Intervention de Monsieur LARMANOU Marcel le 28 mars 2007

Intervention de Monsieur LARMANOU Marcel le 28 mars 2007

Monsieur le Président,

Permettez-moi d’évoquer ici les menaces qui pèsent sur l’emploi et les activités de la deuxième entreprise de notre département : l’entreprise Metzeler de Charleval.

Le samedi 10 mars 2007, la direction de l’entreprise a tenté d’évacuer un certain nombre de machines avec pour objectif de délocaliser une partie de la production en Tunisie, arguant que la main d’œuvre des pays émergents coûte moins cher que la main d’œuvre française. La délocalisation de cette production pourtant rentable serait le prélude à une dévitalisation conduisant à court terme à la fermeture de l’entreprise.

L’industrie automobile en zone euro est en crise profonde. Cette crise touche particulièrement les équipementiers. Depuis deux ans, plus de 30.000 emplois ont été détruits dans la sous-traitance automobile.

L’établissement Metzeler, ses emplois, comme de nombreuses autres entreprises, sont victimes de l’action prédatrice d’un fond d’investissement spéculatif.

On délocalise les investissements et les emplois en zone dollar. Les profits sont rapatriés en zone euro. On cherche ainsi plus que jamais à faire pression sur les salaires, le temps et les conditions de travail, en pratiquant un terrible jumping social.

Le mouvement des capitaux placés à très court terme, comme le fond Capital Venture City Bank qui possède Metzeler, dans leurs recherches d’une rentabilité maximum dans un minimum de temps, vérole totalement les stratégies industrielles des entreprises. Les mouvements de ces capitaux spéculatifs sont de véritables fléaux pour l’investissement et l’emploi stable.

De tels fonds spéculatifs n’ont que faire des salariés, ils se contrefichent de la croissance, du développement ou de la création d’emplois dans les régions. Ils pratiquent le chantage à l’emploi pour tirer un maximum des territoires où ils s’implantent et une fois qu’ils ont fini de piller les finances publiques, ils s’installent ailleurs.

Ils se vivent comme des groupes mondiaux, sans aucune attache territoriale, dont la seule vocation est de satisfaire au mieux leurs actionnaires. Les actionnaires, eux ne connaissent pas de crise.

Cette vampirisation de l’industrie automobile par ses actionnaires, n’est pas un cas unique, tous les secteurs sont touchés : l’Aéronautique avec Airbus, l’électronique avec Alcatel…

L’industrie européenne aurait un grand avenir devant elle, mais à condition de faire les investissements nécessaires et d’avoir une politique monétaire européenne qui soutienne l’emploi, la croissance et non les rentiers.

Ce ne sont pas de fonds européens de charité dont ont besoin les travailleurs de la filière automobile, mais d’une sécurisation de leur emploi, d’une valorisation de leur savoir faire.

Si nous voulons sauvegarder et développer le site de Charleval, comme les autres sites industriels de notre pays, nous devons réagir, anticiper dès maintenant.

C’est ce que la détermination des salariés, soutenus dans leur action par de nombreux élus et par la population du bassin de l’Andelle du plateau du Vexin a entrepris en faisant reculer la direction.

Comme d’autres ici, j’ai été présent au cours de ces trois jours sur le terrain aux côtés des salariés et suis intervenu à plusieurs reprises auprès du Préfet, verbalement et par écrit, pour qu’il pèse de toute son autorité en faveur de négociations que la direction refusait.

Devant ce succès dont on sait qu’il nous contraint cependant à rester vigilant, j’ai renoncé à vous proposer un vœu de solidarité comme je l’avais prévu initialement.