Intervention de Claude LAINE le 19 mars 2007

Intervention de Claude LAINE le 19 mars 2007

Le conseil régional de Haute-Normandie s’est réuni en séance plénière lundi 19 mars.

Claude Lainé, président du groupe communiste est intervenu dans le débat de politique générale pour les élus communistes sur 2 sujets, airbus et le Canal Seine-Nord mais en préambule de son propos, il tenait à apporter son soutien aux salariés de l’entreprise Metzeler de Charleval dans l’Eure, victimes d’une tentative de « déménagement » d’une partie de leur outil de production ce week-end par leur employeur. Christian Jutel, un peu plus tard intervenait également sur ce sujet en développant et condamnant la méthode des « patrons-voyous » de Metzeler. Il en appelait à la vigilance de tous, des élus et demandait au Président de la Région au nom de l’assemblée d’intervenir auprès des pouvoirs publics pour empêcher la délocalisation en Tunisie de la production voulue par la direction de Metzeler.

1) A propos d’airbus

Avec l’automobile, la filière aéronautique et spatiale est l’un des vecteurs essentiels de l’activité industrielle de la Haute-Normandie et de son développement en liaison avec la Recherche Scientifique dont le récent contrat de projet a reconnu pour la Région la nécessité vitale.

J’y vois donc une raison particulière de suivre avec attention le développement de la crise d’Airbus (dont au moins une entreprise régionale sous-traitante, pourrait bien prochainement connaître les effets) et de soutenir activement les efforts de l’ensemble des organisations syndicales rassemblées dans tous les sites européens, depuis Toulouse, Nantes, Saint Nazaire ou Méaulte jusqu’à Hambourg, Chester ou Puerto-Real en Espagne pour mettre en échec le plan POWER 8 qui fait peser depuis plusieurs semaines la menace d’une suppression de 10 000 emplois au sein du groupe et de sous-traitants.

Les manifestations de vendredi dernier 16 mars, les grèves qui les ont accompagnées dans les 16 sites européens d’Allemagne, de France, d’Angleterre et d’Espagne à l’appel de la Fédération des syndicats européens de la Métallurgie ont montré quoi qu’on en ait dit, la force unitaire de ces mouvements et une volonté de lutte qui pourrait trouver prochainement de nouvelles expressions à la suite de la réunion aujourd’hui même, du Bureau européen d’Airbus.

Ce soutien actif aux organisations syndicales d’EADS me semble d’autant plus nécessaire que les organisations patronales témoignent d’une totale complaisance, avec l’appui de leurs partenaires politiques habituels, de la droite française entre autres, démontré dans le débat extraordinaire du parlement européen qui s’est tenu le 14 mars dernier à Strasbourg à la demande du groupe G.U.E.

La crise d’Airbus est en effet bien autre chose qu’un conflit du travail à l’échelle d’une multinationale d’envergure mondiale ou qu’une phase aigue de concurrence avec l’autre géant de l’aéronautique qu’est BOEING.

Sur les questions qui sont au cœur de la crise, et qui révèlent des tensions réelles, longuement analysées par ailleurs ; des solutions peuvent être trouvées, sans qu’elles se prennent au détriment exclusif des travailleurs des sites européens et au prix, quoi qu’on dise, d’un affaiblissement durable de l’entreprise.

Mais il faut pour cela que chaque partie concernée, et d’abord les autorités européennes qui financent depuis longtemps et substantiellement les entreprises du groupe EADS prennent leurs responsabilités.

Cette obligation s’impose avec d’autant plus d’évidence que la crise même est avant tout une crise financière, liée directement aux mesures imposées par les principaux actionnaires du groupe qui exigent de sauver la rentabilité financière à travers les dividendes distribués, au détriment de la « rentabilité sociale ».

Une autre politique s’impose, et la puissance publique doit s’en mêler.

Rappelons en effet qu’il s’agit d’une entreprise largement appuyée sur les financements et la commande publiques. Il n’en est que plus inadmissible que les dirigeants d’Airbus, à travers le plan Power 8, décident de supprimer des milliers d’emplois, de fermer des sites, de pressurer la sous-traitance au lieu de répondre aux défis, dans le cadre d’une autre stratégie financière, en développant au lieu de la restreindre la « valeur-travail » par une progression de la formation et des emplois qualifiés, alors que les carnets de commande du groupe sont pleins à ras bord, pour plus de 6 années et viennent encore, si j’en crois la presse du week-end , de « s’alourdir » de perspectives de vente du 15 airbus A 330-200 à l’Angleterre (pour un contrat de 18,5 Mds d’€) et d’une promesse ferme de commande de Qatar Airways et Aeroflot pour une centaine d’Airbus A 350 x WB.

De quoi faire rêver, évidemment, ceux qui rêvent de profits toujours plus gros.

Une logique radicalement différente doit prévaloir. S’il faut baisser les coûts, ce sont les coûts financiers qu’il faut réduire et non les coûts salariaux qui correspondant eux aussi à une ressource décisive pour l’entreprise avec les qualifications et la formation des salariés.

Il faut pour cela, constituer de nouveaux financements, soutenus et contrôlés publiquement, moins coûteux capables d’assurer les salaires sans en amputer la masse et de permettre l’indispensable progression de la Recherche, des qualifications et donc une meilleure utilisation des technologies de pointe.

Ces nouveaux financements, ils doivent être décidés et appliqués dans un ensemble de mesures qui en assurent la cohérence, et à l’échelle pertinente.

Ainsi, la proposition a été avancée que les régions suppléent l’Etat, tout en laissant les partenaires privés se désengager.

Cela n’est pas à la hauteur des besoins et des enjeux. S’il est légitime que les régions revendiquent un pouvoir sur les choix des entreprises auxquelles elles versent des subventions elles ne peuvent, à elles seules, régler les questions posées aujourd’hui à Airbus dont toute la logique de gestion et de coopération doit être transformée.

Tout concourt dans cette crise, à mettre en avant la nécessité d’une solution européenne c’est à cette échelle que devrait être réorganisée, à partir d’un projet industriel et non financier et d’une logique d’efficacité sociale la gestion d’Airbus et d’EADS, selon des critères qui mettent en avant la maîtrise publique, la démocratie économique et l’engagement des états.

Ce projet européen doit pouvoir être financé par des prêts à très faible taux accordés par la Banque Européenne d’Investissement elle-même appuyée sur la BCE, à une entité publique européenne dont la constitution devrait être sans tarder définie. Cette indispensable dimension européenne, correspondant totalement, à l’Europe telle que nous voulons la construire, est au centre de la déclaration commune de Marie-George Buffet, Lothar Bisky, Gregor Gysi, Oskar Lafontaine et Francis Wurtz fait à Berlin le 9 mars dernier.

Nous l’approuvons naturellement comme nous avons apporté notre adhésion aux propositions formulées par les Elus communistes des régions touchées par la crise d’Airbus. (Midi-pyrénées, Centre, Alpes, Pays de Loire, Poitou Charentes, Picardie, et Ile de France) en faveur :

  • de la création en concertation avec les régions d’un fonds national décentralisé de promotion des emplois et des formations.
  • De l’engagement avec l’aide d’institutions financières publiques comme la caisse des dépôts d’un processus visant à renforcer le poids de la puissance publique dans Airbus.
  • De l’extension par des dispositions législatives nouvelles (et nous sommes là au cœur des enjeux électoraux) des pouvoirs d’intervention des salariés dans les entreprises, dans l’élaboration des choix de gestion et stratégiques.
2) concernant le canal Seine-Nord

Permettez-moi, d’autre part, Monsieur le Président, d’aborder pour finir cette intervention, une question radicalement différente du sujet précédent, mais en prise directe, si je puis dire, avec un débat ouvert depuis longtemps ici et qui prolonge tout ce que nous avons pu dire à l’occasion du SRADT.

Je veux parler du projet de liaison Seine-Nord Europe.
Rien ne démontre semble-t’il dans l’enquête publique bien au contraire l‘impact positif que pourrait avoir pour notre région la réalisation de ce projet.

C’est pourquoi tout en regrettant que la concertation avec notre Région et ses forces représentatives et intéressées, n’ait pas eu lieu, nous souhaitons qu’aujourd’hui toutes les parties concernées :

  • Elus régionaux et les collectivités
  • Conseil d’administration des PAH et PAR
  • Acteurs économiques

puissent faire entendre leurs voix (qui sur ce dossier semblent complètement consensuelles).

Ensemble, nous pourrions revendiquer :

  • Qu’avant toute décision définitive une étude socio-économique et incontestée soit menée pour vérifier les impacts d’une telle réalisation.
  • Qu’en tout état de cause la réalisation des aménagements prévus au Sud de l’Oise soit menée.

Il est indéniable que les activités économiques en Europe et en France se déplaçant vers l’Est, il convient de réaliser les accès et corridors permettant à toutes les régions du Nord-ouest de bénéficier de l’augmentation des trafics et de la valeur ajoutée.

Il serait normal que la Haute-Normandie 1ère région française pour les échanges internationaux 4ème région industrielle française ne soit pas concernés par la progression des frets passant pas l’axe Seine.

La mise en service des l’axe Seine-nord Europe constitue une menace tant que le développement rapide de l’axe Seine n’aura pas été garanti. Par ailleurs, il s’agit également de prévoir :

  • les frets ferroviaires Est-Ouest nécessaires
  • des liaisons de cabotage avec les Port des façades maritimes. La Manche et la Seine constituent des infrastructures naturelles du meilleur niveau.

Comme l’a suggéré, Patrice DUPRAY, Vice-Président du Conseil Régional chargé des Transports et Infrastructures, nous souhaitons M. le Président qu’au nom de tous les acteurs haut normands vous puissiez réaliser les interventions allant dans ce sens.

L’intervention de Claude Lainé est consultable en vidéo sur les sites www.elus76.com et www.pcf-haute-normandie.fr

Ce compte-rendu est une synthèse. Pour obtenir tout ou partie des interventions du groupe communiste, prenez contact avec Philippe JOUVIN au 02-35-52-23-10 ou par mail à Philippe.JOUVIN@cr-haute-normandie.fr.