À l’occasion des discussions sur l’Agenda 21 de la ville du Havre, lors du Conseil municipal du 17 novembre, Nathalie Nail a vivement critiqué l’affichage politique de la majorité municipale qui, à l’exception de quelques mesurettes, ne saurait défendre un projet vraiment écologique et social. Un tel projet, en effet, est antinomique avec les principes et les valeurs de la droite.
Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,Comme chaque année depuis le Grenelle de l’environnement, est présenté ici un rapport sur la situation de notre ville en matière de développement durable, faisant le bilan des politiques menées sur son territoire et donnant des orientations pour améliorer la situation…
Alors évidemment dans cet inventaire à la Prévert il y a plein de choses bien, qui vont dans le bon sens, comme la préservation de nos forêts, de nos espaces verts, une bonne gestion de l’eau, etc, un peu comme si nous vivions ici au Havre, dans le meilleur des mondes… Je n’ai pas le sentiment que cela soit partagé par l’ensemble des Havrais.
Au hasard, les agents de la ville du Havre, qui pourraient avoir à redire, tout de même, sur les conditions de travail, puisque c’est un sujet évoqué dans ce rapport sous le titre « le bien être au travail ».
Au hasard encore, la politique en faveur de la famille, une « priorité de la ville », citant là des actions comme « le carrefour des parents, le sport en famille », etc ; mais quid des tarifs pour les loisirs en famille quand on veut, par exemple, se rendre à la patinoire ?
Oui, vous aurez compris, les ombres au tableau ne font pas partis de cet inventaire…
Car, tout simplement, il y a un vrai paradoxe à vouloir faire du développement durable quand, dans cette société – et on l’a vu tout à l’heure avec le DOB -, les seuls objectifs sont la réduction des déficits, la rentabilité et l’optimisation à tout prix…
La rentabilité s’oppose à des objectifs écologiques.
Aux critères de gestion s’opposent souvent ceux d’efficacité sociale et quand ceux de rentabilité dominent, ce sont souvent de nombreux de projets écologiques au motif de leur insuffisante rentabilité qui sont annulés.
Sauf si, au nom de l’écologie, on cherche à permettre aux multinationales de faire de juteux profits, avec l’appui, financier et réglementaire, des Etats et des institutions internationales (OMC, FMI, mécanismes de marché de Kyoto, etc). Par exemple, on va ainsi, favoriser l’utilisation de voitures électriques , sans se préoccuper du fait que pour les produire on va d’abord émettre plus de CO2 et consommer plus d’énergie, ou de matières (souvent au Sud ou à l’Est, avant de les réimporter au Nord), sans oublier d’autre part la marchandisation du CO2, sans compter non plus la consommation de terres rares (où l’on trouve le lithium) pour fabriquer les batteries électriques.
Et les politiques d’économies à tout va ont leurs limites en matière de développement durable… On puisqu’ il faut coûte que coûte rentabiliser les équipements existants au lieu de changer profondément la production.
En définitive, on sous-estime l’enjeu écologique si on ne voit pas qu’il faut révolutionner les productions, les critères de gestion des entreprises, etc.
Réduire l’enjeu de développement durable à une simple limitation de la consommation et à un partage des richesses existantes entre riches et pauvres ou entre Nord et Sud, c’est sous-estimer les effets pervers de ce qui est fait, aboutissant au mieux à des résultats quantitatifs plus que minimes.
Au bout du compte, on se fait plaisir, ou on se donne bonne conscience plutôt, on focalise sur des éléments en bout de chaîne on renforce la culpabilisation paralysante.
Et pendant ce temps là… on empêche de voir le rôle décisif du capital multinational dans l’origine de nos problèmes. Mais chut !
Car cela reviendrait – vous vous rendez compte ! – à exiger une autre société, dépassant le marché, appelant des pouvoirs et une culture profondément nouveaux.
Très sérieusement, je pense que traiter vraiment l’enjeu écologique, contribue pleinement au dépassement du système libéral et de la façon dont il modèle production, consommation, territoire, système de pouvoirs et technologie.
Mais non, chut ! Tout cela est très politique donc pour une civilisation de l’Humanité avec réellement l’Humain à cœur, il faudra d’autres changements, beaucoup plus qu’un simple agenda 21 !
Pour conclure Monsieur le Maire, parler de développement durable est une chose mais vouloir le faire en toute sincérité en est une autre et faire du développement durable quand on défend le système politique que vous défendez où les seuls objectifs sont le profit et la rentabilité, c’est, j’en suis convaincue, peine perdue !
Cette publication est issue du site L'opposition municipale au Havre avec Nathalie Nail.
Voir la publication originale : L’Agenda 21, un affichage hypocrite de la majorité municipale