Developper les transports collectifs et leur intermodalité

Developper les transports collectifs et leur intermodalité

6 questions à Patrice Dupray

Vice-Président du Conseil Régional de Haute-Normandie
délégué aux transports et aux infrastructures

1 – En cohérence avec le SRADT (schéma régional d’ aménagement et de développement du territoire), la Haute-Normandie s’est dotée d’un Plan de Déplacements Régional (PDR). Quel était l’objectif initial de la démarche ?

Le PDR vise à approfondir le volet  » transports collectifs de voyageurs  » du SRADT. Cette démarche est unique en France dans le sens où elle associe pour la première fois une Région et les Départements qui la composent autour d’un même objectif de développement des transports collectifs.

L’objectif est double : d’une part planifier le développement des transports collectifs dont chaque collectivité est l’autorité organisatrice, à travers une prospective à long terme (2020) et un plan d’action à court et moyen termes (2007-2013) ; d’autre part développer l’intermodalité, c’est-à-dire la complémentarité des différents modes de transports collectifs (ferroviaires, urbains et interurbains) entre eux et avec les transports individuels.
Le PDR doit donc permettre d’introduire une cohérence forte entre les modes de transport public, quelles que soient les autorités organisatrices gestionnaires. La charte pour le développement de l’intermodalité des transports publics en Haute-Normandie prolonge et complète cette démarche par l’engagement de la très grande majorité des autorités organisatrices du territoire en faveur d’une intermodalité favorisée. Y sont abordées les questions des pôles d’échanges, de l’information voyageurs ainsi que de la tarification et de la billettique.

2 – L’accessibilité des territoires et des populations constitue la grande priorité de ce programme. Concrètement, quels sont les principaux axes poursuivis par la Région pour développer notamment les transports collectifs ?

Les actions proposées dans le cadre du PDR concernent différentes échelles de déplacements et portent sur l’infrastructure, mais également les services associés aux transports.

A l’échelle suprarégionale, le PDR affirme la volonté de mieux connecter la Haute-Normandie aux autres régions et à l’international, grâce à l’amélioration des liaisons vers Paris ou Roissy par exemple.
Au niveau local, les actions du PDR visent à faciliter les déplacements de proximité, pour offrir un meilleur accès à l’emploi, à la formation ou aux services : il propose par exemple de créer une liaison périurbaine Elbeuf / Pavilly / Yvetot autour de Rouen, reprenant dans un 1er temps des moyens existants en les renforçant pour offrir à terme un tram-train reliant Rouen à ses communes périphériques ; l’aménagement de pôles d’échanges sur l’ensemble du territoire sert également ce 2ème objectif.
Le 3ème volet de propositions doit permettre de moderniser les services aux usagers : retravailler la tarification proposée, sur le réseau TER mais également entre les AO ( autorité organisatrice), développer le transport à la demande là où le transport régulier n’est pas pertinent, mais aussi proposer des transports accessibles aux personnes handicapées.
Le dernier thème fixe des objectifs pour des transports durables : promotion de l’urbanisation autour des axes de transport public, maintien dans la durée de la coopération entre collectivités, etc.

3 – Le recours trop fréquent au véhicule personnel ayant un impact sur la qualité de l’air et l’écoulement du trafic, comment la Région envisage-t-elle d’inciter les habitants à utiliser d’autres modes de transports (politique tarifaire particulière, etc.) ?

Prendre les transports en commun doit devenir une démarche facile et agréable. Cela signifie disposer d’un bon niveau d’information sur l’offre existante, pouvoir accéder facilement à une gare, que ce soit en voiture ou en bus, avoir un train à l’heure, confortable, etc. La Région contractualise en ce sens avec la SNCF, aussi bien sur les TER que sur Corail Intercités. La Région a financé récemment du matériel neuf et la rénovation de rames complémentaires, pour la ligne Paris / Rouen / Le Havre notamment, et un protocole d’accord abordant les engagements de chaque partie devrait bientôt être signé.
En parallèle, la Région réfléchit avec ses partenaires à la mise en place d’une nouvelle gamme tarifaire plus attractive et plus lisible : tarification intermodale et à terme tarification zonale intermodale. Des cartes de réduction compensées par la Région existent déjà : Région-Transports travail, études, solidarité et tout public, offrant des réductions de 25 à 50% par trajet. Des offres plus ponctuelles sont également proposées :  » La mer à 1€ « ,  » Rouen-Caen à 1€  » et cet été sera expérimenté une offre libre circulation week end à 34€ pour 1 à 5 personnes.

4 – Ancrer le territoire dans l’espace européen et international nécessite que les grands réseaux de transport, notamment à grande vitesse, assurent une couverture cohérente et efficace. Dans ce domaine, quels sont les besoins identifiés et les projets en cours ou à l’étude ?

Le point le plus urgent consiste à offrir à la Haute-Normandie une liaison décente vers Paris. Outre sa lenteur relative, la ligne Paris – Rouen – Le Havre, de même que la Paris – Evreux – Caen, souffre d’irrégularités très fortes et de conditions de confort aléatoires.
Nous disposons d’un aller-retour par jour en TGV sur Le Havre – Rouen – Lyon – Marseille, une liaison TGV Rouen – Roissy – Strasbourg devrait voir le jour en décembre 2008 et accroître ainsi l’ouverture du territoire vers le reste de l’Europe.

5 – L’une des ambitions affichées du CPER vise à renforcer la fonction d’interface maritime et internationale de la Haute-Normandie. Dans ce cadre, comment la Région entend-elle permettre aux ports normands de rivaliser avec ses homologues nord européens ?

Située sur le couloir maritime parmi les plus fréquentés au monde, dotée du premier complexe portuaire français avec le Havre et Rouen, débouché naturel de Paris et de l’Ile-de-France la région dispose d’un pôle économique important lié aux infrastructures portuaires.
La région a pour objectif de favoriser les modes alternatifs à la route, notamment le transport fret et dans ce but doter la région d’un réseau fret modernisé et performant, à l’image de la ligne Monterollier-Buchy, et développer l’utilisation du trafic fluvial sur la Seine. La région souhaite être mieux intégrée aux grands courants de transit qui privilégient le passage par l’Ile de France en reliant la région aux grands réseaux d’infrastructures nationaux et européens et notamment au réseau à grande vitesse et doter la région d’un réseau routier adapté aux besoins de son ouverture nationale.
La Région a émis l’idée d’un troisième franchissement de l’estuaire de la Seine au sud du Havre.Il s’agit d’envisager un itinéraire ferroviaire de contournement qui permette l’écoulement des trafics à destination du Sud-Ouest et du Sud-Est de la France et de l’Europe en empruntant la ligne transversale Mézidon – Le Mans – Tours. A ce jour, la pertinence et la faisabilité d’un tel ouvrage doivent être étudiées sans tarder.

6 – Le vieillissement de la population, qui sera perceptible d’ici 2015, pose le problème de l’accessibilité des principaux pôles urbains depuis les secteurs en marge du territoire. A travers quels types de dispositifs la Région entend-elle répondre à ce phénomène dans les années qui viennent ?

La Région, comme l’ensemble des autres AOT de France, va élaborer son Schéma Directeur d’Accessibilité (SDA) d’ici 2008. Ce schéma proposera un maillage de gares et liaisons routières régionales accessibles, un échéancier de cette mise en accessibilité ainsi que la définition des moyens de substitution pour les gares qui resteront inaccessibles aux personnes handicapées. Ce travail sera mené en collaboration étroite avec des associations de personnes handicapées, notamment la Coordination Handicap Normandie qui regroupe plus de 60 associations du territoire.

En parallèle, la Région organise la concertation avec les autres AO du territoire, afin d’apporter une réponse fonctionnelle sur l’ensemble du territoire et offrir une réelle continuité de la chaîne de déplacements, ainsi que le demande la loi de février 2005 : mise en cohérence des maillages prévus ou encore réflexion sur la mutualisation des moyens de substitution.