Ce vendredi 16 janvier, les élus communistes et républicains de l’agglomération havraise ont adressé leurs vœux revendicatifs. Voici le discours de Nathalie Nail.
Mesdames, messieurs, chers amis, chers camarades,
Les vœux que je vous présente cette année ont un goût particulier et amer.
Après l’émotion, les larmes, la sidération, la France, la belle France des Lumières et de la Résistance s’est levée dans l’unité contre la barbarie et la haine. Et le monde entier avec elle…
Cette France qui crie haut et fort, liberté égalité fraternité, cette France du respect et du vivre ensemble,
Cette France de la liberté d’expression et de conscience,
Cette France de la laïcité s’est levée en masse après les assassinats d’employés, de journalistes de Charlie Hebdo, de policiers, puis de personnes de confession juive à la porte de Vincennes.Toutes ces personnes ont été assassinées pour ce qu’elles représentaient.
Tuer un journaliste c’est vouloir faire mourir la liberté d’expression. En s’attaquant à Charlie Hebdo, des intégristes fascisants ont attaqué un symbole de l’irrespect, de l’humour, de la dérision et des idées non conformistes.
Abattre un policier, c’est vouloir détruire une part de l’Etat républicain, celle qui assure la mission de sureté, de sécurité, de protection des citoyens.
S’en prendre à des citoyens de confession juive, musulmane ou catholique c’est nier la liberté de tous à croire et à pratiquer sa religion. C’est chercher à provoquer une guerre de religion, une guerre de civilisation.
Alors oui, le combat pour que vive la République, ouverte, laïque, sociale, tolérante, est un combat de chacune et de chacun comme citoyen.
Dans un élan d’une formidable puissance et d’une grande dignité, des millions de Français se sont levés, ensemble, pour défendre les valeurs qu’ils ont senti menacées.
Ils ont, ensemble, rendu hommage aux victimes et dit leur attachement à la liberté d’expression, au vivre ensemble.
Ils ont voulu, ensemble rappeler l’exigence de République, le sens de la devise républicaine, si souvent utilisée pour servir des paroles vides ou pire des actes contraires au progrès et à l’émancipation humaine qu’elle symbolise. Les marches dans toute la France, les hommages dans un très grand nombre de villages, comme le relatait la presse havraise, ont été des événements exceptionnels.
Alors oui notre peuple a été grand, comme à d’autres moments de son histoire. Il a su rassembler autour de valeurs essentielles, partagées, quelles que soient les situations sociales, les couleurs de peau, les origines, les religions.
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Certains disent que Charlie Hebdo était sulfureux, Mais n’est-ce pas plutôt notre monde qui sent le souffre ?
Ne regardons pas ce qui s’est passé comme un événement isolé. Regardons seulement les 15 derniers jours : un grillage qui cerne un banc public, des bateaux de migrants qui s’échouent sur les côtes italiennes, le refus d’inhumer un bébé rom décédé, la médiatisation outrancière du livre de Houellebecq…
Alors oui le Charlie Hebdo de la semaine dernière mettait ces événements en caricatures, comme l’HD de la semaine de Charb sur les SDF morts dans le froid.
Oui c’est bien notre monde, notre société qui sentent le souffre !
Il faut donc conjuguer dans la République la Liberté avec plus de fraternité et de justice sociale.
Oui, nous continuons de penser que le pays a besoin de refonder son avenir sur des choix politiques transformateurs et partagés, affrontant courageusement toutes les dominations, toutes les discriminations, toutes les inégalités.
L’immense mobilisation que nous avons vécu ce weekend est un premier pas pour plus de république, plus de liberté, plus d’égalité, plus de fraternité.
Et c’est pour cela que, loin des appels à la haine, nous nous félicitons que face à cet acte de terreur, le peuple ait porté une réponse pacifique et citoyenne, une réponse de rassemblement : l’attachement à la liberté de la presse, aux valeurs républicaines et la volonté de vivre ensemble. Oui, vivre ensemble, contre toutes les tentations de repli, de haine et de divisions. Vivre ensemble, non pour cohabiter mais pour faire société ensemble, au-delà et dans le respect de nos opinions et de nos croyances.
Je crois d’ailleurs que l’un des enjeux majeurs de la période à venir est de contribuer à pérenniser cet élan citoyen et à faire fructifier ce qu’il peut produire de meilleur.
La parole citoyenne ne doit pas être confisquée. C’est notre responsabilité d’y veiller dans le débat politique à venir, en nourrissant et en contribuant à la réflexion.
A ce propos, je veux souligner l’attitude déshonorante qui a été celle du Front national. Marine Le Pen a déclaré que le crime contre Charlie allait permettre de « libérer la parole », elle a d’ailleurs révélé le terrible fond de sa pensée. Elle rêve d’un déferlement de haine anti-musulman.
A l’inverse, je veux dire combien nous révulse l’injonction sans cesse adressée par des responsables politiques, des médias et certains de leurs pseudo-experts aux musulmans de France pour qu’ils se désolidarisent de ce crime, comme une manière de supposer qu’ils aient par nature partie liée avec ce crime. C’est insupportable. Les musulmans sont, dans le monde, les premières victimes du fondamentalisme islamiste, les premiers stigmatisés. Notre peuple dans toute sa diversité, n’appelle pas à plus de stigmatisation, il appelle à plus d’union, il refuse de voir nos valeurs républicaines attaquées. L’immense majorité de nos concitoyens l’ont exprimé et continuent de le dire. Et, en même temps, il y a l’exigence de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là. L’exigence de comprendre comment on peut s’en sortir et éviter que cela se reproduise.
A l’évidence, les atrocités commises ces derniers jours ont des racines extérieures et un terreau intérieur.
Alors, quelques réflexions sur le terrorisme et la guerre qui lui est déclarée depuis plus de 15 ans.
Depuis 15 ans, avec ou sans l’OTAN, mais surtout sans l’ONU, les occidentaux sont intervenus au nom de la lutte contre le terrorisme. On en sait les résultats, désastreux, comme en Irak et en Syrie. En fait, ces interventions se sont produites dans des pays épuisés par 2 siècles de colonisation, puis de néocolonisation, puis de domination du capitalisme international. Ce capitalisme veut accaparer leurs richesses minières, non pour assurer leur développement, mais pour assurer les dividendes des actionnaires, des fonds de pension, de ces milliers de milliards d’euros qui cherchent, à travers le monde, à rentabiliser leurs fonds.
Comment croire que de telles interventions sont la solution aux problèmes de ces pays ? Comment ne pas voir qu’elles nourrissent au contraire, la misère des peuples, leur colère, leur division, leur chaos ? Comment ne pas voir les conséquences du pillage des ressources, des compromissions des dirigeants ?
C’est là un terreau fertile pour des illuminés qui, eux non plus, n’ont pas le souci des peuples qui sont les premières victimes de leurs exactions.
Comment ne pas voir les conséquences d’un demi-siècle de guerre entre les Israliens et les Palestiniens ? Là-bas, un peuple en opprime un autre, saisit ses terres, mène une politique brutale de peuplement, bombarde ses populations, provoque l’échec de toutes les tentatives de négociations, sans que la communauté internationale, l’ONU élèvent une protestation à la hauteur des conséquences de cette situation.
Comment ne pas voir que les réponses à ces questions ne sont pas
- dans une fuite en avant guerrière qui pousse des millions de réfugiés sur les routes et souvent vers la mort,
- mais dans la recherche obstinée des moyens diplomatiques permettant d’en sortir.
Ainsi, oui, il faut que l’Iran participe à une négociation sur la situation en Irak et en Syrie, comme la Turquie et tous les pays de cette région.
C’est parce que nous sommes persuadés que notre pays peut intervenir et être à l’initiative autrement que par ses armes, que nous n’avons pas voté, au Parlement, la demande de poursuite de l’intervention militaire.
D’autant que tout indique que les interventions militaires occidentales de ces 15 dernières années ont eu pour résultat de renforcer les « organisations djihadistes », d’aggraver le chaos, sans qu’apparaisse le début d’une solution.
Notre détermination à stopper les groupes armés islamistes est sans équivoque mais force est de constater que la stratégie mise en œuvre depuis le 11 septembre 2001, est en échec patent et produit les effets inverses à ceux escomptés.
Déclarer que nous sommes en guerre, c’est renoncer à imposer la paix, c’est s’enfermer dans le piège tendu par les intégristes qui veulent l’affrontement, la guerre des civilisations, en Afrique, au Moyen-Orient, et demain ailleurs : en Europe, en France où l’émotion est grande devant la situation dans ces régions.
En France, précisément, pour certaines forces politiques, tout se réduirait à des questions de sécurité. Ce n’est évidemment pas vrai et ce n’est pas non plus ce qu’ont dit des millions de nos concitoyens la semaine passée.
Hissons-nous au niveau de la parole citoyenne qui s’est exprimée ces derniers jours.
Oui le peuple veut vivre en sécurité ! Certaines forces politiques appellent à en parler. Comme si tout le reste du message adressé ces jours derniers par des millions de gens dans les rues était déjà oublié. Pour nous, pas question de tourner la page. Nous sommes oublié, nous sommes prêts à parler sécurité mais nous voulons parler : liberté, égalité, fraternité, laïcité, paix, solidarité.
C’est une exigence légitime à laquelle l’Etat doit répondre. Cela signifie que le rôle de la police, de la justice et du renseignement est indispensable et les moyens alloués doivent être à la hauteur.
Mais, comment imaginer qu’elle pourrait résoudre les questions auxquelles notre société était confrontée et que les évènements récents ont encore mis plus en lumière.
Oui, il faut éviter que les prisons deviennent des lieux d’endoctrinement. Mais il faut aussi lutter contre tout ce qui nourrit l’embrigadement de trop de jeunes, désespérés et fragilisés par la précarité, le chômage, l’absence de perspectives réelles.
Ce terreau a pour noms : chômage, échec scolaire, inégalités territoriales, discriminations, pseudo identité nationale construite sur le rejet d’une partie des citoyens, mais aussi la négation de pans entiers de l’histoire de notre pays.
Mesdames, messieurs, chers amis, chers camarades, nous sommes des millions à sentir que c’est tout le fonctionnement de notre société qui doit être réinterrogé.
Depuis longtemps, des sonnettes d’alarme sont pourtant tirées par des gens aussi divers que des enseignants, des professionnels de la justice des mineurs, des responsables associatifs, des élus.
Nous avons tous beaucoup à faire pour favoriser le vivre ensemble pour faire reculer les défiances, les replis.
Mais en même temps, il faut être conscient que ces actions en profondeur, sur la durée, exigent des compétences et des moyens qui, aujourd’hui, font cruellement défaut.
Il est beaucoup question de l’école et de la laïcité. Oui, l’école doit être prioritaire et je dirai même qu’elle doit être partout prioritaire pour réduire les inégalités qui la blessent et qui blessent tant d’enseignants.
Des inégalités qui frappent surtout les enfants des familles les plus en difficultés, dans les quartiers où le chômage, la précarité et la pauvreté sont plus élevés qu’ailleurs. Et peut-être que l’école de la république retrouverait ainsi tout son sens. Peut-être que la laïcité retrouverait aussi toute sa place.
La politique de la ville est aussi interrogée. C’est vrai que beaucoup a été fait, à travers le pays, que l’urbanisme a été transformé dans beaucoup d’endroits.
Mais derrière les façades, cette politique a-t-elle changé les réalités que vivent des millions de nos concitoyens ? Cette politique a-t-elle réduit les désespérances, les rancoeurs de tant de jeunes pour lesquels l’horizon est ressenti comme bouché, et qui ne se voient pas d’avenir ?
Les associations diverses sont souvent, dans ces quartiers, les derniers remparts pour des familles en difficulté, les derniers lieux où elles espèrent des solutions. Sauf que l’austérité frappe de plein fouet ces associations, avec des retards dans les subventions dont le montant est en baisse, ce qui oblige souvent à emprunter auprès des banques, à payer des agios, à s’enfoncer encore plus dans les difficultés, à être fragilisées, menacées de disparition. Et c’est à des associations fragilisées, avec des personnels inquiets que l’on demande de prendre en charge des personnes en difficultés. Oui, c’est le fonctionnement de toute notre société que nous devons interroger.
C’est ce à quoi vous appellent les élus et les militants communistes.
Mesdames, messieurs, chers amis et camarades, restons ce pays où une presse libre et impertinente peut secouer les consciences et les préjugés.
Restons ce pays et ce peuple qui parce qu’il est un pays et un peuple de culture est un pays qui refuse la violence, les exclusions, le racisme et l’antisémitisme.
Restons ce pays de dessinateurs, de bibliothèques, de musées, de cinémas, de scènes et d’arts vivants au service de toute la population.
Restons ce pays et ce peuple attaché aux services publics qui font le ciment de notre République. Des services publics aujourd’hui menacés de mort par les politiques d’austérité. Donnons un nouvel élan aux services publics, renforçons leur efficacité, étendons leurs champs d’action.
Restons ce pays et ce peuple qui refuse la dictature du CAC 40, de l’idéologie du MEDEF, des lois Macron et consorts que nous allons combattre parce que le droit social, c’est le droit humain.
Restons une communauté française.
Elle est une, elle est laïque, c’est à dire ouverte et tolérante, respectueuse des idées, des religions, des droits, des choix de vie de toutes, de tous, de chacune et de chacun.
La République c’est la liberté, l’égalité, la fraternité, ce sont les valeurs fondatrices de notre nation sur lesquelles notre peuple s’appuie et il l’a dit avec force ces derniers jours. Un de ces moments de grâce où le peuple découvre qu’uni, il est fort, bien plus fort que ces tyrans des temps modernes qui croient tenir le monde en accaparant ses richesses.
Nous communistes, travaillons à rendre ce sursaut populaire pérenne.
La République a besoin de ce nouvel élan et, pour cela, d’un projet rassembleur, positif et de progrès.
Un projet d’égalité, de République sociale qui reconnaisse la vraie valeur du travail.
Un projet pour l’école.
Un projet de liberté, d’égalité et de fraternité.
Un projet de culture.
Un projet de Paix de désarmement qui porte haut la voix de la France.Ce projet, le Parti communiste veut contribuer à l’écrire à partir des aspirations de notre peuple, à partir de son écoute.
« Un peuple se lève » titrait l’Humanité cette semaine, nous entendons être dignes de ce peuple, des valeurs qu’il a – et avec quelle force ! – exprimées hier en se rassemblant.
Oui, nous voulons vivre et revivre « des jours heureux » !
Cette publication est issue du site L'opposition municipale au Havre avec Nathalie Nail.
Voir la publication originale : Des vœux de combat pour la République !