Famille Omérovic : un retour « volontaire » forcé est programmé par la préfecture de l’Eure le Vendredi 12 mars.

Famille Omérovic : un retour « volontaire » forcé est programmé par la préfecture de l’Eure le Vendredi 12 mars.

communiqué:

Fatah et Mehmet Omérovic ont signé le 25 février dernier leur demande officielle d’aide au retour en Bosnie.

– Pour les autorités, c’est l’aboutissement de toute une suite de pressions et de manœuvres d’intimidation mises en œuvre depuis plusieurs semaines pour faire accepter, sous couvert de volontariat, un retour dans un pays que cette famille a déjà fui à quatre reprises.
– Pour le couple et ses cinq enfants, ainsi que pour leurs nombreux soutiens, cela constituerait l’épilogue tragique d’une tentative d’insertion qui semblait enfin présenter tous les critères requis de réussite au sein d’un pays, la France, qui par ailleurs ne se prive pas de clamer haut et fort son indéfectible attachement au respect des droits fondamentaux de tous les êtres vivants.

A l’issue d’une intense période de mobilisation citoyenne, la famille Omérovic a donc été contrainte de céder devant l’insistance des services préfectoraux.

Avait-elle réellement le choix ?
Les évènements survenus en janvier et février 2010 sont accablants à l’égard de l’attitude de la préfecture de l’Eure:

D’abord arrêté au motif d’une formalité administrative non accomplie (alors qu’il n’en avait pas la possibilité réglementaire), placé en rétention, libéré mais menacé d’un nouvel enfermement du fait de l’acharnement préfectoral, et enfin accablé par une décision de justice confirmant une décision d’éloignement antérieure, Monsieur Omérovic était parvenu à un point extrême de détresse psychologique…
On comprend alors que face à l’imminence d’un nouveau placement en rétention, il n’ait eu d’autre choix, pour préserver l’unité familiale, que de s’engager à titre provisoire dans le processus que lui proposaient les autorités, et dont la finalité devait être son retour en Bosnie. Retour non désiré, puisque la volonté profonde manifestée par l’ensemble de la famille a toujours été de s’installer durablement en France, d’y vivre dans le respect des lois, d’y travailler, d’y recevoir une éducation…

Lorsqu’il s’est agi d’obtenir l’acceptation finale validant la demande officielle d’aide au retour, les agents préfectoraux n’ont pas lésiné sur les moyens :

  • intervention intrusive au domicile familial, sans rendez-vous ni interprète, alors que Mehmet, souffrant, n’avait pu pour raisons médicales dûment justifiées, honorer un rendez-vous en préfecture,
  • conversion, à titre dérogatoire, de la procédure de retour dite « humanitaire » en procédure « volontaire » impliquant une indemnité financière plus incitative,
  • totale indifférence à la situation de détresse du papa, à qui l’on fixait d’office un nouveau rendez-vous en préfecture alors même qu’il faisait l’objet d’une hospitalisation en urgence, sans qu’il soit possible d’en connaître les suites médicales éventuelles.

Puis la menace et le chantage. Monsieur Omérovic, s’il refusait de signer, se serait vu privé de toute forme de soutien financier et pouvait être immédiatement arrêté, placé en centre de rétention, séparé de sa famille et, enfin, renvoyé en Bosnie dans des conditions indignes.

Il est arrivé, dans des cas précédents, que la préfecture permette aux enfants scolarisés de terminer l’année scolaire en cours. Dans le cas présent, cette facilité n’a même pas été envisagée.

Tout a donc été mis en œuvre, dans le seul but de satisfaire aux objectifs chiffrés fixés aux préfets par le pouvoir politique.

Mais un tel empressement à faire partir la famille se justifiait-il, alors même qu’un nouveau jugement du tribunal administratif doit être rendu à la fin du mois de mars, jugement qui pourrait invalider le refus de séjour. Comment la famille pourrait-elle alors revenir?

Mais surtout, la préfecture a jusqu’ici été sourde aux alertes multiples qui lui ont été faites sur la situation inexorable des Roms en Bosnie, s’arc-boutant derrière une position parfaitement intenable : « les Roms seraient désormais beaucoup mieux traités, feraient même partie, comme les autres citoyens, des forces vives de la nation bosniaque, nation qui par ailleurs ne cesse de fournir les preuves de ses efforts en vue d’un retour à une situation apaisée, après le terrible conflit des années 90/95 » ! De tels arguments prêteraient à rire si la réalité n’était pas aussi tragique.

Les organisations internationales démentent ces arguments fallacieux.

  • Le Conseil de Sécurité de l’ONU (voir en annexe : résolution n° 1895 du 18.11.2009)
  • La Cour Européenne des Droits de l’Homme (Condamnation de la Bosnie pour discrimination envers les Roms et les Juifs Grande Chambre, 22.12.2009).

Les discriminations faites aux Roms, non seulement ne s’arrêtent pas, mais se sont encore accrues ces derniers mois au point de mettre en alerte toutes les organisations internationales ou humanitaires. Les états européens, qui visiblement ne mènent aucune politique concertée pour protéger les Roms, s’entêtent à leur fournir des aides au retour, que ces derniers reçoivent rarement en intégralité ; les autorités locales les détournant le plus souvent à leur profit…
Comment la famille parviendrait-elle à se loger, alors que les trois quart des Roms de Bosnie n’ont pas accès à un toit et vivent sous des tentes?… Peut-on réellement croire en une insertion professionnelle, dans un pays marqué par le chômage de masse, et où les Roms n’ont pas accès aux emplois publics et sont boycottés par les entreprises privées, où les habitants refusent même de les traiter comme des humains? Alors que la famille a déjà été victime d’un infanticide à l’hôpital, comment seraient-ils soignés?
Plus grave encore, c’est l’avenir de quatre enfants scolarisés en France qui, par cet acharnement, serait irrémédiablement sacrifié. L’aînée de 13 ans, Admira, ne retournerait jamais à l’école ; le collège étant à 30 kilomètres du village, et les adolescentes Roms, souvent victimes d’agressions sexuelles, ne pouvant se permettre d’emprunter seules les transports en commun. Dès l’école maternelle, les discriminations commencent : le racisme a l’égard des Roms est tellement implanté dans les esprits que les enseignants ne prêtent pas attention à ces enfants, ou les mettent dans des classes spéciales, destinées aux handicapés mentaux… à peine un enfant Rom sur dix est scolarisé en Bosnie.
Fadila, Sevkho, Arif et Admira resteraient des étrangers dans leur pays, ils y subiraient les insultes et les moqueries qui collent à la peau des membres de leur communauté. Ils grossiraient les statistiques de la pauvreté et de l’analphabétisme en Europe.

Pourquoi un tel gâchis, alors qu’en France cette famille a fait des progrès considérables depuis un an, et est en train de s’intégrer ; faisant la preuve que les Roms sont intégrables. Pour la première fois après 12 ans d’exil, ils pouvaient enfin faire des projets d’avenir.
Monsieur Omérovic a, en France, une promesse d’embauche. En Bosnie, 85% des Roms sont au chômage. Madame Omérovic parvient désormais à communiquer sans difficulté. Les enfants ont fait des progrès spectaculaires à l’école, où ils sont très appréciés de leurs camarades et de leurs professeurs. Les adultes, d’abord méfiants, ont compris qu’ils pouvaient faire confiance à cette famille. Une enseignante bénévole donne des cours de soutien en français aux deux aînées, le mercredi après-midi.

En décidant de renvoyer cette famille là où elle a vécu les pires tourments, la France manquerait une occasion précieuse de démontrer la cohérence de ses actes par rapport à ses principes humanistes.

Pourtant, la mobilisation n’a pas faibli. La détermination des citoyens, des personnalités politiques, des professionnels de la culture et de la littérature de jeunesse a été démontrée. Expressions de solidarité négligées par la préfète, qui a ignoré :

  • la demande d’audience formulée par le Rassemblement pour la Défense de la Famille Omérovic,
  • le soutien citoyen massif d’une pétition qui regroupe 1400 signatures,
  • les nombreuses lettres adressées par des personnalités ( maires, sénateur, artistes, responsables politiques..),
  • le parrainage républicain des membres de la famille par des élus municipaux ébroïciens, et la manifestation de rue qui a suivi,
  • l’envoi aux enfants Omérovic de nombreux livres dédicacés par des auteurs, via les services de la préfecture…

Néanmoins, il n’est pas trop tard pour la préfète, qui peut encore faire le geste qui pourrait tout changer.

Quoi qu’il arrive, nous n’abandonnerons pas.
Si, par malheur, la famille devait finalement partir: nous prendrions de ses nouvelles en maintenant un lien permanent avec elle, et nous serions les témoins attentifs des conséquences de ces reconduites « volontaires » dans des pays qui n’accordent pas aux Roms le titre de citoyens, les reléguant au statut de réfugiés dans leur propre pays. Nous exigerions un retour en France si la réinsertion promise s’avérait, comme nous le savons hautement probable, illusoire.