Hommage à André Duroméa

Hommage à André Duroméa

Le Parti communiste et plusieurs citoyens havrais issus de divers horizons ont rendu hommage à André Duroméa, résistant et ancien maire du Havre, à l’occasion de la commémoration du  70eme anniversaire de la libération de la ville, jeudi 11 septembre dernier. Nathalie Nail était invitée à s’y exprimer.

Mesdames, Messieurs, Chers amis, Chers Camarades,

Nous sommes aujourd’hui rassemblés autour de cette plaque posée en l’honneur d’Andre DUROMEA. Et je voudrais vous remercier tous de votre présence ce soir.

André s’il fut le grand Maire du Havre que beaucoup ici ont connu fut en effet un acteur incontournable de la résistance havraise et nationale…

Ne en 1917, c’est très jeune, aux côtes de son père Eugène, résistant lui aussi, qu’il forgea son orientation politique.

La montée du fascisme au début des années 30, l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne en 33, les manifestations de l’extrême-droite de février 34, la victoire du Front Populaire au printemps 36, sont autant d’évènements qui ont compté dans la prise de conscience de l’adolescent qu’il était.

C’est en 1936, qu’il donne, naturellement, son adhésion au Parti Communiste Français. Un acte qui allait marquer et modifier profondément le cours de sa vie, comme il le disait  lui même. Il avait 19 ans. La même année il prend sa carte à la CGT.

C’était une période intense. La fin des années 30 allait voir des changements profonds, avec l’opposition affirmée d’une partie de la bourgeoisie française, qui clamait dans les salons, « plutôt Hitler que le Front Populaire ».

Au cœur des luttes de l’époque, dans sa ville, André Duroméa sera conforté dans ses convictions que le peuple est au cœur de l’histoire, que son unité est une clé dans le rapport des forces qui se noue en permanence.

Homme de convictions forgées comme témoin et acteur d’évènements majeurs, André va aussi se révéler un homme de courage exceptionnel.

Dans le Havre occupé de 1940, dès l’automne, aux côtés de René Cance, il participe à la reconstitution des liens entre les membres du Parti Communiste interdit. Evoquant ces distributions de tracts, dans les queues devant les magasins, dans les entreprises il était persuadé que « ces actions, ainsi que l’expérience dont les gens firent l’acquisition au cours des mois et des années, permirent de remonter le courant, de retrouver la confiance de notre peuple, d’unir les patriotes et de mener la lutte armée jusqu’à l’insurrection nationale ».

Il aura eu au Havre, la responsabilité de la lutte armée. Fin 42, il deviendra responsable militaire départemental.

Les actions, de plus en plus dures et les responsabilités, de plus en plus grandes, s’enchaînent. Août 43, l’état-major des FTP l’envoie dans l’ouest, comme commandant de 18 départements qui vont de la Manche aux Basses-Pyrénées ; puis il devient responsable des opérations sur la Région Parisienne. C’est là qu’il apprendra sa condamnation à mort par la Cour d’Appel de Rouen. Le 7 mars 44, il est blessé et arrêté. La balle qui l’a atteint à l’aine ne sera jamais retirée.

Gestapo, interrogatoires ; fin juillet, c’est la déportation, au camp de Neuengamme. Conditions dantesques, actions de résistance et de solidarité dans le camp, souffrances, tentatives d’évasion, des mois d’enfer et d’angoisse, le départ pour le port de Lübeck, où il échappera encore, et de peu, à la mort, puis la fin du cauchemar, le retour en France, l’arrivée au Havre, dans un paysage hallucinant,  « une vision de fin du monde » comme il l’écrira.

L’homme qui rentre de cet enfer a 28 ans. Son père est mort à Maïdanek. Sa femme est revenue de Ravensbrück.

Ces dures années l’auront marquées à jamais…. Ce combat qu’il a mené, avec d’autres, expliquera à bien des égards l’homme qu’il est devenu,  disait-il : le militant de la paix, de la liberté et des droits de l’homme qu’il restera jusqu’à la fin de sa vie.

Homme de conviction et de courage, André Duroméa aimait passionnément sa ville et ses concitoyens. Homme pondéré, il était d’une grande humanité dans ses rapports avec les gens de toutes conditions.

Il était respecté par tous, y compris par ses adversaires politiques. Toute sa vie, il sera resté fidèle à ses idéaux de jeunesse, convaincu que les injustices ne sont pas fatales.

Oui, André fait partie des Havraises et des Havrais, des Français qui, comme beaucoup d’autres décidèrent de ne pas céder, de résister au péril de leur vie..

Ce courage a eu raison  des régimes fascistes et nazis qui ont déporté, privé de la vie des millions de femmes et d’hommes pour des motifs politiques et raciaux.

Le monde était bouleversé.  Les agresseurs utilisèrent la solution finale contre les juifs, ainsi qu’ils programmèrent la destruction massive de populations entières. La plus grande partie de l’Europe n’était plus qu’un champ de ruines et de désolation.

Cependant, rien n’avait réussi à mettre à genoux les peuples, en France comme sur le Front de l’Est, puis lors des débarquements sur nos côtes, en Normandie ou en Provence…

Le 25 août 1944 Paris se libéra… Rouen le 30 août et, le 12 septembre, après une semaine de bombardements alliés faisant des milliers de victimes et transformant le visage de notre ville détruite à 95%, Le Havre était enfin libéré.

L’union des forces de la résistance où se retrouvaient gaullistes, communistes, socialistes, chrétiens, syndicalistes, organisations immigrées, allait permettre la mise en place d’un vaste plan de transformation économique, sociale, démocratique sans précédent.

La lutte de ces hommes et femmes, dans l’union la plus large, a créé les conditions de la paix, du progrès social.

Le Conseil National de la Résistance ouvrait donc la voie à la Sécurité Sociale, à la nationalisation de vastes secteurs économiques, à la création des comités d’entreprises, au vote des femmes…

Discours de Nathalie Nail en hommage à André Duroméa, à l'occasion du 70eme anniversaire de la libération du HavreNous nous devons aujourd’hui de perpétuer la mémoire des artisans de notre liberté.

Et quel plus bel hommage pouvons-nous rendre à André et à tous ses compagnons, que de poursuivre leur combat ? Nous avons le devoir de résister à des gouvernements qui n’ont pour objectif que de suivre les exigences du MEDEF et de la Commission de Bruxelles, des politiques toujours plus injustes, remettant en cause des pans entiers de notre modèle social et républicain, et en particulier le Programme du Conseil National de la Résistance…

Dans les dernières lignes de son livre, il écrit « Je sais que viendra le temps où notre peuple saura s’unir, se rassembler pour imposer une autre société faite de justice, de liberté, de démocratie et de paix ». C’est ce qui a toujours conduit son action au service de sa ville, le Havre ; c’est ce qui l’a amené à mettre sa vie en jeu pour la libération et la renaissance de son pays, la France.

Alors réfléchissons ensemble, engageons le nécessaire travail de rassemblement, pour bâtir l’avenir, construire une société basée sur la solidarité, afin que pareille infamie ne se renouvelle jamais.

Car aujourd’hui, de lourdes menaces pèsent sur un monde lézardé par les inégalités, les nationalismes, la domination des intérêts financiers qui entendent dicter leurs exigences aux peuples.

L’Europe se construit sans démocratie, sans projet social solidaire, mais sa dévotion totale au marché provoque une explosion de la pauvreté dans tous les pays de l’Union.

En France, les grandes avancées de la Libération sont bafouées, les acquis sociaux sont menacés, avec méthode et sans état d’âme, par un MEDEF qui se sent en position de force.

Alors, c’est un immense défi qu’il nous faut relever.
Ne pas laisser faire. Ne pas s’habituer.

70 ans après la libération de notre Ville et de notre pays, des leçons sont à tirer des combats de la résistance, de la volonté de construire un monde plus juste, plus fraternel  au sortir d’une guerre aussi destructrice.

Il y a des milliers de citoyens, de bénévoles anonymes, de militants qui dénoncent  l’injustice.
Dans nos quartiers. Dans nos entreprises. Dans tous les pays.

Des citoyens debout.
En  France. En Europe. Dans le monde.

La diversité de ceux qui ont mené les combats libérateurs, peut se retrouver aujourd’hui dans la construction d’un monde plus juste. Car, j’en suis persuadée, nous sommes nombreux à penser qu’un autre avenir est possible.
L’union populaire, si chère à André Duroméa, est, comme hier, au cœur des enjeux pour permettre à notre pays d’éviter la soumission et des reculs de société.

Ils y ont cru, croyons-y nous aussi !

Cette publication est issue du site L'opposition municipale au Havre avec Nathalie Nail.
Voir la publication originale : Hommage à André Duroméa

Nathalie Nail

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