Voici le discours prononcé par Nathalie Nail à l’occasion de la commémoration des 100 ans de l’assassinat de Jean Jaurès, au Havre, ce jeudi 31 juillet.
« Je ne suis pas un modéré, je suis avec vous, un révolutionnaire. »
Oui, Jean Jaurès, ce militant de la civilisation humaine, cet infatigable défenseur de la paix et du progrès, était un révolutionnaire de son temps, avec son temps. Son ardent désir était de libérer l’humanité. Dans notre France de 2014, Jaurès aurait fort à dire. A tous ses usurpateurs d’hier et d’aujourd’hui Jaurès aurait dit qu’il fallait agir sans relâche pour les valeurs universelles d’humanisme…
La guerre tue à Gaza, en Irak, en Syrie, en Lybie.
La guerre, c’est pour préparer la paix, certains osent-ils dire encore.
Mais la guerre appelle la guerre et toujours plus de barbarie. Où sont-elles les leçons de Jaurès ? « Si chauvins de France et d’Allemagne réussissaient à jeter les deux nations l’une contre l’autre, la guerre s’accompagnerait de violences sauvages qui souilleraient pour des générations le regard et la mémoire des hommes ». La souillure est là. Mais Jaurès n’avait pas seulement alerté, il avait dit la cause : « tant que dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possèdera les grands moyens de production et d’échange (…), tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine, sa propre loi qui est la concurrence illimitée (…), il y aura des germes de guerre. »
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Jean Jaurès n’a jamais renoncé. Ne renonçons pas non-plus !
«J’espère encore malgré tout… » Jusque dans les derniers discours qu’il prononce, à quelques jours de la déclaration la guerre meurtrière, Jaurès affirme avec ardeur la force de l’optimisme qui a été le socle de son engagement. Un optimisme qui anime tous ses combats pour la paix, la justice et la liberté. Jaurès portait, face à l’adversité la plus féroce, son message avec conviction: « les capitalistes sentent, quoi qu’ils fassent, que l’avenir est leur ennemi ».
Il avait, comme nous devrions l’avoir, une confiance inébranlable en la force de l’humanité à se libérer d’un capitalisme qui l’entrave.
« La peur resserre ; l’espérance dilate » disait-il.
Le fatalisme, aujourd’hui érigé en doctrine d’Etat, ne faisait pas partie de son vocabulaire. Pour Jaurès, la solidarité humaine, le sentiment de justice, le désir d’émancipation ne sont pas des rêves stériles mais le moteur même de toute vie authentiquement humaine. Neuf millions de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté quand les plus riches augmentent leur revenu de 20% en un an, la France cinquième puissance mondiale et championne d’Europe en nombre de millionnaires ! « Cherchez l’erreur » nous aurait dit Jaurès. Et il aurait, avec nous, cherché la solution.
Pour Jaurès, révolutionner la société, c’était sans cesse réformer. Mais ceux qui maquillent leurs mesures de régression sociale et économique derrière les mots de Jaurès ne peuvent faire illusion. La réforme exige une hauteur de vue à mille lieues du réformisme néo libéral d’aujourd’hui qui ne fait que mettre en œuvre ce qui est présenté comme inéluctable et sans alternative. Pour les gouvernements successifs, la réforme n’est plus un choix qu’on incarne, mais une obligation dictée par le Medef et les marchés qu’on met en forme.
Reprendre le chemin de réformes sociales authentiques dans l’esprit de l’évolution révolutionnaire de Jaurès, c’est aujourd’hui la seule alternative pour « un changement de la société qui doit être l’affaire du peuple et des individus libres qui le composent » comme disait Jaurès.
Toute sa vie durant, Jaurès creusera les chemins possibles, concrets d’une conquête de la propriété et de la coopération sociales.
Et, inlassablement, il traquait la guerre, celle qui fait du « tous contre tous » la logique du système. « Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie (…) un régime de concorde sociale et d’unité. » Et c’est toujours tellement d’actualité…
Et lui ne se trompe pas d’adversaire. Il dénonce « le capitalisme international qui va chercher la main d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie (…) , pour amener partout dans le monde des salaires au niveau des pays où ils sont les plus bas ». Il plaide pour « la communauté universel du droit social », où « toutes les nations apprendront à respecter chez l’étranger un homme et un frère. » Et oui, tellement d’actualité !
Voilà pour ceux qui parlent de Jaurès pour mieux étouffer sa voix. Ne les laissons pas faire !
En ces temps de nouveau troublés, où le doute est cultivé sur les valeurs héritées du siècle des Lumières et de la révolution française, en ces temps où liberté, égalité, fraternité sont tenues pour des mots sans effets, en ces temps où l’extrême droite distille son venin réactionnaire, nous devons agir dans les pas de Jaurès pour mettre fin à la guerre économique, pour promouvoir la coopération entre tous et chacun.
Sinon, aujourd’hui comme hier, ainsi que le disait Jaurès, « dans cette nuée dormante se développera l’orage des politiques agressives et destructrices de demain. « On ne pourra relever la patrie, relever l’Europe, qu’en abaissant le capitalisme. » Jaurès avait raison !
Mais Jaurès, c’était aussi l’optimisme. Et notre chemin face à tous ceux qui veulent que nous courbions l’échine, et répandent à dessein le pessimisme jusqu’au plus profond du cœur de la nation. La peur : voilà le grand ennemi de l’immense majorité que nous sommes. A nous de suivre aujourd’hui Jaurès pour que la peur change de camp, pour avancer en faisant nôtre, en ce jour symbolique, la devise de Jaurès « ni haine, ni renoncement ! ».
Pour les communistes, Jaurès reste et restera une référence majeure
Car il incarnait d’abord la morale en politique quand celle-ci est souvent disqualifiée aux yeux de nos concitoyens par les affaires
Car il était le combattant pour la paix quand la guerre redevient le moyen d’assurer les intérêts impérialistes dans le monde …
Car il était le champion de la justice sociale alors qu’aujourd’hui toute réforme est symbole de régression sociale
Car il était le journaliste méticuleux, le journaliste des grandes causes qui a fondé notre indispensable journal
Car il était le militant de chaque instant jusqu’à mourir pour ses idées
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Alors bien sûr, le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Jaurès. Mais nous avons besoin d’inscrire le combat pour l’émancipation humaine dans un récit et ce récit passe par la mémoire ineffaçable de Jaurès. Il fut l’honneur de la gauche, l’honneur du socialisme et au moment où ces mots deviennent des gros mots, il faut les répéter sans relâche. Nous les communistes, nous en sommes les continuateurs, pas que de Jaurès évidemment mais de Jaurès aussi.
Pour nous, les héritiers de Jaurès et de Babeuf, qu’il nommait lui-même « notre grand communiste », l’égalité et le partage sont l’essence de notre combat d’aujourd’hui, l’issue pour sortir de la crise, pour construire une société du bien commun.
N’attendons pas pour un monde meilleur pour tous, un monde de progrès et de Paix ; il est urgent de le construire !
Cette publication est issue du site L'opposition municipale au Havre avec Nathalie Nail.
Voir la publication originale : Il y a cent ans, Jaurès était assassiné