifier cette mesure au Groupement Hospitalier du Havre, on essaie de nous faire admettre que l’hôpital n’est pas « performant », et qu’il est à ce point mal organisé qu’en supprimant 15 % de la masse salariale sur 5 ans, cela permettra de rétablir la situation financière sans toucher à la qualité des soins.

La vérité est que l’hôpital n’a plus les moyens de payer son personnel et supprime des postes nonobstant les répercussions évidentes que cela aura sur les patients. Et ce, d’autant plus que malgré les affirmations du Directeur de ce Groupe Hospitalier, ces suppressions concerneront également les infirmières, donc le personnel soignant.

Il faut peut-être s’interroger davantage sur les causes du déficit structurel qui mine les hôpitaux français et régionaux, je pense, bien sûr, à la tarification à l’activité. Comment faire plus d’activités quand on supprime du personnel, et que les hôpitaux publics peinent à recruter des médecins ?

Le domaine de la santé n’est devenu qu’un vaste marché où les activités lucratives sont cédées aux établissements privés, je pense notamment à la chirurgie, alors que l’hôpital conserve les domaines d’activités les moins « rémunérateurs », dont la prise en charge des personnes âgées dépendantes.

Il s’agit purement et simplement d’en finir avec le principe de solidarité qui constitue, depuis 60 ans, le socle de notre système de sécurité sociale et de santé au moyen de l’arme idéologique préférée de la droite : le déficit. A chaque fois, le gouvernement a présenté le déficit comme l’argument pour justifier des reculs pour les malades et les salariés.

Ce n’est pas un hasard si l’annonce des franchises médicales est intervenue après une semaine de pilonnage médiatique du Gouvernement sur le thème de l’État en faillite.

J’étais aussi dans la manifestation à Paris, l’autre week-end, parmi les 20 000 manifestants qui s’opposaient aux franchises médicales et exigeaient la reconnaissance des maladies dues au travail.

Mais l’instauration de franchises médicales prolonge les régressions déjà à l’œuvre au sujet de la prise en charge des soins : non remboursement de centaines de médicaments, forfait hospitalier de 16 €, franchise d’1 € sur les consultations, et de 18 € sur les actes médicaux lourds, dépassement d’honoraires …

Là, le Gouvernement veut franchir un nouveau cap en fixant une somme annuelle, obligatoirement à la charge des malades sur les médicaments, les soins et l’hospitalisation.

Officiellement les raisons invoquées varient : on parle de « maîtrises des dépenses », puis de plan « cancer », de plan « Alzheimer », mais derrière le prétexte, la même réalité demeure : il s’agit d’instaurer une nouvelle logique au sein de l’assurance maladie qui la ferait ressembler de plus en plus à une assurance privée.

Alors que le Gouvernement veut faire croire que l’assurance maladie serait malade des patients irresponsables et des petits fraudeurs, la Cour des Comptes pointe 30 milliards d’€ (soit 3 fois le déficit de la sécurité sociale) d’exonérations diverses, dont 3 milliards au seul titre des stock-options versés en avalanche aux dirigeants des grandes entreprises du CAC 40.

Sans oublier que taxer les revenus boursiers au même niveau que les salaires produirait 13 milliards d’€ ; qu’augmenter les salaires de 1 % rétablirait un peu le pouvoir d’achat et rapporterait 9 milliards d’€ ; que si l’Etat payait ses dettes à la sécurité sociale, cela ferait 10 milliards d’€ et que si la dette patronale était payée cela apporterait 1,9 milliards. Cela fait au total 64 milliards d’€ faciles à récolter, mais assurément la volonté politique du gouvernement n’est pas de ce côté.

Aujourd’hui, contrairement à ce que dit la propagande libérale, il est normal que la part des dépenses de santé augmente dans le PIB, compte tenu de l’évolution démographique et d’une demande de plus en plus forte de qualité de vie. De plus, c’est un facteur de développement économique donc créateur de richesses et d’emplois, domaine dans lequel notre Région est bien placée.

Donc, pour moi, le progrès est de ce côté-là !