LE HAVRE EN CAPITALE

LE HAVRE, CAPITALE EVIDENTE DE LA NORMANDIE

A l’aube de la réunification administrative de la Normandie, la grande question qui semble préoccuper de nombreux acteurs institutionnels ou observateurs de la vie politique concerne le choix du siège de la future région Normande. Le match Rouen / Caen est annoncé un trop peu rapidement, chacun affutant ses arguments : laquelle de ces deux capitales régionales actuelles deviendra la grande capitale Normande de demain ?

On en appelle ici à Guillaume, là à Jeanne, ou encore à Mathilde, à Overlord, on compare le foot et le hockey, on va bientôt tenter de déterminer qui des tripes ou du canard est le plus porteur sur le plan du tourisme culinaire…

A cette question : « Rouen ou Caen », les élus communistes et républicains de la région havraise répondent clairement : aucune des deux. Aucune des deux villes ne s’impose à l’autre et aux autres, en revanche une autre s’impose d’elle même à tous : Le Havre.

Tout d’abord, il semble de bon sens de considérer que les atouts de Rouen et Caen sont assez semblables : ce sont deux villes porteuses de l’histoire normande depuis sa fondation, deux préfectures régionales, de taille démographique et économique équivalente, chacune des deux s’est constituée en pôle régionale majeure, l’une au nord, l’autre au sud de la Seine…

Pourquoi faudrait-il donc choisir un lion plutôt que l’autre, sur quel critère déterminant en faveur de l’une ou de l’autre ville, au risque de créer non seulement dans celle non retenue mais bien au-delà, dans sa région actuelle, un sentiment durable de défaite, d’amertume inhérent à tout choix majeur pour lequel vous n’avez pas été retenu ?

La future Normandie ce n’est pas la fin d’une guerre de sécession dans laquelle le Nord l’emporterait sur le Sud ou vice-versa.

Il ne faut pas choisir entre Rouen et Caen qui ont vocation à additionner, dans une logique raisonnée d’aménagement équilibré du territoire, leurs atouts, leur complémentarité nord-sud. L’une n’a pas à faire de l’ombre à l’autre ni à se développer au détriment de l’autre. Les deux capitales régionales le resteront quoi qu’il advienne, elles resteront également des préfectures.

Le Havre en revanche, sans nuire à l’une ni à l’autre, a vocation à devenir la capitale administrative et économique de la nouvelle Normandie. Pas seulement celle des Ducs ou de Jeanne d’Arc, mais celle du 21e siècle. Car la Normandie, ce n’est pas seulement un patrimoine et une identité formidable, ce sont surtout des atouts considérables, une diversité d’activités et des potentialités économiques majeures tournées vers l’avenir.

Est-ce à dire que le choix du Havre serait pour autant un choix par défaut ? Loin de là.

Il suffit tout d’abord de regarder une carte pour se rendre compte que la situation géographique du Havre plaide naturellement en sa faveur : située à égale distance de Rouen et de Caen, à deux heures de Paris, la ville est directement ouverte par sa façade maritime et l’importance de son port, le 2e de France, sur le monde.

Le sillage naturel du développement normand part de l’estuaire de la Seine pour suivre l’axe Le Havre / Paris, irriguant au passage non seulement les régions cannaises et rouennaises mais, au delà, toutes les villes et territoires situés au nord comme au sud du grand fleuve. Un lien de développement renforcé, depuis la façade maritime normande, par les ports de Honfleur, Ouistreham, Cherbourg au sud, et Fécamp, Dieppe et Le Tréport au nord.

La boussole de la Normandie prend donc son centre naturel au Havre.

Avec 180.000 habitants, la première sous-préfecture de France, compte bien plus d’habitants que chacune des deux capitales régionales actuelles (109.000 pour Rouen et 110.000 à Caen), sa superficie étant égale à celle des deux autres villes réunies (47 km2 contre 21 km2 pour Rouen et 26 km2 pour Caen), alors que son potentiel de développement (démographie, terrains constructibles, dynamisme des communes, communautés de communes et agglomérations situées dans sa proche région, tissu économique industrialo-portuaire…) en feront inéluctablement la plus grande métropole normande dans les 10 années à venir.

Le Havre, de par son tissu industriel, commercial et portuaire est actuellement le premier pôle économique de la Normandie et l’un des tous premiers du pays dans de nombreux secteurs majeurs. Placer la nouvelle capitale régionale sur le premier pôle économique, locomotive de la région, créateur d’activités et d’emplois, serait plutôt censé sauf à vouloir limiter l’ambition de la future capitale Normande à du marketing territorial ou au tourisme comme moteur principal d’attractivité, ce qui, en Normandie, demeure toujours assez risqué…

Le Havre est une ville jeune, moderne, tournée vers l’avenir, elle symboliserait parfaitement une grande Normandie jeune, moderne, tournée vers l’avenir qui regarde l’horizon à l’échelle du monde, au delà des monts, des vaux et des clochers.

Le match Rouen / Caen serait ainsi arbitré, chacune de ces deux grandes villes resterait à égalité et complèterait ensemble à merveille une nouvelle capitale normande moderne, bien assise sur ses deux jambes.

Car ce qui importe au fond, au delà de la décision du siège, c’est bien que l’organisation administrative de demain repose sur une nécessaire proximité, sur des complémentarités territoriales et non sur des concentrations ou des compétitions. La nouvelle capitale normande doit être une locomotive, elle doit être en capacité d’impulser des synergies et non, comme un méga aspirateur, de concentrer de manière boulimique sur son propre territoire services et investissements jusqu’à l’indigestion.

Les différentes fonctions régionales, dans un souci de complémentarité et de proximité évident, donc d’efficacité, ne devant pas être concentrées sur une seule ville mais réparties entre Le Havre, Rouen et Caen, sans oublier les pôles de Cherbourg, Dieppe, Evreux ou Alençon, Le Havre serait une capitale administrative dont le rôle consisterait avant tout à coordonner et à impulser plutôt qu’à concentrer ou à diriger.

Il se trouve que depuis la dynamique « Normandie Métropole » impulsée à la fin des années 80 par le Maire communiste du Havre André Duroméa qui a permis pendant près de 10 ans aux trois grandes villes normandes de travailler ensemble, tout en associant les autres villes constituant des pôles majeurs régionaux (Evreux, Dieppe, Cherbourg), jusqu’à la mise en service de Port 2000 qui a directement servi le développement économique de toute la région, en passant par l’avènement de l’axe Seine Paris-Rouen-Le Havre initié par un autre maire du Havre, Antoine Rufenacht, Le Havre a toujours joué ce rôle moteur, ce rôle d’initiateur, ce rôle de fédérateur.
Et que face à cette vocation de grande capitale normande Havraise qui veut la jouer collective, personne n’ose resservir le prétendu handicap de l’enclavement. Au 21e siècle les routes ne se limitent plus aux chemins terrestres et, à bien des égards, Le Havre ouverte à 360° sur le monde, est nettement moins enclavée que Rouen ou Caen dont le développement est arrivé, à bien des égards à saturation.

Vous en doutez ? Observez et comparez chaque matin les difficultés de circulation pour pénétrer dans chacune des deux capitales régionales actuelles de Normandie, sans compter les concentrations de pics de pollution…

En créant de grandes régions, le législateur a voulu équiper le pays d’une flotte régionale suffisamment forte et compétitive pour permettre à la France de renforcer son attractivité et sa vitalité dans une économie mondialisée. Le Havre à la barre du navire NORMANDIE constituerait à n’en pas douter le meilleur pilote pour y contribuer.

En tout état de cause, et au-delà de ces arguments, il est nécessaire que le choix de la future capitale Normande soit validé par les citoyens à l’occasion d’un référendum et non décidée dans les cabinets ou salons d’influence sur la base de considérations bassement politiciennes. Le temps des baronnies à l’aube de la 6e République doit être bel et bien révolu.