Intervention de Sébastien JUMEL.presidnt du Groupe Front de Gauche.

L’annonce de la reprise par la Région des trains Intercités est une erreur tactique et une faute stratégique. La Région accélère le désengagement de l’État et de la SNCF et hypothèque l’avenir du TER.

Sans même attendre les conclusions de la mission sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire (TET) ou Intercités, attendues pour mai 2016, le président de Région Hervé Morin a décidé d’engager la Région dans la gouvernance des lignes Intercités normandes. La Normandie aurait ainsi la main, comme autorité organisatrice de transport, sur les lignes Paris-Rouen-Le Havre, Paris-Caen-Cherbourg, Paris-Granville, Paris-Serquigny, Caen-Le Mans-Tours.

À noter : la question du Paris-Dieppe, train Intercités direct jusqu’en 2013, n’est pas évoquée en dépit de son importance.
Ce choix de prendre les commandes des Intercités à la place de l’Etat et de la SNCF pose question pour les élus Front de gauche du Conseil régional de Normandie. Chacun peut constater leurs difficultés : vétusté du matériel, insuffisance notoire des infrastructures pour faire face à la densité du trafic notamment à l’approche de Paris, dégradation de la qualité du service, érosion de la fréquentation, concurrence déloyale organisée et promue par le dispositif des bus Macron.

Pour les élus Front de gauche, il s’agit à la fois d’une erreur tactique et d’une faute stratégique. Erreur tactique : avant même d’avoir négocié, le président abat ses cartes et engage la Normandie et les Normands. Une expertise complète et chiffrée des lignes Intercités concernées et des besoins liés à leur amélioration aurait dû être le préalable à toute annonce.

C’est une faute stratégique, car ce n’est pas à la Région, à une région, fût-ce la grande Normandie, de prendre le pilotage d’un outil, les Intercités, considéré par le secrétaire d’État aux Transports Alain Vidalies au mois de juillet dernier comme « un outil majeur de l’aménagement et de la solidarité des territoires ». C’est une faute de précipiter le désengagement de l’Etat et de la SNCF, de leur servir sur un plateau la possibilité de se soustraire à leurs responsabilités, contre la promesse avant transfert de renouveler le matériel roulant. Le matériel neuf, pour important qu’il soit, ne conditionne pas à lui seul la qualité du service. La qualité du service dépend aussi, et beaucoup, de l’infrastructure.

C’est une faute stratégique car la vocation de la Région, sa responsabilité, c’est d’abord les trains régionaux. Les Normands et leurs représentants sont en droit de connaître ce à quoi ils vont être demain engagés par cette décision. Ils n’ont pas dans leur vote de décembre 2015 désigné un secrétaire d’Etat chargé des transports… ils ont choisi une majorité régionale et un président de Région !